‹ Le lieutenant général Delort, d'après ses archives et les archives duChapitre 29 sur 45 · DETACHES · texte numérisé non relu

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Certifié par le chef d'escadron commandant les escadrons de guerre dudit régiment.

A Pescara, le 20 juin 1806.

1) Original.

Thomas*

Relation en s^ers des campagnes du 24^ régiment de dragons^ pendant les années 1808 et i8og^ par le colonel Delort (*).

Reuss en Catalogne, 1 1 mars 1809.

Epître au 24* régiment de dragons par son colonel.

Avec vous, mes amis, mes cliers compagnons d'armes,

Des plus doux entretiens je vais coûter les charmes ;

Tandis qu'une blessure, honorable accident,

A quelques jours d'arrêt m'oblige forcément,

A vous écrire en vers il faut que je m'amuse,

A chanter vos exploits j'exercerai ma muse.

Ainsi, grâces à vous, un ennuyeux loisir

Va pour moi, tout-à-coup, se changer en plaisir.

Du destin de l'Etat sage et puissant arbitre,

Lorsque le souverain me conférait un titre

Que mon zèle éprouvé pour moi sollicitait.

Sa bonté sut doubler le prix de ce bienfait,

Puisque je fus chargé de la tâche honorable

De commander un corps antique et respectable.

Où la France comptait ses vieux et bons soldats,

Avec honneur cité dans cent fameux combats

Et qui de sa valeur, précieux apanage,

Des Rois reçut jadis un noble témoignage (').

Je me félicitai, quand je vous rejoignis,

De revoir parmi vous de fidèles amis

Eprouvés au milieu des dangers de la guerre,

A qui j'étais uni d'une amitié sincère,

Des amis qu'à regret mon cœur avait quitté

Et dont je me flattais d'être encor regretté (*).

Le plus aimable accueil combla cette espérance,

(1) Copie de l'époque.

(2) Le 24* régiment, autrefois iS» de cavalerie, sous la dénomination de Royal Lorraine, avait reçu de l'ancien gouvernement la prérogative de porter des bourses blanches à ses étendards en mémoire des guerres où il s'était distingué.

(3) Le 22- régiment de cavalerie, où j'ai servi longtemps comme chef d'escadron^^ avait été, après sa dissolution, incorporé en partie dans le a4* régiment de dragons.

Au devant de leur chef les cœurs volaient d'avance ;

Il vit en sa faveur s'unir toutes les voix

Pour bénir FEmpereur et confirmer son choix.

Entouré des objets que chérit sa tendresse,

Je goûtai d'un bon père et la joie et l'ivresse.

Heureux qui du devoir tempérant les rigueurs,

Peut user de ses droits en captivant les cœurs,

Obtenir de F estime et de la confiance

Ce gu un autre n'obtient que par obéissance ;

Qu'il est doux d'éprouver, par un juste retour,

Qu'on est chéri de ceux qui firent notre amour,

De voir à notre aspect que la crainte est bannie,

Ou la crainte à Tamour intimement unie !

Aussi, dans tous les tems, vous me vîtes jaloux.

Pour me concilier des sentiments si doux.

De saisir promptement la moindre circonstance

Où j'ai pu vous marquer toute ma bienveillance

Et d'un zèle attentif l'affectueuse ardeur ;

Le but de tous mes soins était votre bonheur.

Qui pour vous eût montré plus de sollicitude ?

Votre avancement fit ma principale étude

¥A près de l'Empereur quand j'appuyai vos droits.

Mes vœux furent comblés, il confirma mon choix.

Ainsi Napoléon, psiT chaque récompense.

Honorant vos talens et votre intelligence.

Dans vos cœurs généreux éveillant les vertus.

Acquittait dignement les services rendus,

Reconnaissait de plus, en ses choix toujours juste,

Votre entier dévouement à sa personne auguste.

Vous l'aviez satisfait par la précision

Qui devant lui régla chaque évolution,

Tour à tour manœuvrant sur des coursiers dociles

Ou bien rivaux adroits des fantassins habiles,

H avait remarqué le bon esprit de corps

Qui vers un même but guidait tous vos efforts,

Votre uniformité, votre belle tenue ('),

Enfin cette sagesse et cette retenue

Qui d'un peuple allié faisait l'étonnement.

Qu'admira quinze mois la cité de Milan,

Et qui d'un jeune prince, aimable autant que sage.

Vous avait mérité le précieux suffrage.

De ce prince adoré de ses sujets heureux

Vous n'aviez rien omis pour contenter les vœux.

Quand vos soins assidus réparèrent les pertes

(i) s. M. TEmpereur passa la revue du régiment à Milan^ lors de son dernier voyage en Italie, le lit manœuvrer et parut satisfait de sa tenue et de ses manœuvres.

