CHAPITRE TREIZIÈME
Résultat des six premières audiences du procès Zola. — Les iotel-l lectuels et le public. — Il ne reste rien des calomnies du lieutenant-colonel Henry et du commandant Lauth contre le lieutenantcolonel Picquart. — Que faut-il penser de la communication des lettres du général Gonse?
Au point où nous sommes arrivés du procès Zola, il est convenable d'apprécier les résultats énormes qu'avaient produits les six premières audiences sur Tauditeur clairvoyant et réfléchi, aussi bien que sur le lecteur attentif du compte rendu sténographique.
Nos lecteurs ont pu juger, en parcourant les extraits de la sténographie, cités dans le présent volume, combien il était difficile, à moins d'être un intellectuel, de poursuivre le fll d'Ariane, à travers la confrontation « Lauth, Picquart », et surtout à travers le labyrinthe » Picquart, Leblois, Henry, Gonse ».
On a pu remarquer combien l'intervention du président Delegorgue avait allongé ce labyrinthe, et obligé] à des eCTorts prolongés l'attention du lecteur décidé il ne pas perdre la piste, à démêler le grain de vérité con-l tenu dans les débats provoqués par chacune des ques-ji tions de Labori et de Clemenceau. 1
Il ne faut pas regretter d'avoir suivi ces détours : afl contraire.
Ils sont, en effet, la principale explication des dilB'lc
toultés éprouvées par le jury d'abord, par le lecteur du Journal ensuite, pour tirer des débats des six premières «udiences du procès Zola la conclusion que les intellectuels n'en pouvaient déduire, d'une façon complète, que par un effort des plus soutenus.
Rochefort et Drumont étaient des premiers à n'avoir -pas compris le sens de ces débats compliqués où il fallait tamiser des centaines de lignes inutiles pour y découvrir, telle la pépite au milieu de sa gangue, les ■quatre ou cinq mots qui correspondaient exactement à la vérité.
Des calomnies du commandant Lauth contre son chef le lieutenant-colonel Picquart, il ne restait rien, après le crible sévère, qu'en avait fait M^ Clemenceau. Mais combien de jurés, combien de lecteurs du Journal avaient pu apprécier cette criblure qui résul- . tait des trous d'aiguille portés par Clemenceau aux documents Pellieux et Ravary.
Le petit bleu, ses mille morceaux, ses bandelettes de soutien, le timbre dB la poste, le cornet originel, l'hypothèse de l'arrivée à destination semblent autant .. d'accessoires d'un casse-tète chinois.
Il en est de même de la pièce secrète, sortie au tiers lide son enveloppe, du paraphe fatidique de cette deri'iiière, du moyen de reconnaître la pièce secrète à distance, de la discussion de la date assignée par Henry à «Tentrevue de son chef, compulsant avec Leblois le fai^meux dossier secret.
à II n'est pas jusqu'à l'analyse grammaticale ou lincfguistique du verbe « compulser », qui ne fût au-dessus ^ies aptitudes d'un juré ou d'un auditeur ordinaire.
Si Ton y joint la logomachie du lieutenant-colonel ■^Henry sur les trois dossiers secrets, dont le cadet et le ^ benjamin étaient sortis subitement de ses lèvres ^Comme deux diables d'une boîte à surprise, l'on com-
v?'>f > ti'.ti*, ><r.-- yrih.
'^^% <r,';j^^:fft^ i ^ri** i^At f>^ deni înteDectoels j/pirr*// ^ytffjffLt/^ ofjt pi • y tromper de fort bûxuie foi- ^> ^ja<î jjotjit çriîjqooDê- cen eît pas précîséiDent 'jf^îtif, qui j^îjf fut eommane aTec des miUios d ir<;iî, wi^îi^, k \^/tiktttUi arec laqaelie ils s'autorisèrent /^i'iUj HrrHtàf j>^>uf noyer gous le flot de leurs sarcas ^t 'l<f Utun fgi^iprÏH le supérieur droit, intègre, au-des iiii iïoupçoriy qu'avait été Picquartpour ses subordi
Oufitn\ on a charge d'âmes — cela est pour Dromool tiux y<*jjx r|uqur*l la parole du «pasteur d'hommes • est l/i nourrltunî de «on troupeau et son verbe, — ilcon vli*.ril (Ut lir<; et (Ui relire les documents accusateurs, JuHqiiïi c() qun l'on ait saisi leur sens exact.
AiilrnirMîni, l'on trompe le lecteur : on lui offre 1* poUon (l'nrnuir, au lieu du pain de vérité ; on lue soi Atiin, an lieu iW la sauver.
(l'(^Hl. en (|u'avait fait Drumont de très bonne foi saw (hMil(«, nialH c.(^p()ii(lant avec une injustice flagrant^ quand il nvall tSnils contre Picquart les affirmations li plus inlatuaulos; quand il avait accusé Billot de n'avi paN IVapptN IMoquart, convaincu des actes les plus iloluouN ol los plus graves.
