‹ Le lieutenant général Delort, d'après ses archives et les archives duChapitre 30 sur 45 · FLORENCIO ET LE 24*^ REGIMENT DE DRAGONS · texte numérisé non relu

FLORENCIO ET LE 24*^ REGIMENT DE DRAGONS

Nos étendards flottaient aux murs de Barcelonne , Mais l'Espagnol encor nous bravait dans Géronne, Qui, du haut de ses tours aux créneaux orgueilleux.

honorable aux mémorables succès du 7« corps de l'armée d'^Espagne, se trouvent absolument dans le même cas que le a4« régiment de dragons.

(I) La Catalogne, hérissée de places fortes régulièrement fortiliées, ayant une population de près de dix-huit cent mille habitans, semée de montagnes escarpées, où les passages sont extrêmement difticiles, couverte en plusieurs endroits de forêts épaisses, et coupée dans ses plaines de ravins profonds et fréquens, cette province est sans contredit de toutes les provinces de VEspagnela. plus diflicile à soumettre. Ce fut celle qui opposa le plus de résistance aux armes de Louis quatorze dans la guerre de la succession. Elle est d'une étendue immense et même hors de proportion avec sa population qui est considérable. Mais il faut observer que, dans plusieurs points, la Catalogne est aride et inhabitable. Sa partie la plus riche et la plus fertile est celle qui avoisine la Méditerranée. Si l'on fait attention aux localités et à l'extrême difficulté des communications, au caractère de Thabitant, actif, adroit, industrieux, infatigable, naturellement guerrier, partout armé, ennemi né des Français et exalté contre lui en ce moment par toutes les passions mises en jeu par le fanatisme et la rébellion, si l'on considère que cette province est environnée par la mer depuis le nord-est jusqu'au sud-ouest, ce qui donne aux Anglais la faculté de jeter à volonté des troupes, des armes et des munitions, si l'on pèse toutes ces considérations, on aura une idée des diflicultés que présente la conquête de ce pays, et l'on appréciera mieux alors les marches et les opérations militaires du ^c corps de l'armée d'Espagne.

(a) Copie de l'époque.

De notre aigle arrêtait l'essor victorieux.

Le Catalan bientôt a redoublé d'audace,

Autour de Barcelonne a rugi la menace

Et dans la citadelle, aux angoisses livré,

Duhesme pousse un cri dont l'air est déchiré.

St Cyr l'entend, St Cj^r vole à sa délivrance,

Et déjà l'un des preux dont s'honore la France,

Delort mène au combat ses dragons valeureux,

Et les fiers Catalans pâlissent devant eux

C'en est fait ; le Cantabre ou meurt ou se retire,

Duhesme délivré se ranime et respire,

Et nos guerriers, toujours avides de combats,

Vers Géronne étonnée ont dirigé leurs pas.

La superbe, aux abois, sous le feu des batailles,

Bientôt eût vu tomber l'orgueil de ses murailles ;

Mais hélas ! de St Cjyr justement redouté.

Dans les mains d'un soldat (*) passa l'autorité.

Qu'en est-il advenu ? Par ses forts protégée,

Géronne sans eflroi se voyait assiégée.

Au milieu des périls, le Catalan pieux

Retrouvait son courage en regardant les cieux.

Dans les cieux est un saint que Géronne révère.

Un saint, de la cité le patron tutélaire.

Saint Narcisse, En renom jamais il n'eut d'égal.

Ce grand saint de Géronne est nommé général (*),

Le zèle à la frayeur ne laisse plus de place.

La Catalane aussi fait briller son audace ;

Elle saisit le glaive, et méprisant la mort,

Brûle de s'égaler au sexe le plus fort.

Une femme, Isabelle est le nom qu'on lui donne,

Noblement se dévoue au salut de Géronne,

« Catalanes, dit-elle, accourez à ma voix,

» Défendons nos foyers, nos autels et nos lois.

)) Un tyratïj, par la ruse, a détrôné nos princes ;

» Ses soldats, en torrens, inondent nos provinces ;

» Le sang cantabre coule à longs flots répandu ;

» Sur nos fronts consternés le glaive est suspendu ;

» Plusieurs de nos époux, retenus dans Figuières,

» Laissent leurs guérillas sans chefs et sans bannières :

» Le mien, dont les Finançais redoutent la valevir,

» Coule, en leurs fers, des jours de honte et de douleur,

» Qu'une trop juste haine aujourd'hui nous anime !

» Mettons une barrière à l'audace du crime !

» Faudra-t-il que bientôt les Français triomphants

» Viennent jusqu'à nos yeux égorger nos enfants?

