‹ Le Lichen plan: Accident des Sels d'or (volume 2)Chapitre 11 sur 40 · FONDU · texte numérisé non relu

FONDU

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par un état inflammatoire que traduit l'érythrodermie, l'odème, la tendance au suintement. (B. S. F. D., 1927, p. 478).

= OBSERVATION II. — Malade de 42 ans, atteint d’une syphilis

qui date de plusieurs années et qui ne paraît plus justiciable d'un traitement actif. Mais à l'occasion de troubles hépathiques et intestinaux, il va consulter un médecin qui, bien que n'établissant aucun lien entre ces troubles et la syphilis ancienne, entreprend cependant un traitement énergique par le novarsénobenzol.

Après l'administration d'environ 3 grammes du médicament,

le malade commence à présenter une éruption disséminée sur le

tronc et les membres pour laquelle le médecin porte un diagnostic d’'eczéma syphilitique et décide de poursuivre la cure plus énergiquement, L'éruption s'aggrave et sa généralise à mesure que l’on atteint 5 gr. 50 de novarsénobenzol.

Cette éruption est répartie d’une façon discrète, beaucoup plus confiuente sur le cou, la face antérieure du thorax où elle forme des nappes continues, sur les flancs et la paroi abdominale, les bras et les avant-bras, la face antérieure des cuisses, la verge, la nuque, la région des omoplates, la région lombaire, les creux poplités.

Cette éruption distribuée en magules ou en nappes de dimensions variées, est une éruption érythémato-pigmentée, plus pigmentée qu'érythémateuse, nigricante par places Fille s'accompagne de kératodermie palmaire, sur fond d'érythème.

Or, parsemées au niveau des éléments de cette éruption, on trouve sur le cou, sur le tronc, sur les bras, sur la verge, des petites papules plates et brillantes, tantôt distribuées sans ordre, tantôt décrivant des circinations.

Enfin, on trouve. un très beau lichen plan dæ la cavité buccale : symétriquement, sur les parties latérales du dos de Ia langue, on note l'existence de deux bandes, au niveau desquelles le chevelu papillaire à disparu, qui présentent une teinte blanc

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grisâtre un peu sale, sans épaississement de la muqueuse, sans infiltration et qui offrent l'aspect typique du lichen plan de {& Jlangué.

La face interne des deux joues est couverte, en grande partie, de petites ponctuations blanchâtres, presque partout groupées en circinations plus ou moins régulières. (Pautrier, B. S. F. D., 1927, p. 546).

OBSERVATION. III — Un malade de 38 ans, en bon état de santé générale, sans tare viscérale, est mis au traitement spécièque pour syphilis secondaire avec plaques muqueuses buccales. 11 recoit, en trois mois, 12 injections de néosalvarsan, au total 3 gr, 60.

Un, mois et demi après la cessation du traitement, apparaissent des plaques rouges sur tout le corps : en trois jours, l'érythrodermie est constituée et s'accompagne d'une desquamation intense.

Après un stade érythrodermique et desquamatif pur, le tableau de l’éruption se complique... Des productions verruqueuses, COTiées apparaissent. des macules claires se forment, sur le fond de rougeur sombre et finissent par s'y détacher presque en blanc... Mais un phénomène nouveau apparaît à mesure que les formations cornées, verruqueuses, se détachent, que lJ'exfoliation cesse et que l'épiderme se décape, On commence à voir apparaître, disséminés sur tout le corps, des éléments nettement circinés qut vont en se multipliant, Ils siègent aussi bien sur les nappes pigmentaires brunâtres que sur les macules rose pâle qui les parsèment. Leurs dimensions vont d’un pois vert à une pièce de #0 centimes, Ils sont arrondis ou ovalaires. Leur bordure de 2 millimètres de large en moyenne, légèrement saillante, est brillante à jour frisant ; à un examen attentif, on constate qu'elle est formée par la juxtaposition bout à bout de petites papules planes et brillantes. Tout autour des circinations, semis en nappes de

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petites papules polygonales, nettement délimitées, brillantes à jour frisant… |

L'histologie confirme le diagnostic clinique de lichen plan qui

avait été porté. (Pautier. B. S. F. D., 1927, p. 545).

