AVANT-PROPOS
« La période d’après guerre a posé à un degré d’intensité particulièrement douloureuse en France, le problème de la lutte contre la dépopulation. C’est d’urgence que toutes les énergies doivent s’unir pour reconstituer la race éprouvée par cette sorte d’anti sélection, que réalise la destruction des éléments Îles plus jeunes et les plus vaillants » (1).
Cette dépopulation de la France ou plutôt ce très faible accroissement de la population : en effet étudié pendant [la période de 1851 à 1921, cet accroissement n'a été que de 10 % — contrastant avec celui des pays voisins — pendant ce même laps de temps l'Angleterre, la Prusse et les Pays-Bas progressaient de 100 % — tient à deux facteurs principaux : la faible natalité mais surtout la grande mortalité au cours des premières années de l'existence. €
En effet, si pendant plus d’un demi-siècle la diminution de la natalité en France survenue aussitôt après
les guerres napoléoniennes a contrasté dangereusement
(1) Dr B. Weill-Hallé. La puériculture et son évolution.
avec son augmentation dans les pays voisins, actuellement toutes les nations civilisées ont des taux de natalité en baisse. Dans la plupart des pays d'Europe lle taux de natalité est inférieur à 25 pour mille, et si en 1927 ce chiffre est descendu à 18 pour mille en France, celle-ci a à ses côtés l'Allemagne, l'Angleterre, la Belgique, la Suisse, la Suède et la Norvège.
Par contre la France a beaucoup à faire pour atteindre les résultats obtenus dans les pays voisins, dans l’abaissement du taux de la mortalité. Elle reste en effet à une mortalité de 16,5 pour 1.000 habitants en 1927, alors que l'Allemagne et l'Angleterre qui avaient en 1880 un taux de mortalité beaucoup plus élevé ne sont qu'à 12 pour 1.000 actuellement. Et si l’on distingue maintenant dans le nombre global des décès ceux qui se rapportent à la mortalité infantinle, et surtout à la mortalité du premier âge, nous voyons que ce chiffre reste encore considérable.
De la moitié de la mortalité mfantile totale de 1903 à 1912, d'après une statistique de Juillerat et Fillassier, ce déchet a été réduit il est vrai à 95 pour 1.000 en 1921-1925, et à 89 en 1927.
Mais l'Allemagne qui en 1901-1905 perdait 199 enfants pour 1.000, n’en perd plus actuellement que 80, et cette mortalité n’est que de 68 pour 1.000 à Londres, 66 à New-York, 45 pour 1.000 seulement en Pays- Bas.
Quelle perte annuelle représente pour la France la
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Mortalité du premier âge? Près de 100.000 vies humaines sont fauchées dès leur apparition, si l’on ajoute aux 60.000 nourrissons qui succombent au cours de la première année de leur existence, le chiffre de la mortinatalité 30.000. (La loi française étend ce terme aux enfants qui nés vivants meurent dans les trois jours qui suivent leur naissance, Délai de déclaration.)
Un grand nombre des enfants, nés dans les familles pauvres, qui dépasseront [la première année, seront pâles, rachitiques, atteints de troubles gastro intestinaux chroniques, prédisposés à l'infection tuberculeuse avec une santé déjà compromise, des capacités de survie médiocre, des moyens réduits pour entreprendre la lutte pour la vie aujourd'hui plus âpre et plus ingrate que jamais. Témoin le grand nombre d’enfants malingres, souffrant de troubles de la nutrition, ou atteints d’infirmité locale que [l’on rencontre dans les milieux scolaires, témoin encore le déchet considérable à défalquer au conseil de révision.
« Les éleveurs font leur possible pour he pas perdre les petits animaux qui naissent chez eux. Si dans leurs écuries, dans leurs étables, dans leurs bergeries 1ls avaient de semblables résultats, guidés par leur intérêt matériel, quelles précautions, quelles mesures ne prendraient-ils pas! Pour les enfants que font les parents? que font les villes? que fait l'Etat? » a dit Budin. (L’obstétrique, 1900.) :