(I) Le général Augereau.

(a) [Gouvion Sainl-Gyr, p. 35i].

» Femmes, attendons-nous, en victimes tremblantes,

» Que sur nous le vainqueur porte ses mains sanglantes,

» Qu'il jette Finfamie au sein de nos foyers,

» Et trempe dans nos pleurs ses odieux lauriers ?

» Non ! non ! que la lumière à nos yeux soit ravie

» Avant rhonneur ; l'honneur est plus cher que la vie.

» Aux armes ! notre saint (*) aura les yeux sur nous.

» Son bras, du haut des deux, dirigera nos coups. »

Par ce discours hardi les femmes ranimées

Respirent les combats, de colère enflammées.

Isabelle avec joie a vu sa jeune sœur

Montrer au premier rang son héroïque ardeur.

« Laura, le même sort pour jamais nous assemble, »

Dit elle, « nous allons vaincre ou mourir ensemble. »

Tout s'agite, et Ton voit des bataillons nouveaux

Partager des soldats les périlleux travaux

Géronne brave tout; contre sa résistance.

Six mois, a des Français échoué la vaillance ;

Des deux côtés on donne, on reçoit le trépas ;

Géronne est foudroyée ; elle ne se rend pas.

Isabelle, au péril s'élançant la première,

Des femmes commandait la phalange guerrière,

Et le sanç ennemi, répandu par leurs mains,

De leur cité cent fois a rougi les chemins.

Cependant la famine et son pâle cortège

Viennent mettre le comble aux horreurs d'un long siège ;

Catalans généreux, il vous reste à mourir....

Dans votre désespoir qui peut vous secourir ?

O^Donnel. Il échappe à notre vigilance,

Sur les rives du TVr, qu'il descend en silence.

Il arrive, tout change à son aspect soudain :

Il apporte du plomb, des boulets et du pain ;

D'une nouvelle ardeur votre front se colore.

Mais quel nouveau malheur sur vous vient fondre encore ?

Dans les murs de Géronne O Donnel enîevuié ,

Aggrave les besoins de V Ibère affamé.

Désormais plus d'espoir... Que dis-je? le courage

Au travers de nos rangs veut se faire un passage.

D'un long crêpe la nuit voilait le front du ciel ;

« Partons et taisons-nous !... » dit tout bas O'Donnelj

« Silence !...» Tout se taît. Hors des murs de Géronne,

De trois mille des siens conduisant la colonne,

(i) C'était non point Saint Narcisse qu'invoquaient les femmes de GironCy mais Sainte Barbe sous la protection de laquelle s'étaient mises ces courageuses Catalanes. [Décret sur la formation d'une compagnie de femmes de Gironc sous le nom de Sainte-Barbe, Gouvion Sainl-Cyr, p. 344J.

L'attentif ODonnel^ calme comme la nuit,

Jusqu'à notre avant-garde a pénétré sans bruit,

Souple et muet reptile, il se glisse, il se traîne

Vers les monts escarpés qui couronnent la plaine,

Mais tout prêt, s'il surgit quelque péril soudain,

A saisir les Français dans ses replis d'airain.

Sous sa tente Souham dormait sans défiance ;

En sursaut il s'éveille et s'enfuit... la vaillance.

Dans cette nuit profonde est d'un faible secours.

Le prudent ODonnel marche et se taît toujours.

La nuit double l'horreur de ses voiles funèbres.

Le glaive en main, Delort écoute les ténèbres....

Son oreille distingue à peine un son léger.

Pareil au bruit lointain d'un ruisseau bocager.

Ou bien d'une forêt que, dans un soir d'automne.

Agite mollement la brise monotone.

Enfant mystérieux de l'arrière-saison.

Souffle à peine entendu des échos du vallon.

« Ji nos coups V Espagnol veut échapper sans doute, »

A dit le colonel. « t)es moiits il prend la route,

» Il fuit... Dragons, il faut s'attacher à ses pas,

» La ruse de nos mains ne le sauvera pas,

» Marchons ! . . . » De ses dragons la valeur le seconde ;

Et bientôt en succès sa poursuite est féconde.

Des fugitifs perdus dans ces âpres chemins,

Sans espoir de secours, tombent entre ses mains,

L'un se jette à genoux, la prière à la bouche;

L'autre sur les Français tourne un regard farouche ;

D'autres enfin qu'égare un funeste transport,

De leurs glaives sont prêts à se donner la mort.

Le vainqueur les arrache à leur propre furie.

« Arrêtez Catalans ! votre belle patrie, »

A-t-il dit, « perd en vous de vaillans défenseurs ;

» Mais vivez, et calmez l'excès de vos douleurs.

