IDIOTS ET COQUINS
La situation commence à devenir excessivement difficile pour les propagandistes de la réhabilitation du traître.
Ils se sont, en effet, placés dans cette fâcheuse alternative : ou de passer pour des misérables en continuant, malgré les aveux du condamné, à se porter garants de son innocence, à laquelle ils ne croient ç^^\ oxi^ •^'^'s»^
croient, de se faire regarder partout comme les derniers des imbéciles.
Il ne leur reste maintenant que le choix.
Les sales coquins queTargenta fait parler comme il les aurait fait taire ont encore la ressource, devant Tinanité des preuves convaincantes qu'ils avaient promises, de répéter tous les soirs :
« C'est vrai, nous n'avons encore rien produit ; mais vous verrez demain ou après-demain, ou au plus tard la semaine prochaine. »
Les semaines passent et le fameux «fait nouveau», avec lequel on nous berce et on nous berne depuis tantôt trois mois, devient de plus en plus problématique.
Alors les purotins du Syndicat annoncent qu'ils réservent leurs révélations pour le grand jour du procès Zola.
D'autant que, s'il le perd, c'en sera encore un autre à réviser.
Mais les idiots, les ahuris, les poseurs qui, pour se donner des airs perspicaces, affirment la non-culpabilité d'un condamné dont ils ne peuvent discuter le dossier, puisqu'ils se plaignent qu'on ait refusé de le leur montrer; les dreyfusards amateurs, comment vont-ils accepter le ridicule qui ne les a pas complètement sauvés de l'odieux ?
Garces pauvres diables ne cherchent même pas à opposer un argument quelconque aux raisonnements que vous leur tenez.
Ils proclament Dreyfus innocent.
Vous leur objectez qu'il ne peut pas l'être, puisqu'il s'est avoué coupable. Et ils vous répondent avec ce calme spécial aux goitreux :
« Il a peut-être avoué, mais ça ne fait rien. »
Ce qui, dans la pensée de ces déliquescents, signifie ça 'j'I a menti à là jUsiicQ oi^ ses c^m^t^des du conseil
e guerre pour le plaisir d'aller finir ses jours à l'île du liable, sur les rives de laquelle il fait Tours depuis trois ns.
Il avait un goût prononcé pour les voyages et il s'est it qu'en déclarant avoir transmis nos plans de défense l'Allemagne, le gouvernement français lui faciliterait îs moyens de visiter la Guyane.
Pour lesdits goitreux, Dreyfus n'est pas un traître : 'est un touriste.
Nous avons encore les dames du monde qui n'osent ien affirmer, mais que leurs « pressentiments n'ont ]imais trompées », et qui ont celui de Tinnocence du rère à Mathieu.
J'ai entamé, à ce sujet, un bout de conversation avec ine jeune femme, qui m'a répété d'une voix ferme :
« Je mettrais ma main au feu qu'il n'est pas coupable. »
Je lui ai demandé sur quels éléments de conviction lie se risquerait ainsi à imiter Mucius Scsevola, et elle ae cloua au mur par ces mots d'une grande profondeur :
« Je ne sais rien de précis, mais c'est instinctif chez loi. »
Je me suis alors borné à lui poser cette question :
« Est-ce que depuis voire mariage vous n'avez pas onstamment trompé votre mari?
— Qui vous fait supposer une chose pareille? » s'estlle écriée toute tremblante.
— Rien, ai-je répliqué. C'est simplement chez lïioi une Dnviction instinctive. »
Cette façon de juger avec son instinct un accusé de aute trahison est une de ces innovations judiciaires dont I Syndicat nous réservait la surprise.
Il est cependant probable que nous attendrons quelque )mps encore avant que les arrêts rendus « instinctivelent» soient admis parla jurisprudence.
Toutefois ces défenseurs de Dreyfus aoal \AV\fô«\&\s5v.
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embourbés dans leur manque de logique que tous les systèmes qu'ils adoptent se tournent contre eux.
Puisque les aveux du traître au capitaine Lebrun- Renaud n'ont à leurs yeux aucune valeur, pourquoi les cent cinquante témoignages réclamés par Zola pour le jour de son procès en auraient-ils davantage?
Si la parole de Dreyfus se reconnaissant l'auteur du crime qu'il expie en ce moment ne mérite pas d'être prise en considération, comment celle d'un simple témoin, fût-ce l'ambassadeur d'Allemagne lui-même, aurait-elle plus de poids auprès des syndiqués que n'en ont eu les aveux du criminel?
Quand la foule des comparants, dont les onze douzièmes, ne sachant même pas pourquoi ils ont été cités, refuseront de déposer, auraient tous donné leur parole d'honneur que Dreyfus n'a livré aucun document, le ministère public n'aurait pour toute réfutation qu'à leur opposer ces trois mots :
« Il a avoué. »
Cette chronique contenait une ligne prophétique, celle de la revision du procès Zola; mais c'était à la façon des oracles de la sibylle, noyée au milieu d'un fouillis de non-sens.
Dans Y Intransigeant du 3 février, nouvelles fusées, où le pamphlétaire dit leur fait au Danemark et à la Norwège, comme Drumont l'avait fait naguère à la Belgique; sans oublier les gouvernements prussien et italien, coupables d'avoir mis les pieds dans le plat dé M. Rochefort.