‹ Le lieutenant BernardChapitre 9 sur 14 · PARTIE, REVANCHE ET BELLE · texte numérisé non relu

PARTIE, REVANCHE ET BELLE

— Cabinet n° 7, messieurs, ici à droite.

A la vue de son mari, Herminie commence par se tordre de rire devant sa mine effarée.

— Mais enfin, madame, je...

— Non... non... ah! laisse-moi, je t'en supplie... Le colonel, qui sait à quoi s'en tenir, ne peut

rester froid devant la figure abrutie du notaire, et il se tord de son côté sur le divan ; sa gaieté redouble celle d'Herminie, si bien que Foutusrin finit par sourire aussi sans savoir pourquoi, mais supposant — bien à tort, hélas! — qu'il y a quelque plaisanterie là-dessous.

— Cependant cette lettre... dit-il, en donnant la missive à sa femme qui ne peut arrêter ses éclats.

— Gros bête, lui dit-elle après avoir lu, tu n'as pas deviné que je voulais t'éprouver!

— Et il l'est, il l'est pour sur, appuie sérieusement le colonel en clignant de l'œil d'une manière significative.

— Oh ! oui, tu l'es ! reprend Herminie, se mettant à rire de plus belle.

— Mais... et cette lettre, qu'est-ce que cela veut dire, trois couverts... ?

— Eh bien! mais les deux nôtres, et celui du colonel, que j'ai vu avec toi en bas et qui, je l'espère, voudra bien nous faire l'amitié de diner avec nous.

— Ma foi, volontiers, s'crongnieugnieu! car depuis trois heures que nous montons la garde. . . !

Le diner fut très gai. Foutusrin satisfait rentra même un peu pochard, et quand on a l'ait — des amis, ce sont toujours ceux-là — de trouver qu'Herminie sort bien souvent, il répond d'un air fin : Je sais où elle va... mais elle ne m'y repincera pas ; un jour elle m'attendait en cabinet particulier et c'que ça m'a arrangé la tête !.. .

Quant à Bernard, Ramollot lui a savonné le crâne :

— S'crongnieugnieu! m'sieu,lui a-t-ildit, belle conduite, j'vous en f... mon billet! heureusement quc'était un civil, sans ça, n... de D...!... Ah! dites donc, lieut'nant, samedi vous vous arrang'rez

Page 1