‹ Le lieutenant-colonel Picquart?Chapitre 9 sur 61 · LA BAGARRE · texte numérisé non relu

LA BAGARRE

Voici exactement comment la bagarre a commencé.

C'est d'une Yoix forte et au milieu d'un silence relatif qa^ M. Jaurès a traité M de Bernis de misérable et de lâche.

La bagarre commence alors ; M. Gérault-Richard s'élance de son banc, se précipite sur M. de Bernis placé à droite dans rhémicycle, au pied de la tribune, et le frappe au visage.

Les questeurs aidés des huissiers essayent de s'interposer, ^ ainsi que des députés de droite accourus auprès de leur collègue de Bernis.

Mais, en même temps, plusieurs socialistes sont arrivés àlft rescousse et c'est alors une mêlée générale.

Tandis que la bataille continue, le président Brisson, im puissant à rétablir l'ordre, se couvre et lève la séance.

Coûtant, qui prend part & la mêlée, tape à tour de bras; Use trouve que ce sont des sénateurs qui étaient venus assister

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la séance et qui étaient debout dans renceinte de la Giambre 1 ils ont accès, qui reçoivent cette généreuse distribution de »rgnoles.

M. de BerniSy protégé par les huissiers, proflte d'un moment inattention pour se précipiter à la tribune et frapper Jaurès 'un coup de poing.

M. Jaurès n'avait pu voir venir son agresseur, auquel il fumait le dos.

Cest alors un tumulte inexprimable.

Les députés socialistes reviennent à la charge et attaquent D masse le côté droit de la Chambre.

Protestation de la presse.

Les tribunes de la presse sont bondées de confrères qui, sans listinction d'opinion, protestent contre l'agression de M. de krnis.

Debout, les journalistes crient: Vive la République! huent e député monarchiste et applaudissent les députés qui témoinient de leur indignation.

Les députés se retournent du côté de nos tribunes et remercient la presse en la saluant à son tour de leurs applaudissenents.

Le public prend alors part & cette manifestation et mêle ses protestations & celles des journalistes.

Ordre est immédiatement donné de faire évacuer les tribunes et galeries.

Suite de la bagarre.

Aussitôt après avoir frappé M. Jaurès par derrière, M. de Bernis descend les marches de la tribune; mais, là, malgré la protection du personnel de la Chambre, il est assailli de ûouveau et reçoit de nombreux coups dans la bagarre qui continue.

Les scènes de violence se prolongent; les huissiers sont impuissants à séparer les combattants et de doux députés qui ont voulu intervenir reçoivent des claques et des coups de poing réservés à d'autres.

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Le champ de bataille est jonché de manchettes et ( yates, et la lutte se poursuit jusque dans les couloirs.

La droite et la cléricaille — les amis de Méline — on ferme dans ce... scrutin k mains levées.

Il 7 a eu généreuse distribution de claques — c'est a bénits » pour les cléricaux^ qui sont décidément bien mes : le parti de la calotte.

Il règne dans ce récit une chaude sympathie Jaurès et un violent dégoût pour Bernis.

Sympathie et dégoût sont d'autant plus à not< Jaurès, en combattant le général de Boîsdeffre, se par le fait même en adversaire de Rochefort.

Bernis, champion de de Mun et de Boisdeilre, se vait au contraire Tauxiliaire du moment.

La Libre Parole, aller ego de Y Intransigeant, C( Drumont Tétait de Rochefort dans le combat BoisdeiTre et contre Zola, retraçait en ces tern physionomie de Tincident :

Savate et chausson.

Soudain, au milieu du tumulte et des applaudisser retentissait cette exclamation lancée par M. de B

— Vous êtes du Syndicat ?

— Vous dites, monsieur de Bernis? demandait IM rès.

*- Je dis que vous devez être du Syndicat, que ôtes probablement du Syndicat I Et M. Jaurès répondait avec indignation :

— Monsieur de Bernis vous ôtes un misérable lâche I

Alors, le tumulte devenait indescriptible.

