‹ Le Lien socialChapitre 19 sur 96 · AVANT- PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT- PROPOS

Nous voulons seulement, dans cette première partie, recenser chez l'homme les données innées, constantes et irréductibles de toute société, sans égard encore à la genèse des institutions par la combinaison de ces données entre elles. Nous ne supposons point pour cela quelque état de nature primitif qu'il faille imaginer dans le passé ; nous croyons, au contraire, que la nature, par l'action continue de facteurs permanents, organise à toute époque et sans relâche l'agglomération des individus. Il s'agit donc de reconnaître, à n'importe quelle époque et pour des hommes quelconques, les éléments invariables et les circonstances inévitables qui concourent à la formation de l'état social.

Nous considérons un peuple tout fait, jeune ou ^deux, et nous nous demandons, avant d'entrer dans le détail de ses institutions, quelles nécessités et quelles tendances font qu'il existe à l'état de groupe. C'est une constatation de faits, c'est la position du problème qui ne préjuge encore aucune solution. Si différents que soient les peuples entre eux, et les individus dans chaque peuple, nous appliquons néanmoins à tous ces êtres indistinctement un même nom, l'humanité, reconnaissant par là qu'il y a des caractères communs à tous, et, comme tous vivent en société, c'est dans ces caractères qu'il faut évidemment chercher l'essence intime du lien social, dont les manifestations extérieures sont d'ailleurs si variées. En somme, les lois psychologiques sont, dans le milieu physique de la vie, les lois mêmes de l'histoire.

Les sciences morales n'étant pas organisées, il ne s'y trouve pas un corps de doctrines admis de tous qui dispense l'écrivain de tout définir. Il est donc obligé, au début surtout, de rappeler au lecteur ce qu'il sait déjà, mais sous une forme appro- ()riée au plan de l'ouvrage. On nous pardonnera donc certains lieux communs qui sont les anneaux connus d'une chaîne nouvelle.

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