L EXPIATION -J
— Monsieur je... permettez-moi de vous raconter les faits ; je...
— S'crongnieugnieu! pour un notaire, v'savez d'f... en' veux!
— J'y arrive, monsieur, j'y arrive. J'entre donc chez moi, et, comme je vous le disais, je trouve là un officier, un lieutenant : Que demandezvous ? lui dis-je, très étonné de le voir en bras de chemise.
— Ce n'est toujours pas vous, b... de couenne! me répond-il.
— V's'auriez bien dû vous en douter, n. . . de D. . . !
— Je m'en doutais, en effet, seulement devant la réponse de ce monsieur, vous comprenez que je perds mon sang-froid, je lui dis que ça ne se passera pas comme ça; alors, pour s'excuser, savez-vous ce qu'il me fait cet offfeier ?
— Y... voyons... dame, y vous enlève le c...
— D'abord, oui monsieur, et comme si ce n'était pas suffisant, il empoigne mon pot de couleur et il me le flanque sur la tête.
— Si encore vous aviez eu vot'e chapeau, s'crongnieugoieu!
— C'est vrai, mais enfin on n'pense pas à tout ; bref, monsieur, j'étais dans un état abominable, et cet homme se retire, me laissant seul avec ma femme qui se tordait de rire.
— Comment ! lui dis-je, tu oses rire, quand je viens de te trouver...
— Quoi? me répond-elle, est-ce que je connais seulement ce monsieur! Enfin elle m'affirme qu'il n'y a rien eu; j'aime mieux croire ça, vous le comprenez, seulement avec tout ça j'ai eu beau me débarbouiller, c'est encore assez bien parti sur la figure, mais mes cheveux sont restés verts et ma femme a horriblement mal au ventre ce matin à force d'avoir ri cette nuit.
Or, monsieur le colonel, j'aime l'armée, je l'adore, mais je n'aime pas ces plaisanteries-là, dans le notariat on n'y est pas habitué. Je me suis renseigné, et je viens vous dire ceci: Cet officier, c'est le lieutenant Bernard, donnez-moi
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votre parole d'honneur de lui infliger une punition exemplaire, ou sinon je me connais, je vais me plaindre directement au ministre.
Comme cette affaire présentait une certaine gravité, le colonel Ramollot promet au notaire d'être impitoyable, afin de l'apaiser, et, une fois seul, il fait immédiatement demander Bernard.
— N... de D...! m'sieu ! m'direz-vous enfin c'que signifie encore cette sale histoire !
— Mon colonel, j'ignore absolument...
— Voyons, lieutnant, c'que vous m'prenez pour une tourte décidément! eh bien! et c'n... de D... d'notaire, comme par lequel vous avez imbibé d'peinture hier soir?
— Oh ! mon colonel, c'était... c'était une simple plaisanterie.
— Plai... plaisant'rie ! c'ment <;a plaisant'rie, s'crongnieugnieu !
Ah çà! lieut'nant, c'que vous vous f... du monde? C't'un pékin, n'dispasl'contraire, s'ment c'est pas une raison pour le peindre en vert parc'
.1 n'aime pas qu'on l' fasse cocu. \" sauriez mieux fait de l'peindre en jaune !
— Mon Dieu, mon colonel c'est dans un niomer/
— Oui. j'compiends bien, n... de D... I s'ment il est vnu s*plaindre c'tanimal-là, m'a d'mandé d'vousf... dedans, c't'embêtant ; parlait de s'plaindre au ministre. c"cochon-là; enfin ! jai arrangé l'affaire, sment c't'à une condition, n... de D... !
— Tout ce que vous voudrez, mon colonel.
— Eh Lien ! y Valiez d'abord prendre les arrêts d'rigueur. toute la journée, et c'soir viendrez
rouver en grande tenue à 9 heures. J'vous dirai c'que vous aurez à faire.
— Oui, mon colonel, à neuf heures je serai ici. 11 faut dire que le colonel a pour filleule la fille
- ;>n vieil ami le commandant Vermoulu ; elle harmante. mais sa dot est maigre, et la demoiselle a beau être grasse, on trouve sans doute la compensation insuffisante dans le monde des amoureux, car aucun ne se présente. C'est en