M. Gérault-Richard, quittant sa place^ courait àti l'hémicycle, renversant huissiers et députés, arriva M. de Bernis et le frappait d'un coup de poing.

Le derviche tourneur.

Pif I Pâf ! Pan ! C'était la mêlée burlesque des repré« étants sousTocii de leurs électeurs et futures électrices. Ghaiivière accourait, se colletait avec les huissiers qui npôchaient M. de Bernis de courir à la tribune. Goûtant tombait sur un groupe de sénateurs qui :aient dans l'hémicycle et cognait comme un sourd, à »ur de bras.

— Je suis sénateur ! criait M. Leydet.

— Je m*en f... I ripostait Goûtant, en cognant de plus elle.

La scène était délirante.

On craignit un moment pour le vénérable M. Buffet ui, bousculé, était tombé assis, mais que Ton put emlener sans aucun mal loin de Tarène.

M. Pajot, debout devant les ministres, hurlait :

— Frappez-moi, misérables ! Frappez-moi !

Ses amis lui tapaient à petits coups dans le dos. Pendant ce temps, les socialistes perchés sur les hau-

eurs de la droite étaient descendus et bourraient L de Bernis qui criait désespérément.

Et au milieu de ce grouillement de tètes congestionnées par la fureur, on voyait, ô stupeur, un derviche ourner avec frénésie !

C'était le brave Sidi-Grenier qui, voyant Theure arrivée de se laver les pieds, avait quitté sa place et était ombé dans la mêlée, oîi son burnous faisait une tache )lanche.

Et heurté, bourré, cogné, le malheureux oscillait, ournoyait dans ce simoun parlementaire brusquement léchainé.

Le président froussard.

Brisson était d'abord demeuré atterré, ImV.^ ^^\sîk«!k^

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an pontife qoi voit une troupe impie organiser ane sarabande dans son temple.

Bientôt, il se couvrait et descendait quatre à quatre l'escalier de son fauteuil.

M. Jaurès, lai, était encore à la tribune, ses papiers restant épars devant lui.

Au moment où il les rassemblait, M. de Bemis traversait la mêlée effroyable où Sidi-Grenier s*agitait, gravissait Tescalier de droite ae la tribune, et arrivait an moment où M. Jaurès s'apprêtait à descendre par l'escalier de gauche.

D'un revers de main, il le giQait et redescendait avant que M. Jaurès, surpris, ait eu le temps de se retourner.

M. Jaurès eut un grand geste éloquent comme s'il prenait la salle à témoin, mais allez donc vous faire entendre au milieu des rugissements de tigres qai emplissaient rhémicycle.

Dans la foule, le combat reprenait avec plus d'acharnement encore, puis les adversaires de tous les partis étaient poussés par les huissiers vers la porte du couloir de gauche de l'hémicycle.

La séance avait été levée à 3 heures 43.

Elle n'a point été reprise, Brisson ayant eu peur de l'exaltation des esprits.

Méline, par contre, eût voulu une reprise, ne fût-ce que pour terminer le débat.

En sorte que, grâce à la frousse irraisonnée de Brisson, on peut dire que le régime parlementaire en est arriver à ce degré de gâtisme que la Chambre ne peut plus mener une délibération jusqu'au bout !

Si nous avons la dictature, Brisson sera un de ceux qui auront contribué à la ramener.

juste retour des choses !

Ce directeur de baraque foraine a tué lui-même son jndasïrie.

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Lundi, à deux heures, continuation des luttes à main plate.

La suite des débats sur Tinterpellation Cavaignac eut lieu le lundi 24 janvier.

Jaurès y reprit le fll de son discours du 22, brusquement interrompu par les violences, suprêmes témoignages de la frénésie qui avait pris naissance à la Chambre le 13, après le coup de foudre de Zola.

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