GALERIE DU THEATRE-FRANÇAIS PALAIS-ROY AL
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LIEUTENANT-COLONEL PICÛUART
Le déchaînement des passions autour du lieutenant-colonel Picquart a donné un attrait particulier à tout ce qui a touché ce brillant officier, devenu le bouc émissaire de Tétatmajor général. Aussi le livre que vient de publier le capitaine Marin « Le lieutenantcolonel Picquart ? », à la librairie Stock, répond-il à un besoin évident de la curiosité publique.
Il résume avec impartialité les traits contradictoires de la physionomie énigmatique de l'ancien chef de notre espionnage militaire.
Du coup, la Chambre des députés âv^it perdu équilibre. L'on n'y distinguait plus radicaux, progi sistes, ralliés, royalistes...
Les étiquettes des factions, dans lesquelles étaidi incrustés les hôtes du Palais-Bourbon, avaient perd leurs vertus ordinaires.
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chAlPitre premier
Solstice de Tidée antidreyfusiste. — Circoostances de ce singulier pbéoomène. — Le lieutenant-colonel Picquart. — Son témoignage de février 1898. — La cuirasse enchantée du général de Pellieux.
La lettre de Zola au Président de la République avait accumulé, en quelques heures, des ruines défiant toutes les prévisions.
Du coup, la Chambre des députés avait perdu son équilibre. L'on n'y distinguait plus radicaux, progressistes, ralliés, royalistes...
Les étiquettes des factions, dans lesquelles étaient incrustés les hôtes du Palais-Bourbon, avaient perdu leurs vertus ordinaires.
Il n'y avait plus qu'un chaos affolé d'antidreyfusistes, conslituant les quatre cinquièmes de rassemblée et une minorité de « dreyfusistes honteux », en butte à Taveugle frénésie de leurs collègues.
Ces « dreyfusistes honteux » s'étaient comptés cent vingt, contre l'ordre du jour de M. de Mun.
Ils s'étaient bornés d'ailleurs à défendre en Zola la liberté d'opinion, et pour tout Français, fût-il juif, fût-il officier, le droit d'être jugé conformément aux lois.
Si mince que parût cette minorité, si humbles que fussent ses revendications, ses cent vingt voix présentaient un contraste saisissant avec le silence de la quarantaine précédente, celle qui avait eu son point de départ au 4 décembre 1897.
Alors, en effet, l'initiative de Scheurer-Kestner avait été dénoncée au Palais-Bourbon comme un crime, sans qu'une seule voix se fût élevée en sa faveur.
Une rude étape avait donc été franchie par Tidée de Scheurer-Kestner.
C'était à la lettre de Zola que la manifestation devait d'en être éclatante.
Il avait fallu la frénésie excitée par le factum zolesque dans le marais parlementaire, pour que ses crapauds, d'ordinaire circonspects, se laissassent prendre aux canlilènes éloquentes du comte de Mun et fissent chorus avec elles.
Ils avaient réclamé à cor et à cri, du général Billot, la répétition de sa déclaration antérieure « que l'affaire Dreyfus avait été bien jugée ».
En échange de ce récitatif, quasi-burlesque dans son affectation d'être pris pour un oracle, les crapauds du marais avaient dû subir une cinglante apostrophe de Jaurès.
Le tribun avait spécifié l'équivoque où se débattaient,
à l'envi, ministre de la guerre, président du conseil, et crapauds.
Jaurès « avait renouvelé en le aggravant » les attaques de Zola.
C'est le ministre de la guerre lui-même, obligé par la majorité de riposter à l'apostrophe de Jaurès, qui avait cueilli en ces propres termes le premier fruit de la manœuvre du comte de Mun.
C'était là un constat capital, au point de vue de la conscience publique.
De ce moment, l'acte de Zola avait cessé de lui être personnel; il n'était plus susceptible d'être traité comme l'acte individuel d'un monomane ou d'un orgueilleux.
Impossible de le dédaigner : le gouvernement ne pouvait plus affecter de l'ignorer.
Jaurès avait donné à l'idée de Zola l'incarnation de son éloquence communicative.