Qu'à Naples vous aviez tout récemment souffertes.

Quand vos nombreux conscrits diligemment dressés

Comme d'anciens soldats manœuvraient exercés (*).

Vous avez recueilli le prix de votre zèle,

A peine au champ d'honneur un héros vous rappelle

Qu'on vous voit aussitôt moissonner des lauriers,

Vous placer au niveau des plus braves guerriers,

Et dès votre début surpasser en Espagne

La gloire que le corps acq^uit en Allemagne.

Devant Rosas d'abord unis aux artilleurs,

Vous fûtes distingués parmi les travailleurs,

Lorsque de la tranchée ouverte avec audace

L'airain placé par vous tonna contre la place,

Et quoique à ces travaux vous fussiez étrangers.

Votre ardeur redoublait au milieu des dangers,

Empressés de prêter un secours plus utile,

D'accélérer la fin d'un siège difficile.

C'est là que Colassot, Raoul et Peyronnet,

Dont la perte nous cause encore un vif regret,

Tous trois des assiégés repoussant la sortie,

A la fleur de leur âge ont terminé leur vie,

Colassot^ qui sans craindre un danger imminent,

Secourait son ami blessé mortellement.

Au même instant frappé, de sa pitié sublime,

Par un coup déplorable, a péri la victime.

Plusieurs furent blessés en rendant impuissans

Les projets entrepris contre les assiégeans,

En forçant l'ennemi honteux de sa défaite

A faire sur Rosas une prompte retraite (*).

Mais ces murs orgueilleux presqu'à moitié détruits

Au pouvoir des hrançais à peine sont soumis

Que vous avez repris vos armes véritables,

Avec éclat déjà les rendant formidables.

Adarriy sous Cardadeu, fait briller leur renom.

Voyez le diriger son agile escadron,

Régler ses mouvemens avec ordre et vitesse,

Le rompre, le former, ainsi que le cas presse.

Et plus prompt que l'éclair, entraînant ses dragons,

Fondre sur l'ennemi, lui prendre ses canons,

Sabrer tous les soldats qu'il trouve à son passage.

Et faire des vaincus un horrible carnage.

Toujours à ses côtés, ses dignes lieutenans

Ne sont ni moins actifs, ni moins entreprenans,

(I) Le corps ayant fourni un conting:ent considérable en hommes de choix pour la garde du roi de Naples, et ayant fait d'ailleurs de grandes pertes dans les précédentes campagnes, était entièrement défait lors de son retour dans le royaume dî'Italie.

(a) Voyez le précis ci-après des actions militaires du corps, lettre A.

Mais il faut le nommer, toi, valeureux Grégoire^

Qui, dans mainte action, combattis avec gloire.

Que le chef de l'Etat, pour prix de ta valeur.

Avait récompensé par un sabre d'honneur.

Une blessure, hélas, désormais incurable

Nous prive de l'appui de ton bras redoutable (*).

Ledée, Henry, Poiret et surtout Perceval

Qui, dans chaque combat, de lui-même rival.

Montre d'un vrai soldat l'audace imperturbable,

Mérite en ce récit une place honorable (*).

Tour à tour exercés par un double métier.

Si tel est le besoin, vous combattez à pied.

Ainsi, quand des brigands avides de pillage

Osaient de nos convois menacer le passage

Et diriger sur nous des feux très meurtriers.

Quelques dragons d'élite, oubliant leurs coursiers ('),

En voltigeurs légers en avant se portèrent

Et de leur embuscade en un moment chassèrent

Ces infâmes brigands, acharnés ennemis,

Qu'un transport frénétique en foule a réunis,

Féroces assassins, endurcis au carnage,'

Qui loin de tous dangers, pour assouvir leur rage.

Commettent lâchement, avec impunité,

D'affreux excès qui font rougir rimmanité.

Au milieu des débris de cette bande impure,

Liotard est atteint d'une grave blessure.

Et voit un fer cruel, sans en être allarmé,

Extirper le métal dans sa jambe enfoncé.

En des tour mens si durs, le seul mal qui l'accable

Est d'être pour longtemps de servir incapable.

En plaignant sa douleur, ô combien j'admirais

Sa fermeté stoïque et ses nobles regrets !

O combien dans les cœurs sa vertu courageuse

Ranimait les transports d'une ardeur belliqueuse,

Et quel guerrier voyant son intrépidité.

Aurait pu s'avilir par une lâcheté !

Mais d'une égale ardeur vos âmes enflammées

Par l'honneur constamment se montrent animées.

Et chacun à l'envi, selon l'occasion,

Rivalise de zèle et d'émulation.

\S Espagnol, se flattant de venger sa défaite.