Kn nVUitt\ Il no rosto debout contre Picquart qu' .soul aolo orUlquablo. Kt encore, il fallait la sagacité ^^M\<Nral do Pollioux pour A* ^treflxéetla complais adhoslon dosmombrOî> du conseil d'enquête, convo ,).i î.s\ pour \ doilnir uuo lauto contre la disciplincjj
INoq\^^rl axait oonî\o à $on ami Lebloisdes lettieslp >ou ohoî lo ^iiOnorxAl i*onsi\ à
^i^1\t ^v pour un moU:* rOjxn^hensiWe? Non. Cé^^ )v,^urs^d^^^ond^^
Si jamais défense avait été légitime, c'était de la part e l'offlcier auquel son subordonné de la veille dressait une lettre menaçante, et qui devinait derrière îs menaces de ce subordonné des adversaires puisants, redoutables, dénués de sens moral.
Avait-il tort, le colonel Picquart, d'y deviner des dversaires redoutables? Non, car ceux-ci ne reculèent pas devant les faux télégrammes « Blanche et Iperanza », ni devant la confection de lettres fausses.
Ils pouvaient donc fort bien, « avec un fusil qui parîrait comme par hasard », guérir à tout jamais Tofficier tnvoyé en mission aux confins de la Tripolitaine.
Qui ne recule pas devant le faux, ne recule pas levant v un fusil partant comme par hasard ^, car Ton rouve aussi aisément un spahi complaisant pour cette lerniëre besogne, qu'un faussaire pour la première.
Aussi Picquart n'agissait-il, ni en écervelé, ni en ndiscipliné, en remettant à son ami Leblois les lettres lu général Gonse attestant sa droiture, son intégrité, son obéissance aux ordres de ses chefs.
Il avait cure de son honneur, pour le cas où sa vie serait abrégée par « un fusil qui partirait comme par hasard».
Tout en pensant à son honneur, il assurait, autant ïu'homme en est maître en ce monde, la réalisation de l'idéal de justice et d'équité qui est en tout cœur d'élite.
Picquart avait eu la certitude de l'innocence de Dreyfus ; il avait eu l'intuition de la trahison d'Eslerhazy,
Avait-il le droit de léguer cet héritage à un ami? A.vait-il le droit de se désintéresser, lui officier, du rapt qui avait été fait de l'honneur à un autre officier, h ce Dreyfus, au traître de 1894, dont les enfants seraient à jamais « la race du traître », en dépit de
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rilluminatîon que lui, Picquart, avait obtenue enre vaut les cent morceaux de ce petit bleu, providentie ment*déchiré par son auteur?
Je laisse aux hommes de cœur le soin de répondre ces questions.
Picquart manqua-t-il de discipline en faisant ce qu fit?
Gomment alors qualifier la démarche du comman dant Pauffia de Saint-Morel, auprès de Rochefort?
Y avait-il, dans la communication de Picquart Leblois, ombre de péril international? Non.
Au contraire, la communication de Pauffln à Rochefort était grosse d'inconvenances internationales.
Rochefort (1) put, en etfet, plaisanter le ministre des affaires étrangères, Hanotaux, pour les excuses que M. de Noailles, l'ambassadeur de France à Berlin, avait faites au gouvernement allemand, à cause delà publication ^slt ï Intransigeant ûes dossiers quePaufto avait apportés à Rochefort.
Y avait-il, dans la communication de Picquart à Leblois, trace d'hostilité pour l'un de ses chefs? Non.
Au contraire, la communication de Pauffîn constituait la plus grave injure au ministre de la guerre et, par ricochet, au gouvernement tout entier.
En effet, le président du Conseil des ministres dut démentir « les allégations sensationnelles » apportées par Pauffln à Y Intransigeant et publiées par ce dernier.
Le gouvernement dut affirmer sa résolution, « si cette campagne continuait, de prendre, avec le concours du Parlement, les mesures nécessaires pour y mettre fin » (2).
(i) Voir dans (a Esterhazy ? » pages 155 et suivantes, l'article e> question de Rochefort : c La paix du tombeau. »
(2) Voir dans et Esterhazy », pages 152 et suivantes, le texte complet de la communication gouvernementale.
Mais h quoi bon poursuivre la comparaison?
Les deux points qui précèdent ne suffisent-ils pas à 'homme de bonne foi pour reconnaître rerreur oîi est Lombé Drumont, après la sixième audience du procès Zola, quand il a posé Picquart comme méritant le châtiment du soldat qui s'est oublié jusqu'à adresser une injure à son caporal?
J'ai fini. La figure de Picquart se dégage, loyale, probe, correcte, des débats de la sixième audience du procès Zola.
En terminant ce volume, je me borne à ce constat.
Dans un quatrième volume, « Le capitaine Lebrun- Renault? yi, je raconte les trois derniers actes du procès Zola, dont le présent livre a rapporté les deux premiers.
Bizarrerie du destin, c'est un humble capitaine de ^a garde républicaine qui est devenu l'arbitre souverain 3e la culpabilité de Dreyfus.
Entre les mains du capitaine Lebrun-Renault, se trouve le nœud des dramatiques incidents qui enveoppent de leur réseau Dreyfus, Esterhazy, Picquart et tous les héros de cette cause célèbre entre toutes, à laquelle aucune autre ne saurait être comparée.
Par quelles malices de la fatalité le capitaine Lebrunftenault fut-il choisi pour personnifier « le libérateur » îans des conditions symétriques à celles où Dreyfus ivaît personnifié « le traître » ? Je m'efforce de Téluîder dans « Le capitaine Lehrun^Renault ? »