Buschke écrit dans les « Archives dermat. Gesellschaît » du 3 Novembre 1928 : « Un homme de 41 ans fit au cours d’un traitement arsénical une érythrodermie généralisée. Pendant la régression de cette érythrodermie, apparurent sur le dos, les flancs, les épaules, des foyers

de lésions analogues au lichen plan verruqueux. Histolo-

giquement, on trouvait un mélange de lésions de dermatite avec éosinophilie et de lichen plan. Ce lichen plan à guéri, en laissant une pigmentalion noirâtre. »

D'autres auteurs ont rapporté des observations analo-

. Bues :

M. Petges (Bulletin de la Société de Médecine et de Chirurgie de Bordeaux du 19 mars 1926).

MM. Montpellier, Lacroix et Boutin (B. S. F. D. 1922).

« J'ai pu observer, écrit M. Milian, le développement au cours du traitement par le 914, du « pityriasis rosé de uibert » er du Lichen plan. Ce dernier est quelquefois difficile °à reconnaître, car cette poussée de lichen plan, survenant au cours de l'administration de quantités importantes d’arsenic, est modifiée dàns sa symptomatologie. Il est œdémateux, presque bulleux, la forte vaso-dilatation et l’exsudation séreuse provoquée par l’arsenic amenant un soulèvement de l’épiderme jusqu'à imminence de formation de bulles. Ces deux affections : pityriasis rosé et lichen plan sont des maladies idiopathiques dont la cause nous est encore inconnue, mais qui sont vraisemhblable-

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ment ‘des maladies infectieuses comme le prouvent une série d'arguments cliniques, »

Comment s'expliquer l'apparition de ces éruptions de lichen plan — maladie non pas d'origine toxique, mais bien infectieuse ou parasitaire selon la théorie la plus vraisemblable et la plus généralement admise ? Comment concevoir ces éruptions typiques survenant au cours de traitements par l'arsenic comme au cours de ces traitements par l'or que nous rapportons ?

Apparition d'infection au cours de traitements médicamenteux : il nous paraît que c'est dans une conception « biotropique » des faits qu'il faille chercher l'explication de ces phénomènes.

Elle a déjà été envisagée, cette conception biotropique, à propos des éruptions post arsénicales de lichen plan. M. Milian disait à la réunion de Strasbourg du 14 Juin

1927 : « J'ai, je crois, été le premier à montrer des cas de:

lichen plan déclanchés par l'injection intra-veineuse de 606 ou de 914... Il va sans dire que l'explication biotropique me paraît la bonne... »

C’est pourquoi nous avons tenu à rapprocher ces érup-

tions post arsénicales, des lichens plans qu'on pourrait appeler « post-auriques » et qui ressorlissent, à notre avis, à la même pathogénie.

Notions sommaires sur le Biotropisme

Qu'est-ce donc que le biotropisme ?

C'est à M. Milian que nous devons cette découverte,

riche d’aperçus théoriques et de conséquences thérapeu-

tiques nouvelles. « Il existe, dit-il, des cas nombreux où l'introduction de substances chimiques dans l'organisme, au lieu de tuer les parasites, en activent la vita lité et la virulence. C’est là le biotropisme..… Au cours des diverses cures médicamenteuses (anti-goutteuses, antirhumatismales, anti-diphtériques ou de toute autre maladie), on voit survenir, fréquemment, dés accidents variés, à l'occasion de l'administration du médicament spécifique de cette maladie, Or comme les accidents n'ont aucun rapport connu avec la maladie initiale et qu'ils surviennent à l’occasion de l’administration du médicament, classiquement, on les dit toxiques ; en réalité, bien souvent, ils sont biotropiques, c'est-à-dire éveillent la virulence d’un microbisme latent de l'organisme... »

Et dans son livre « le Biotropisme », entre autres exemples nombreux, il rapporte l'observation suivante :

« Un sujet d’une quarantaine d'années 4 eu vers l'âge de vingt ans, des poussées de furonculose, ayant évolué pendant

deux ou trois ans, Sous l'influence de régimes, de traitements

variés, peut-être même sous l'influence seule de la défense natürelle de l'organisme, la furonculose s'est éteinte et le patient a oublié cet antécédent pathologique, Or à l'occasion d'une syphilis ancienne ou récente, un traitement anti-syphilitique par le 914 est institué. Après la % injection, 5 ou 6 furoncles appa-. raissent, sur la peau, en des points variés. Une injection nouvelle de 914, faite quelques jours après, produit, à nouveau, une éruption d'autre furoncles et ainsi de suite, pendant cinq ou six injections... Mais à chaque injection nouvelle, l'importance de la poussée de furonculose diminue... ».