Au bord du Lobrégai choisit pour sa retraite

Un terrain montueux, d'un difficile accès,

D'où naguère il avait repoussé les Français,

(i) Précis des actions militaires du corps, lettre [G].

(2) Tous les sous-officiers et le maréchal des log-is chef de la a* compagnie commandée par le capitaine Adam.

(3) Précis etc., lettre B.

Une tétc de pont rendait plas formidable

Ce poste retranché qu'il croyait imprenable (*).

Mais de nos fantassins le choc impétueux,

Dirigé par un chef habile et valeureux (*),

Dont le nom est inscrit au temple de mémoire

Et dont Tart circonspect maîtrise la victoire.

Obligea Tennemi de fuir honteusement.

Le régiment déjà le poursuit vivement

Emporte à la fois pont, redoute, artillerie,

Quelque tems soutenus par sa cavalerie,

Mais qui craignant déjà la vigueur de nos coups,

Sans presque résister, s échappa devant vous.

Des Èspag-nols alors suivant partout la trace,

Nul obstacle ne peut arrêter votre audace ;

Par quelques pelotons en tirailleurs lancés,

Les fuyards sont atteints, tués ou dispersés.

Des fossés, des ravins, des montagnes horribles.

Qui pour les fantassins sont à peine accessibles,

Vainement, à tout pas, vous ferment le chemin,

Les dragons commandés par le brave Lambin ('),

("es dragons qu'on prendrait pour des soldats d'élite.

En dépit du terrain, semblent courir plus vite,

Et leur chef loyal, blanchi sous le harnais,

Avec rapidité complète nos succès.

Et toi, brave adjudant, qui par ta diligence

A transmettre un avis d une haute importance (*),

Montras, quoique blessé, tant de zèle et d'ardeur,

Marchai, de ce succès tu partages l'honneur.

Mais suivi seulement de mes dragons d'élite.

Ailleurs, des ennemis je vole à la poursuite,

Plus d'une heure au galop de nouveau nous courons.

Enlevant coup sur coup caissons, armes, canons.

Les convois attelés transportant leurs bagages,

Les soldats qui ga)*daient leurs nombreux équipages.

Dérufjes et Laburthe, en zélés officiers (*),

(i) BatalUo du ai décembre 1808. à los Molinos del Rey, où les Espagnols occupaient une excellente position, dans laquelle ils ne tinrent que faiblement. Le 4îï* réjfiment, qui fait partie de la division Sonham, montre beaucoup d'intrépidité dans cette attaque.

(a) Le grénéral Saint'Cxr^ commandant en chef le 7* corps de l'armée û* Espagne,

(ÎJ) Ciipitaine de la 5» compag^nie.

(4) L'adjudant Marchai blessé au commencement de Taction près du général Soiiham et qui m'apporta avec beaucoup de célérité l'ordre de ce Ifénéral d'exécuter fort à propos une charge, qui fut suivie d\ïn plein succès, malgré l'extrême difliculté du terrein. Ijc r' escadron se distingua dans cette charge.

(5) Officiers de la compagnie d'élite .

Guident leurs pelotons et chargent les premiers, Brégeault montre en ce jour que la reconnaissance Dans une àme bien née ajoute à la vaillance (*). Puis-je vous oublier, en nommant des guerriers, Vous (jue j'ai distingués parmi mes grenadiers, Intrépide Delzons, loi qui leur sers de guide, Qu'aucun danger jamais n'arrête et n'intimide Et toi, brave Houdiriy que mille traits d'éclat Ont ren<Ju dans le corps l'exemple du soldat (*)? Pour te dédommager d'un oubli condamnable Je promets d'employer un zèle véritable, Je veux que le monarque, instruit de ta valeur, A tes vertus décerne enfin la croix d'honneur (*). Chaque dragon d'élite, en cette circonstance. Montre à se signaler la même impatience ; Jusqu'à Villafranca, par eux ainsi pressé, Avant la fin cïu jour, 1 ennemi fut chassé (*), Mais ne recevant pas un renfort nécessaire, Malgré vous, il fallut vous porter en arrière. De vos succès forcés à perdre quelque fruit, Et regagner le camp fort avant dans la nuit ('). D'un retard cependant on sentit l'importance. Dès que le jour parut, en grande dilig^ence.

Vous fûtes dirigés sur le même chemin Encore tout jonché d'armes et de butin.

Valentin, parcourant les dehors de la place, Rencontre l'ennemi, le disperse, le chasse.

p]nfin, pour terminer cette suite d'exploits.

(i) L'adjudant major qui s'est bien montré dans toute là campagne, et notamment dans Taction citée

(a) Le premier maréchal des logis et le second brigadier de la compagnie d'élite.

(3) Ce brigadier n'a encore reçu aucune récompense et s'est constamment distingué.