\ Il avait réuni cent vingt députés pour approuver sa virulente apostrophe, sinon dans sa teneur précise, tout au moins en ce que celle-ci contenait d'injurieux pour le comte de Mun et surtout pour ses clients.
A cet égard, l'après-midi du 13 janvier avait marqué le solstice de l'idée antidreyfusiste au-dessus de l'horizon parlementaire.
C'était grâce à l'initiative du comte de Mun que la constatation de ce recul avait été obtenue.
Quatre jours plus tard, au meeting du Tivoli Vaux-Hall, ridée antidreyfusiste avait également décrit son solstice au-dessus de Thorizon populaire, celui qui voit s'élever les révolutions, sous les tempêtes de huées et de coups de poing.
Cette fois, c'était à l'initiative de Jules Guérin, Yalter ego de Drumont, l'organisateur du meeting, que les Parisiens avaient dû le constat de ce phénomène sociologique.
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Il était à DOter ce phénomène, car la brutale dictature de la rue ménage des épreuves encore plus cruelles que les ordres du jour parlementaires an fadble qu'elle traque pour le passer à tabac.
Le comte de Mun et Jules Guérin avaient donc été les stratégistes delà manœuvre qui avait abouti à la constitution publique d'un noyau zoliste, parlant au palais législatif, frappant au meeting...
Comment la déroute dreyfusiste du 4 décembre 1897 8*était-elle, sous une attaque encore plus furibonde, transformée en une défensive vaillante, solidement retranchée, établie en pleine ligne de retraite de l'adversaire?
Grâce à quelle fée, ce prestigieux résultat était-il né des provocations haineuses du comte de Mun et de Jules Guérin?
Celle fée, elle avait deux visages à son service : au Palais-Bourbon, celui du socialisme personnifié par Jaurès ; au Tivoli, Tanarchisme représenté par Sébastien Faure.
Socialisme et anarchisme avaient combattu, chacun sur son terrain, le 13 et le 17 janvier 1898. L'anarchisme avait remporté une victoire complète au Tivoli. Le socialisme avait couché sur ses positions au Palais-fiourbon.
La tradition de Rome a gardé le souvenir d'un contraste, aussi joli qu'une fable du bon Lalontaine : celui de Foie sacrée dont la vigilance fit honte à celle du défenseur né du Capitule.
Il y eut quelque chose comme cela, à Paris, le 13 et le 17 janvier 1898; socialisme et anarchisme remplirent, ces deux jours-là, le rôle que magistrats, officiers, ministre de la guerre, ministre de la justice avaient laissé sommeiller à Tenvi.
La réminiscence venue du Latium, à travers tant de générations éteintes, dégage les violences de janvier 1898 de ce qu'elles ont contenu d'odieux.
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Elle épure les sophismes du Palais-Bourbon et les brutalités du meeting; elle les afQne au parfum des vieux mythes, qui ont égayé les berceaux de noire civilisation.
Pareille aux Légendes de La Mère L'Oie, elle aide les grands enfants que sont les braillards du Tivoli et les bavards du Palais-Bourbon à saisir après coup le sens du spectacle que la plupart n*ont pas compris, faute d'avoir eu conscience des passions et des préjugés qui, à leur insu, hantaient leurs cœurs et crispaient leurs poings.
Socialisme et anarchisme avaient creusé derrière Zola le sillon par lequel allait pénétrer lentement jusqu'à la conscience populaire la vérité sur la culpabilité de Dreyfus et sur les circonstances presque incroyables qui avaient accompagné la condamnation de ce juif.
Grâce à cette fée, le lieutenant-colonel Picquart apportera son témoignage au procès de Zola, sans être mis en pièces par les affldés de Guérin.
Il semblera alors que la parole du lieutenant-colonel Picquart ait été emportée par le vent.
Endurcie, en effet, par la terreur, la conscience du jury refusera de la recevoir.
Mais, chez maint auditeur d'élite placé derrière la Cour, chez maint lecteur de la sténographie du procès, la parole du lieutenant-colonel Picquart a été féconde.
