LA LIBERTÉ POLITIQUE, L'OPPRESSION, LA PAIX, LA GUERRE, L'ORDRE
Posséder, c'est-à-dire s'enrichir et régner, sous les différentes formes que nous avons distinguées, telles sont la raison et la fm des relations de l'individu avec ses semblables et avec la nature. Or, nous l'avons vu, toute possession procède de la volonté. La société s'organise donc par le concours et la lutte des volontés individuelles agissant les unes sur les autres.
Dans la lutte des puissances humaines avec celles de la nature, les mouvements volontaire? rencontrent des mouvements dont l'espèce et la cause sont inconnues ; aucun traité, aucune transaction n'est possible. L'homme ignore le moyen de pactiser avec les puissances naturelles, il ne peut que les attaquer ou se défendre contre leurs attaques ; la force peut seule trancher le conflit. Il en est différemment lorsque les puissances humaines se rencontrent dans l'espace ; il ne se produit de part et d'autre que des mouvements volontaires, dirigés, par conséquent, chacun selon une idée qui lui assigne sa marche et son but, idée motrice qui
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constitue précisément chaque volonté. Autant de mouvements, autant de volontés, mais ces mouvements n'entreront pas en lutte, si les volontés, dans les idées qui les dirigent, au lieu de se contrarier, s'accordent, s'il se produit consentement, unanimité. La volonté indi^dduelle peut donc être affectée dans sa liberté fort différemment selon qu'elle rencontre la nature ou l'homme, et ainsi, dès le début de la vie sociale, nous avons à définir cette liberté particulière, qui s'affirme dans les relations de l'homme avec l'homme et qui est la liberté politique.
Dans la nature, le domaine de l'activité de l'individu est déterminé et mesuré par le rapport qui existe entre sa puissance et la résistance qu'elle rencontre, quelle que puisse être l'ambition de la volonté. Sachant que toute discussion avec les forces fatales est impossible, l'individu proportionne docilement ses volontés à la portée présumée de sa puissance et ne tente point un effort qu'il sait devoir être stérile. De là chez lui l'habitude de subir et d'accepter les résistances matérielles. Enfant, il se révolte et s'irrite contre elles ; bientôt, quand il les a reconnues invincibles, il s'y plie, il y conforme sa vie physique et, loin de s'en croire lésé, n'y songe même plus. Il ne sent pas comme une oppression la limite posée par la nature au domaine de son activité, parce qu'il y consent. Ainsi, en face de la nature, il voit dans les résistances mêmes