(4) Pour se faire une idée de la rapidité de cette course vraiment extraordinaire, il faut observer que nous étions dans les jours les plus courts, que le passage du Lobregat ne fut eiTectué que vers les neuf heures du matin, que la tète du pont deffendue sur la grande route par leur cavalerie, ne fut emportée que vers les onze heures, que nous poursuivîmes cette même cavalerie fort loin sur la route de Martorell^ et que, de là rétrogradant sur Molînos del Rey, la compagnie d'élite courut presque toujours au galop à Villafranca. où elle arriva avant la nuit. Ainsi, en calculant de Saint- André, point de départ, jusqu'au lieu de l'arrivée, on peut estimerque la compagnie d'élite lit à peu près dans cette journée vingt lieues de poste en quelques heures

(5) Cette compagnie eut trois grandes lieues à faire, en rétrogradant, pour retrouver le quartier général de la division Souham. On voit à quelle distance elle s'était portée en avant de l'armée. Ainsi l'ennemi perdit, de son aveu, tous les bagages, munitions, équipages, et on lui fit un grand nombre de prisonniers.

Dans la ville rentrés pour la seconde fois.

Vous enlevez encore arsenaux, ambulance,

D*ininienses magasins, des [^^rainsen abondance (*).

Flanquant un bataillon du premier régiment.

Ce corps si distingué qu on loue en le nommant.

Qui lui seul tant de fois lit triompher la France,

Qui par sa discipline égale sa vaillance (*),

Danzas, le jour suivant, avec rapidité,

Marche sur Tennemi. près de Vendrell posté.

Attaque de brigands une foule insensée,

Qui mit à son approche, aussitôt dispersée.

Mais ses dragons qu enilamme un trop juste courroux,

Sur ces vils assassins ont l'edoublé leurs coups.

Terrible dans leurs mains, leur sanglant cimeterre

A soixante brigands fait mordre la poussière (*).

Les autres en fuyant ont laissé leurs mousquets,

Ces funestes présens des perfides Anglais.

Dont les atlreux. complots et les viles intrigues

Suscitent contre nous ces infernales ligues.

Qui, trompant tour à tour de faibles i>otentiits,

Se font un jeu cruel de perdre les Etats,

Qui soufflent la révolte au sein de chaque junte,

Et qui, bientôt couverts et d'opprobre et de honte.

Des Espagnols trompés achevant tous les maux.

En toute hAte iront rejoindre leurs vaisseaux (*).

Cependant de soldats une troupe aguerrie

Soutenait les brigands, avec eux réunie,

Ces soldats sont vaincus, quatre vingt prisonniers

Tombent entre les mains oe nos braves guerriers.

L'intrépide Hannion qu un zèle ardent entraîne (*),

Seconde, avec éclat, son digne capitaine.

Rignon le suit de près, d'un bras agile et fort (*),

Semant autour de lui la terreur et la mort.

Mais toi qui, dans ce jour, dirigeais leur courage,

Danzas, ton chef te doit le plus flatteur hommage.

Toi qui dans les périls, montres un grand sang-iroid,

Militaire éclairé, d'un sens exquis et droit,

Dont souvent j'éprouvai l'attachement solide (^),

(() Le régiment, en rentrant le lendemain à Villajranca avant toute autre troupe, y fit encore quelques prisonniers et s'empara de l'arsenal et de magazins considérables.

(2) Le i"' régiment d'infanterie légère.

0) Voyez le Précis des actions militaires. Lettre [EJ.

(4) Ceci fait allusion à l'embarquement des Anglais à la Corogne et aux événements qui l'ont précédé.

(5) Sous-lieutenant de la 6» compagnie.

(6) Maréchal des logis en chef de la même compagnie.

(7) Précis des actions militaires. Lettre [E].

Qu en tous ses procédés Thonneur constamment guide.

Et toi, mon cher Louyot, qui, peu de tems après (*),

Signalas ta valeur par un brillant succès,

Reçois aussi, reçois un juste témoignage,

Toi dont la modestie égale le courage,

Que cent mousquets, lançant leurs feux à bout portant,

Ne purent en ta course arrêter un moment,

Qu'en ce pressant danger nul obstatîle n'étonne,

Qui défis et poussas jusques sous Tarragonne

Un escadron entier, dont les coursiers épars,

Chargés par tes dragons, fuirent de toutes parts.

C'est alors que Lacroix, bouillant d'impatience (-),

Dans les rangs espagnols, comme un lyon, s'élance,

Mais vingt hussards sur lui déjà précipités

Le frappent de cent coups à l'instant ripostés.

Accablé par le nombre, une blessure affreuse

Peut seule réprimer son ardeur belliqueuse.

C'est alors que Grosjean, intrépide soldat (*),

Avec distinction à ses côtés combat.

