OBJET DE LA POLITIQUE
paix, la seconde est la guerre d'abord ouverte, puis latente, mais jamais éteinte; l'une une organisation de la vie en commun, l'autre une altération de la vie. Or, la politique est une science qui a précisément pour objet ces diverses conditions de la vie sociale. Comme toute science, elle donne naissance à un art. Toute science, en effet, cherche dans la nature même les propriétés et les lois de son objet, puis, par une application réfléchie et artificielle de ses découvertes, crée un objet nouveau que la nature n'eût pas produit, mais qu'elle a fourni les moyens de produire.
La politique a longtemps été pour tous les hommes d'État, elle est encore pour le plus grand nombre d'entre eux, l'art d'accroître le temtoire et la puissance d'une nation aux dépens, s'il le faut, de la prospérité des autres ; et l'art de gouverner le peuple en vue de ce résultat.
La politique, ainsi conçue, admet, nécessite même la guerre, puisque la prédominance d'un peuple devient la condition de sa fortune et que sa vie au milieu des autres peuples n'est plus qu'une démonstration perpétuelle de sa supériorité sur eux. L'esprit de rivalité, d'orgueil jaloux, de partialité qu'engendre cette idée de la prospérité nationale, fait de la politique un jeu où les passions excluent tous principes, et qui par son caractère hasardeux se dérobe à toute formule scientifique, à toute loi rationnelle.
12t LE LIEN SOCIAL.
Pour nous, la politique est la science de la paix. Elle est une province de la mécanique, elle a pour objet de diminuer le plus possible le choc et le frottement dans les manifestations physiques des activités individuelles. Faire qu'elles s'y limitent et circulent dans l'espace en s'y contrariant le moins possible, voilà le but de notre politique.
La politique, en tant que pure science, n'est que la science de l'histoire ; elle observe les faits de la vie sociale ; ces faits, manifestations d'activités libres et variées, mais relevant toutes d'un fond commim qui est l'essence humaine, se ressentent, quoique volontaires, des conditions fatales que la nature impose à la volonté pour en déterminer le domaAe. Les faits particuliers n'ont dans le cours de l'histoire que la liberté des flots dans le cours d'un fleuve qui subit sa pente et ses rives. Puis la politique de science se fait art ; après avoir reconnu dans la marche de l'humanité une direction, une vitesse et un but, elle vient en aide à la société dans ses hésitations et ses défaillances, et, la sauvant des écarts qui la font dévier, elle peut la ramener sur la véritable route. Comme un chimiste ne peut obtenir aucune combinaison des corps entre eux s'il ne les met en présence conformément aux affmités qu'il y a découvertes, ainsi le politique ne saurait obtenir aucune société durable entre les hommes s'il n'a d'abord, comme historien, déterminé les affections de la nature humaine. La poli-