‹ Le lieutenant-colonel Picquart?Chapitre 52 sur 61 · II · texte numérisé non relu

II

IL — C'était dans le courant d'octobre.

M. LE COLONEL Henry. -^ Merci, comme ceci, je suis très bien. C'était, je crois, dans le courant d'octobre, — je n'ai jamais pu préciser exactement, tout ce que je sais et que je me rappelle très bien, c'est qu'il j avait du feu dans la cheminée du bureau du colonel ; le colonel était assis sur la jambe gauche, il avait la main, je crois, comme ceci.. ; à sa gauche était M. Leblois, et devant eux plusieurs dossiers sur le bureau, entre autres le dossier secret sur lequel j'avais écrit « dossier secret », et au verso duquel j'avais mis ma signature ou plutôt mon paraphe au crayon bleu dont j'ai parle avanthier. J'ai reconnu les mots « dossier secret ». L'enveloppe était ouverte, et de l'enveloppe était sortie la pièce dont vous venez de parler...

M. LE Président. — Sur laquelle il y avait : « Cette canaille de D... »

M. le colonel Henry. — Parfaitement. Me rappeler exactement la date, ce n'est pas possible ; ce que je sais, ce que je peux indiquer comme date, c'est que, à ce moment certainement, il y avait du feu dans la chambre. Quelques jours après,

— peut-être le général Gonse pourra-t-il mieux préciser que moi — j'ai rencontré le général Gonse qui m'a dit : « Comment cela va-t-il ? Comment va le colonel Picquart ?» Je lui dis : « Cela va un peu cahin-caha ; le colonel Picquart est toujours absorbé par son affaire Esterhazy. » — « Ah ! c'est fftcheux, parce que les affaires du bureau périclitent un peu. »

— « Et les indiscrétions continuent ! » — « Âh ! les indiscrétions! cela ne me regarde pas. » — Je lui dis : « En fait d'indiscrétions, vous feriez peut-être bien de reprendre le dossier secret, car je l'ai vu il y a quelques jours sur son bureau en présence d'une tierce personne. » — Je n'ai pas indiqué la personne. Je crois que deux ou trois jours après, le général a dû le reprendre ou se le faire donner ; je ne sais pas dans quelles conditions. L'a-t-il repris lui-même ou se l'est-il fait remettre par le colonel Picquart! Je n'en sais rien. Le colonel Picquart pourra vous le dire lui-même. Voilà ce que je puis dire, jurer et affirmer en ce qui concerne le dossier se* cret.

M. LE Président. — Lorsque vous êtes entré dans le bureau et que yous ayez trouvé le colonel Picquart s'entretenant avec M. Lebloîs, pensez-vous qu'on s^entretenait de ce dossier ?

M. LE COLONEL Henry. — Gcs messicurs causaient comme je vous le disais; le dossier était devant eux ; le colonel Picquart était comme ceci... et avait plutôt Tair d'être tourné du côté de M. Leblois. Je ne peux pas dire qu'ils causaient de ce dossier ; je n'ai fait qu'entrer et sortir.

M. LE Président. — Vous avez vu le dossier des pigeons voyageurs ?

M. LE COLONEL Henry. — Pas cc jour-là.

M. LE Président. — C'était à quelle époque^ ce dossier des pigeons voyageurs ?

M. LE COLONEL Henry. — Oh I cc dossicr a été remis au colonel Picquart bien longtemps auparavant, et je ne l'ai plus revu qu'après son départ ; par conséquent, il a dû rester entre ses mains pendant de longs mois.

M. LE Président, au général Gonse, rappelé à la barre. — Monsieur le général Gonse, ce dossier secret dont je viens de parler était-il ou n'était-il pas en désordre quand il vous a été rendu ?

M. le GÉNÉRAL Gonse. — Autant que je peux me rappeler, il était un peu en désordre.

M. le Président, ou colonel Henry. — Monsieur le colonel Henry, vous souvenez-vous dans quel état était ce dossier quand il a été rendu au général Gonse?

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