Muses, vous qui souvent, par un prestige aimable,

Prîtes soin d'embellir les héros de la fable,

Aujourd'hui, retracez, ranimant mon pinceau.

D'une action sublime un fidèle tableau.

Et prêtant à ma voix un charme favorable,

Consacrez, par mes vers, un récit véritable.

Nos valeureux dragons, vainqueurs des ennemis,

Vers le camp s'élançaient, en pelotons unis ;

Avec ordre Louyot conduit cette retraite,

Chemine lentement, de tems en tems s'arrête.

D'une pleine déroute encore épouvanté.

L'ennemi ne le suit qu'avec timidité.

Un soldat cependant hors de ses rangs s'avance.

Le visage rempli d'une noble assurance.

Ce guerrier de sa troupe est l'exemple et l'honneur,

Compte pour lui cent traits d'une rare valeur.

Et depuis trente hivers vieillissant sous les armes.

Cherchait tous les périls au milieu des allarmes.

Habile à manier son arme et son coursier.

Fier de se mesurer contre un preux chevalier,

Marchand voit V Espagnol accourir plein d'audace,

Pour le combattre il fait aussitôt volte-face

Et courant au devant de ce rival altier,

Fait briller à ses yeux son redoutable acier.

(i) Le capitaine de laS^ compagnie.

(2) Dragon de la j" compagnie mutilé dans cette action après avoir donné des preuves d'une grande intrépidité.

(3) Lieutenant de la <]* compagnie.

Chacun des combattans, qu'une môme ardeur presse,

Unit dans cette lutte et la force et l'adresse,

Pendant que les deux camps contemplent en repos

D'un combat singulier les deux nobles rivaux.

L'un sur l'autre à son tour chacun se précipite,

Menace son rival, le surprend ou l'évite,

Les fers étincelans, cent fois entrelacés.

Avec un art égal sont cent fois repoussés.

Mais vainqueur d'un combat marqué par tant de gloire.

Marchand ^MT V Espagnol remporte la victoire.

Avec honneur vaincu, son illustre rival

Dans son flanc déchiré reçoit le coup fatal.

Son sang rougit la terre, et sa main défaillante

Ne peut de son coursier vaincre l'ardeur bouillante.

Loin des siens, emporté par ce coursier sans frein.

Au milieu de nos rangs il tombe et meurt soudain (*).

Mais de votre campagne historien fidèle,

A de plus grands succès l'ordre des faits m'appelle,

Je dois fidèlement retracer à vos yeux

Les exploits éclatans de ce jour glorieux

Dont les siècles futurs garderont la mémoire,

Où votre fermeté décida la victoire (*).

Sous un chef qui s'ét^iit acquis un grand renom

Lorsqu'il fit dans Bajylen capituler Dupont^

Les insurgés, déjà montrant plus d'arrogance.

De nouveau se flattaient d'humilier la France,

Ce chef, l'un des moteurs de la rébellion.

(i) Les circonstances de ce combat singulier, dont presque toutes les troupes de la division Souham ont été témoins, sont exactement vraies. Le maréchal des logis Marchand qui, comme sous-ofïicier et placé en serre-flle, fermait la marche de son peloton dans la retraite, se retourna et courut au devant du hussard espagnol, dès qu'il s'aperçut qu'il s'avançait. Les deux champions se joignirent et se battirent longtems, en présence de leurs troupes respectives qui restèrent parfaitement immobiles. Les Espagnols regrettèrent vivement le sous-officier qui l'vit tué. C'était un vieux soldat d'une bravoure à toute épreuve.

(a) La bataille de Vais, dont il n'a presque pas été fait mention dans les bulletins officiels, est pourtant l'un des faits d'armes de la guerre d'Espagne les plus mémorables, et qui honorent le plus les troupes françaises et italiennes qui composent le 7» corps de cette armée. La division Souham, qui soutint, elle seule, depuis six heures du matin jusqu'à deux heures de l'après-midi, l'effort d'un ennemi qui, ayant deux régiments suisses en tête, se battait avec la plus grande intrépidité, dans une position très avantageuse et avec des forces presque triples, la division Souham s'est couverte de gloire dans cette journée, par une résistance opiniâtre qui a déjoué tous les projets des Espagnols et assuré le succès de cette bataille. Le a4« régiment de dragons s'est trouvé dans une position assez heureuse pour pouvoir se faire distinguer encore parmi les braves de cette division.

Chaque jour profitant de notre inaction (*),

Des vaincus par degré ranima le courage.

De Reuss ennn il crut s'assurer le passage,

Quand près de Vais il prit une position

Qui semblait s'opposer à toute agression.

Les Espagnols unis aux troupes helvétiques,

Vivement exaltés par des chefs fanatiques.

