LA LIBERTÉ POLITIQUE, LOPPRESSION, ETC
qu'elle lui oppose les bornes indiscutables de sa sphère d'action, la mesure sacrée de ses droits, il ne cesse pas de se proclamer indépendant, libre ; il ne se dit pas esclave parce qu'il ne peut vaincre la pesanteur au delà d'une certaine limite, il ne le désire même jamais.
Mais quand la volonté rencontre un obstacle créé par une autre volonté, l'individu sent une résistance qu'il ne considère plus comme naturelle, normale, essentielle aux conditions de sa vie, et le sentiment de la dépendance et de la servitude naît en lui.
Au point de vue donc de ses rapports extérieurs, dans l'espace, avec son semblable, et en dehors de toute théorie touchant son franc arbitre intérieur, l'individu se dit libre, quand son domaine d'activité n'est borné que par les forces naturelles ou par sa propre volonté, et non par celle d' autrui.
Nous entendons par la liberté, au sens purement politique, l'usage que l'individu peut faire de son activité dans le monde extérieur sans rencontrer d'obstacle violent à sa volonté dans une autre volonté.
Bien que la présence d' autrui l'oblige à restreindre son cercle de possession, sa liberté n'est pas atteinte, pourvu qu'il ait consenti à cette restriction et que son obligation naisse de la convention ou de la générosité, ou de toute autre cause exempte de violence. Sa liberté, en effet, a pour
mesure son désir, et il renonce à désirer plus qu'il n'a consenti. En un mot il reste libre tant qu'il n'y a pas eu vice du consentement.
Il y a vice du consentement lorsque l'une des parties place volontairement l'autre entre deux maux, en la menaçant du pire pour la faire consentir au moindre. Si cette alternative est créée par des circonstances indépendantes de toute volonté, il n'y a pas vice du consentement.
Le contraire de la liberté politique est V oppression; celle-ci a lieu quand la liberté est détruite par la violence qui supprime ou vicie le consentement.
D'après les observations précédentes, la paix se définit : l'accord des volontés par le commun consentement, en un mot l'unanimité ; la guerre est la négation de la liberté par la violence faite à la volonté, d'une façon ouverte ou latente.
Il importe de ne pas confondre la paix avec V ordre qui n'est qu'un équilibre et ne suppose pas toujours l'accord des volontés ; il peut même résulter de l'égalité des forces opposées ou de la résignation temporaire des forces vaincues, il est compatible avec l'oppression parce qu'il n'est pas nécessairement la vie ; la paix c'est la vie pour tous, la mutuelle possessioa sans violence. L'ordre c'est toute organisation, même oppressive, qui exclut la guerre ouverte; à mesure qu'il devient moins oppressif, il se rapproche davantage de la paix qui en est le dernier terme.