C'est de celte fécondité, comme d'un flambeau à plusieurs branches, que la lumière est descendue peu à peu sur les recoins obscurs du procès de Dreyfus et sur ses acteurs, tapis dans l'ombre.
Le lieutenant- colonel Picquart a été le médiateur, grâce auquel les consciences d'élite ont pu mes\i\:e.^ ramas de mensonges entassé par Irois 4^% ol^'cÀet's» ^^
Tétat-major général sur la procédure de condamnation de Dreyfus.
Le populaire, lui, mesure volontiers la valeur d'un témoignage au ton de son auteur. Aussi le lieutenantcolonel Picquart fut-il écrasé devant le jury par le dédain du général de Pellieux et par l'offense que celui ci put adresser, sans courir de risque, à un contradicteur, qui, inférieur au grade, était cependant assez osé pour lui être supérieur en perspicacité et pour taxer de candeur la créance accordée parle général à un faux.
Aussi, pour le public, le lieutenant-colonel Picquart est-il resté une énigme. Tel un acteur qui aurait mal joué son rôle.
Jury et public auraient aimé que tout fut crâne chez le lieutenant-colonel, le ton et le geste aussi bien que la pensée, et qu'ils eussent rendu coup pour coup au général de Pellieux.
Jury et public eussent été d'autant plus satisfaits , que le dénouement de l'incident eût vite tourné au tragique; car, sans doute, la parole du lieutenant-colonel aurait alors frisé l'outrage, sa main aurait frôlé son contradicteur « fort en gueule ».
Bagne et poteau d'exécution, surtout quand on y rive l'innocent, sont des clous sensationnels dans les spectacles chers au Parisien.
Sache :is gré pourtant au lieutenant-colonel Picquart d'avoir dominé ses nerfs, d'avoir discipliné son indignation, même aux dépens « des clous » du spectacle de février. Ainsi, pourra-t-il tout dire, loin du bagne et du poteau, lors d'une future confrontation avec le général de Pellieux.
Alors, le lieutenant-colonel Picquart sera en posture de résoudre clairement l'énigme vivante qu'il a été, en février.
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Il pourra placer lui-môme la réponse au-dessous du point d'interrogation gui suit son nom.
Cette fois, les armes seront égales dans le duel : l'adversaire du lieutenant-colonel n'aura plus l'armure enchantée gui le rendait invulnérable.
CHi^PITRE DEUXIÈME
Zola est poursuivi devant la cour d'assises. — Assignation du procureur général.— Lettre de Zola au ministre de la guerre. — SigniOcaiion par Zola au procureur général de faits connexes à ceux de la citation de ce dernier.
C'est au milieu des bruyantes querelles de la rue et des multiples incidents auxquels donnaient lieu les bagarres, que le 18 janvier, après de longues et mûres réflexions, le général Billot déposa une plainte contre Zola entre les mains du procureur général de la Cour d'appel de Paris :
Celte plainte donna lieu à l'assignation suivante du procureur :
L'an mil huit cent quatre-vingt-dix-huit, le vingt janvier, k la requête de M. le procureur général près la cour d'appel de Paris, lequel fait élection de domicile en son parquet, sis en cette ville, au Palais de justice, agissant d'office sur la plainte déposée le dix- huit janvier mil huit cent quatre-vingt-dix-huit par M. le ministre de la guerre dans les termes de rarticle 47 de la loi du 29 juillet 1881, au nom du premier conseil de guerre du gouvernement militaire de Paris, ayant jugé, les 10 et 11 janvier i898, le commandant Esterhazj, lequel tribunal relève de son département.
J'ai, CharleS'Marie-GeoTgQ^ Dupuis, huissier audiencier à la
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cour d'appel de Paris, demeurant même ville, au Palais de justice, soussigné,
Donné assignation à monsieur A. Perrenx, gérant du journal l'Atirore, demeurant à Paris, 142, rue Montmartre, où étant et parlant à un employé du journal, puis à sa personne enfin,
A comparaître devant la cour d'assises de la Seine, sise au Palais de justice, à Paris, le lundi sept février mil huit cent quatre-viDgt-dix-huit, à onze heures et demie du matin,
Et par copie séparée à monsieur Zola,
Gomme prévenus :