Montrèrent en ce jour leur antique valeur,

Leurs soldats enflammés d'une bouillante ardeur

Rappelèrent alors ces bandes renommées

Qui furent autrefois la terreur des armées,

Quand des plus grands héros égalant les exploits,

Condé, par tant d'eftbrts, les vainquit dans Rocroix,

Leur dessein se bornait d'abord à la défense.

Mais voyant que Souham seul était en présence,

Ils changèrent le plan qu'ils avaient arrêté

Et sur nous vinrent fondre avec célérité.

Nos troupes, des deux tiers en nombre inférieures,

Soutinrent le combat pendant plus de six heures,

Empêchant V Espagnol de gagner du terrein

Et le forçant toujours à rebrousser chemin.

Par son activité, par son intelligence,

Souham, sur tous les points, trompa son espérance,

Souham qu'on vit toujours unir avec éclat

Aux talents d'un bon chef l'ardeur d'un vrai soldat,

Qui, dans les champs du nord jadis couvert de gloire,

En nos premiers combats décidait la victoire.

Prudent, brave, zélé, qu'on trouve incessamment

Partout où le péril est le plus imminent.

C'est là que l'on vous vit affronter la tempête

De vingt bouches d'airain tonnant sur votre tête,

De l'ennemi braver les plus puissants efforts,

Défendre, encourager, soutenir tous les corps.

Et le front toujours calme au milieu de l'orage.

Partout aux assaillants disputer le passage.

Mais combien de guerriers, à la fleur de leurs ans.

Par le dieu des combats moissonnés dans nos rangs !

Ce souvenir cruel m'arrache encor des larmes.

Je vous ai vu périr, ô chers compagnons d'armes,

Kloster, Geoffroj% Kesler, Cordonnier et Mainguajy (*),

Soldats si courageux, et toi, mon cher Rosajy ('),

(i) La résistance inattendue de Saragosse, résistance hors de toute probabilité et qui ne pouvait être calculée, ayant empêché le 5' corps de nous joindre l'armée commandée par le g-énéral Saint-^yr fut obligée de s'arrêter, après avoir obtenu les plus brillants succès.

(a) Dragons et sous-officiers tués au commencement de l'action.

(3) n s'était enrôlé volontairement dans le a4« de dragons, sans avoir atteint l'âge de réquisition.

Né dans le même lieu qui m'a donné naissance,

Qui m'avais pour son chef choisi par confiance.

Ségut, Sevrin, Lamontre et cent autres dragons,

Dont je ne puis ici rappeler tous les noms,

Reçurent en ce jour, victimes malheureuses,

D'un noble dévouement les marques glorieuses.

Mais je dois te citer, toi, sage Valentin (*),

Que la foudre à nos yeux, a renversé soudain.

Mais ton âme aux périls longtemps accoutumée,

Par ce terrible coup ne fut point allarmée,

Tandis que Collinot^ non moins brave soldat.

Blessé grièvement, retournait au combat (*),

Et toi, si digne d'eux, mon jeune ami, mon frère.

Dont j'ai guidé l'enfance, à qui je sers de père,

Ton zèle a de mes soins confirmé tout l'espoir.

Je t'ai vu, remplissant un périlleux devoir.

De l'honneur aux dragons montrer partout la trace.

Fondre sur l'ennemi qui marchait plein d'audace,

Et d'un pressant danger délivrant nos guerriers.

Ramener devant nous les premiers prisonniers.

Avec mes sentimens accordant la justice,

J'ai donc pu réclamer le prix d'un tel service (*).

Mais quand vous combattiez avec un tel éclat.

Un coup de mousquet vint me mettre hors de combat ;

Je maudis mille fois l'injuste destinée

Qui me ravit l'honneur de finir la journée.

Mais tranquille du moins de savoir en partant.

Que j'ai pour successeur un chef intelligent.

Justement honoré de votre confiance

Et qui sait au courage allier la prudence (*).

Bessières, que l'on vit constamment parmi vous {*),

Avec habileté dirigeait tous vos coups,

Bessières qui sans art captivant la tendresse,

(i) Le lieutenant commandant la 5e compagnie qui fut blessé d'un coup de feu dans le ventre et presque en même temps renversé par un boulet qui brisa son casque sur sa tête. Ses blessures sont guéries.

(a) Le sous-lieutenant de la même compagnie blessé au même instant d'un coup de feu à la tête, qui fit panser sa blessure et reparut dans moins d'un quart d'heure à lu tète de son peloton.

(3) Voyez le précis des actions militaires du corps. Lettre [GJ. Le souslieutenant Delort, officier de la même compagnie.