« C’est là, conclut M. Milian, un réveil indiscutable d’une affection staphylococcique, sous l'influence de l'injection intra-veineuse du médicament arsénobenzolique. > Ce fut le premier exemple évident et facilement démontrable du biotropisme qui me frappa. »

. A la base du biotropisme, il y a, on le voit, la notion d’un microbisme latent de micro-organismes pathogènes — d'infections latentes — infections qui peuvent passer inaperçues ; qui peuvent être la cause d’un grand nombre de malaises vagues mais qui resteront des malaises ; — où qui « couvent », selon l'expression vulgaire et vont éclore, en phénomènes aigus, au moindre choc, choc physique, choc toxinien, choc médicamenteux surtout.

M. Milian distingue des phénomènes de biotropisme direct, c'est-à-dire de réveil ou d’exaltation du microbe ou de l'agent infectieux combattu : exaltation du tréponème, réactivation de la réaction de Wassermann, dans la syphilis, a cours de traitements spécifiques à doses tasuffisantes, etc., — les phénomènes de biotropisie indirect : réveil d'infections latentes n'ayant aucun rapport

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avec la maladie traitée. Ce sont ces faits de biotropisme indirect que nous retiendrons surtout.

Des infections et des toxines peuvent réveiller d'autres infections : l’action tuberculisante de la rougeole est connue ; la syphilis peut déclancher des érythèmes noueux ot des zonas. Nous insisterons sur l’action biotropique des agents médicamenteux :

Le mercure produit des stomatites où l'association fuso-spirillaire prédomine et joue le principal rôle pathogène. « Cela est tellement vrai, écrit M. Milian, que ai l'on nettoie avec le plus grand soin la bouche, surtout -Avant et au cours d’un traitement mercuriel, jamais il ne se déclare de stomatite. Par contre, la moindre dent carriée, même à un léger degré, est le point de départ d’une stomatite. » |

Le Bismuth déclanche des affections de la bouche du

même ordre.

L'Iode et l’iodure de potassium qui produisent des phénomènes toxiques, vaso-dilatateurs, variés, produisent

également des phénomènes biotropiques comme l'acné

dite iodique, dans laquelle pullulent les staphylocoques. M. Milian a étudié, avec beaucoup de détails et une

grande précision, les accidents des arsénobenzènes, 8

plus spécialement les érythèmes. Il y a des érythèmes toxiques et des érythèmes biotropiques. Les premiers qu'il a appelés des « érythrodermies vésiculo-ædémateuses », se présentent sous la forme d’érythèmes généralisés avec -œdème des membres, des paupières, avec des vésicules <apables de suinter comme l’eczéma. Erythèmes toxiques

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de fin de cure, ils apparaissent toujours « après une période plus ou moins longue d'imprégnation de l’organisme par le médieament et cela d'une manière extraordinairement variable suivant la prédisposition du sujet ».

Les érythèmes biotropiques, M. Milian les a appelés les « érythèmes du 9° jour ». Ils apparaissent autour du % jour qui suit l'injection de 914. Ils montrent une véritable incubation fixe comme des fièvres éruptives. Ils se manifestent au début du traitement, avant l'imprégnation de l'organisme par l'arsenic. Ils débutent le plus souvent par une angine ; s’accompagnent de phénomènes généraux infectieux, avec adénopathies de même nature et donnent naissance à de véritables épidémies. Erythèmés rubéoliformes ou scarlatiniformes, « dont l’appari-tion est fonction du temps et non pas de la dose du médi-cament », — ce sont de véritables rougeoles et de véritables scarlatines, réveillées par l’agent chimique.

Des cas d’angine, d’érythème polymorphe, de rhumatisme ont également été observés au cours du traitement par le 914. L'apparition d’une fièvre typhoïde a été signalée. Nous résumons cette intéressante observation :

« La nommée Henriette B.…, âgée de 18 ans, entre dans mon service, écrit M. Milian, le 16 septembre 1919 Elle présente des plaques muqueuses de la vulve.. du pilier antérieur gauche et des commissures labiales. Il y a de la roséole et des syphilides papulo-ulcéreuses du sein gauche... les viscères sont normaux... aucun trouble digestif.

Henriette B.. est mise au traitement anti-syphilitique, le 17 septembre, par des injections de cyanure quotidiennes, lesquelles sont remplacées, le 20, par des injections intra-veineuses

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