[Le 3i juillet i8io, Lacépède, grand chancelier de la Légion d'honneur, envoyait à Delort les décorations de MM.lIoreau, chef d'escadron, Danzas et Louyot, capitaines, Grosjean, lieutenant^ Delort et CoUinot,^ souslieutenants, et Perseval, maréchal des logis au a4* régiment de dragons.]

(4) Le chef d'escadron Dejean qui fut immédiatement après moi blessé au bras droit, mais qui, heureusement, ne fut pas mis hors de combat, et qui conduisit le régiment avec distinction jusqu'à la Un de la journée.

(5) Le général commandant la brigade.

A la sévérité joint la délicatesse,

Qui fait briller, au sein de la corruption,

Les vertus de Bavard et Tàme de Caton.

Des antiques héros illustrant la patrie,

Ces soldats devenus Tespoir de V Italie,

Habilement conduits par un chef courageux (*)

Déjà compté parmi les chefs les plus fameux,

Ces soldats, nous portant un secours favorable,

A nos masses joignaient leur masse formidable,

Et déjà l'ennemi, de toutes parts pressé,

Fuyait à notre aspect, tout à coup dispersé.

Mais c'est vous dont Tardeur, complétant sa défaite,

En tous lieux à la fois lui coupait la retraite ;

Que à' Espagnole alors immolés sous vos coups

Ou captifs déposant les armes devant vous.

Vous trouvant, au combat, impétueux, terribles,

Mais, après la victoire, humains, doux et sensibles !

Quelle intrépidité ! que d'actions d'éclat

vous firent distinguer en ce fameux combat !

Haulier qu'emporte au loin son audace guerrière ('),

A trois hussards lui seul fait mordre la poussière,

Tandis que Rudigoz, son digne compagnon.

Sous un feu soutenu s'empare d'un canon.

Des ennemis défaits ardens à la poursuite,

La nuit obscure seule peut assurer leur fuite (').

Poursuivi par Bouzon, leur fameux chef Reding

De deux coups dans l'épaule en fuyant est atteint.

(I) La division italienne commandée par le général Pino. Le général ennemi avait, par des manœuvres longues et habiles, dérobé sa marche. 11 était venu occuper une position formidable et concentrée en avant de Vais, sur la rive droite de la Francoli, petite rivière bien encaissée, assez profonde, quoique guéable, et dont les bords sont très escarpés, surtout vers le point où Tennemi avait rangé son armée en bataille Lorsque la division Pino fut arrivée, à peu près vers les deux heures de l'après-midi, le général en chef fit former les colonnes d'attaque, et la position presque inexpugnable de l'ennemi fut rapidement emportée à la bayonnette, sous la mitraille et le feu de mousqueterie le plus vif et le plus soutenu que les troupes françaises aient peut-être jamais essuyé. Un bataillon du i»' régiment d'infanterie légère commandé par M. Bonvard, et soutenu par un escadron du a4« de dragons, tourna la gauche de Tennemi. par une manœuvre rapide et hardie qui l'effraya et décida sa retraite. Les soldats passèrent la Francoli, ayant de l'eau jusqu'à la ceinture. La Francoli coule à peu près dans la direction du nord au sud, et a son embouchure dans le golphe de Saint- Jordy près de Tarragone.

(a) Voyez le précis des actions militaires. Lettre [GJ.

(3) Il était nuit lorsque rarmée ennemie fut chassée de sa position, sans quoi elle était dans une telle déroute qu'elle eût été entièrement détruite, si elle avait pu être poursuivie. Un terrain extrêmement difficile pour la cavalerie favorisa aussi sa retraite.

Reding, du nom français adversaire implacable.

De ï Angleterre appui vénal et méprisaole,

Uinfâme créateur de cet ordre insensé.

Portant pour attribut un aigle renversé (*).

Mais ô douleur trop vive, ô mortelles allarmes !

Que ces brillants succès vont me couler de larmes,

O Bertinot si digne, hélas ! d'un meilleur sort (*),

Faut-il qu'un si beau jour soit marqué par ta mort!

Toi qui, si jeune encor, montras tant de courage

En qui l'expérience avait devancé Tàge,

Tu trouvas, précédant nos plus braves soldats,

Dans les rangs ennemis, un glorieux trépas,

A rinstant même, hélas, où ton cœur magnanime

T'inspirait le désir d'une action sublime.

D'un devoir difficile ô pénible rigueur,

Je serai condamné, pour surcroît de malheur,

D'annoncer ton trépas à ton malheureux père

Et de désespérer Ta mi franc et sincère

Qui par sa bienveillance et son zèle obligeant,

A. rendu tant de fois mon cœur reconnaissant.

O puissent tes exploits consacrés dans l'histoire

Consoler tes parens par l'éclat de ta gloire !

Puisse ton héroïsme adoucir leurs douleurs !

Ton souvenir sans cesse imprimé dans nos cœurs

Causera nos regrets, fera couler nos larmes,

O mon cher Bertinot, digne compagnon d'armes,

Nous pleurerons en toi le soldat courageux,

Le militaire instruit et l'ami vertueux.

D'un médecin parfait véritable modèle ('),

Joubert, ôtoLqui fis preuve d'un si grand zèle,

A côté d'un ami justement révéré.

Je veux que par mes vers ton nom soit consacré.

Toi qui de tous nos maux pour calmer la souffrance,

Unis à tes talens la douce bienveillance,

Et dont l'art bienfaisant et les soins empressés

Avec tant de succès soulageaient mes blessés,

Qui par tes qualités et ton humeur égale

Fixes en ta faveur l'estime générale

(i) Le général Redingy mort à Tarragone des suites de sa blessure, était grand maître de Tordre militaire créé en Espagne, après la capitulation du général Dupont, et dont le signe distinclif était un aigle renversé porté à la boutonnière. Reding avait éminemment contribué à la défaite du général Dupont. C était sinon un général d'un talent distingué, au moins un Iionime doué dHin grand caractère. 11 s'était fait surtout remarquer par sa haine contre les Français.

(a) Voyez le précis des actions militaires. [Lettre G]

(3) Chirurgien-major du corps remplissant alors les fonctions de chirurgien principal de Tarmée.

Et qui de tes vertus témoignage flatteur,

Par un choix mérité, reçus la croix d'honneur.

Tels furent vos exploits dans Faction brillante

Qui chez les insurgés répandit répouvante.

En d'autres lieux encor votre invincible ardeur

Au milieu d'eux porta le trouble et la terreur.

Ainsi, sous Redona, quand notre infanterie

Leur cédait le terrain, vivement poursuivie.

Dans ce pressant danger, on vit un peloton (*)

Contenir, arrêter, lui seul, un escadron

Et porter à propos un secours efficace

Aux guerriers imprudents qu'emporta trop d'audace.

C'est vous, qui précédant les plus fiers grenadiers (*),

Avez dans Torello pénétré les premiers ;

Des miquelets nomoreux animés par la rage

En vain obstinément soutinrent ce village.

Il fut pris et jonché de m©rts et de blessés.

Dans Manlleu, dans Olot, par vous seuls terrassés (*),

Les Espagnols , malgré des lieux impraticables.

Sentirent la vigueur de vos bras redoutables.

Sans l'avoir obtenu, vous avez mérité (*)

(I) lin peloton à cheval de la 5» compagnie dégagea les tirailleurs du 42* régiment de ligne qui s'étaient imprudemment engagés et compromis par un excès de zèle et de bravoure, et repoussa un escadron de lanciers qui menaçait de les charger.

(a) Trente dragons à pied pénétrèrent dans le village de Torello situé à quelques milles de Vick, dans la direction du nord et près des montagnes, à la tête des carabiniers du 4" bataillon du 3' régiment d'infanterie légère. Ce village était défendu par une foule de paysans et de miquelets qui faisaient un feu aussi vif que soutenu. Le village fut emporté par un trait de courage aussi heureux que hardi. Aucun dragon ne fut blessé et les miquelets laissèrent plus de trente morts sur la place et emportèrent un grand nombre de blessés. Les dragons étaient alors commandés par le lieutenant Laburthe, qui était lui-même pour celte expédition sous les ordres du capitaine Lebrun du 3» régiment d'infanterie légère, officier d'une bravoure et d'une intelligence reconnues. Il s'est plu lui-même à donner des éloges à l'intrépidité des dragons.

(3) Dans Manllea et dans Olot, villages à quelque distance de Vich, les dragons ont tué à l'ennemi beaucoup de miquelets et de paysans armés, en les chargeant dans des terrains extrêmement difficiles et souvent même en avant des voltigeurs d'infanterie.

(4) Le a4' régiment de dragons a rendu des services assez importants dans cette campagne pour obtenir, au moins une fois, l'honneur d'une mention honorable. Cet oubli, qui autrement serait injuste, ne vient sans doute que de ce que nos communications avec la France ont presque toujours été interceptées. La même excuse a sans doute empêché qu'il n'obtienne les récompenses auxquelles son dévouement, sa conduite et son zèle lui donnent des droits incontestables. Tous les corps faisant partie de la division Souham, qui a coopéré d'une manière si utile et si

Qu avec honneur souvent votre nom soit cité.

Aujourd'hui répondant à votre renommée,

Sans cesse méritez Testime de Tarmée

Et de la discipline en tout suivez les lois,

Egalez, surpassez vos précédents exploits,

Que l'ennemi d'elFroi frémisse à votre approche,

Et soyez constamment sans peur et sans reproche (*).

Episode de la guerre de Catalogne de 1808 à i8i3 (*).

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