» Tout en vous combattant, la France vous honore ;

» Oui ! des héros vaincus sont des héros encore.

» Fiers Catalans^ vivez ! espérez ! les Français

)) Bientôt d'un doux accord scelleront leurs succès. »

Sur la foi d'O'Donnel, qui gagnait les montagnes,

Isabelle fuyait avec plusieurs compagnes.

« Ah ! » dit-elle, « sauvons, sauvons mon pauvre enfant!

» Il ne peut plus marcher. Grand Dieu! mon cœur se fend;

» Malgré moi je fléchis sous son poids qui m'accable ;

» A sa mère prêtez votre main secourable.

)) Le vent des nuits le glace, et je succombe aussi ;

» Faudra- t-il que tous deux nous expirions ici ? »

A ces mots, dans leurs bras, ses compagnes en larmes

Transportent tour à tour l'objet de ses alarmes.

Des ronces, d'Isabelle arrêtant tous les pas,

Font ruisseler le sang de ses pieds délicats ; Des pleurs les plus amers sa joue est arrosée ; Elle tombe à la fin de fatigue épuisée.

On s*empresse autour d'elle, inquiet sur ses jours, On l'emporte, et son fils est laissé sans secours. Ce malheureux enfant !... sur la route on Toublie.. On se hâte, on espère, on craint tout à la fois. Du Français qui s'approche on distingue la voix ; Mais le gros des fuyards vers le» monts se retire. Un brigadier entend un cri qui le déchire; C'est celui d'un enfant sur la terre étendu.

Le dragon de cheval est bientôt descendu.

Il ramasse l'enfant, dans ses bras il le presse. Lui donne tous les noms, le baise, le caresse, De son mieux le réchaufi'e et veut le consoler. Et sent sur sa moustache une larme couler.

Pauvre enfant » disait-il, « je te plains... et ta mère !

Ta mère !... sa douleur doit être bien amère ;

Comme elle doit pleurer ! ah ! que n'est-elle ici !

Quand j'ai quitté la mienne, elle pleurait aussi...» A ces mots le dragon renfonce quelques larmes.

Laissons cela » dit-il, « et préparons nos armes.

Calme-toi, mon petit, tiens-toi bien contre moi.

Les plis de mon manteau sont un abri pour toi.

Tâche de t' endormir, que rien ne te réveille.

Si quelque balle vient siffler à ton oreille,

Ne crains rien, je suis là.... J'entends mon colonel.

C'est lui-même, approchons ! il a bon naturel,

Il sera, j'en suis sûr, content de ma trouvaille. » Desmars a bien jugé de son chef de bataille.

Le colonel s'émeut... son tendre empressement Est partagé bientôt par tout le régiment.

Le jour a reparu, Florencio sommeille ; On admire à l'envi sa figure vermeille, Ses cheveux tout bouclés, sa joue humide encor Et ses riches habits tissus de soie et d'or.

Les fuyards, gravissant une cime escarpée, Sont trop loin... De l'enfant la troupe est occupée, J'aime à voir ces dragons groupés autour de lui. Chefs et soldats, chacun veut être son appui. « Ah ! dit le colonel, qu'il vive et qu'il prospère ! » Pauvre orphelin ! Je veux lui tenir lieu de père. » A cet enfant, seul fruit du plus fidèle amour. Dans Géronne, Isabelle avait donné le jour.

Quatre ou cinq ans au plus semblent marquer son âge. Par les Français son père est gardé comme otage ; Des chefs de guérillas jugé le plus puissant. Pouvait-il à leurs yeux être encore innocent? A son réveil, l'enfant aux larmes s'abandonne,

Et sa petite main semble indiquer Géronne.

« A casa ! » disait-il, « a casa! ». De ses cris,

De ses pleurs les dragons étaient tout attendris.

Le brigadier longtems le regarde et soupire.

11 plaint au fond du cœur cet enfant ciu*il admire ;

Dans un secret effroi sa pitié se complaît.

«Qu'il est beau! » disait-il... «quel malheur qu'un boulet...»

Une larme, à ce mot, roulait sous sa paupière.

« Moi-même, un coup soudain peut finir ma carrière...

» Oh! sans doute la mort ne m'épouvante pas;

» Mais, quand ma vieille mère apprendrait mon trépas,

» Elle mourrait aussi... Cette affreuse pensée

» Accable de son poids ma poitrine oppressée ;

» Bannissons-la ! Gardons plutôt le doux espoir,

» O ma mère, qu'un jour nous pourrons nous revoir! »

Près du charmant captif le colonel s'avance.

Aussitôt dans ses bras Florencio s'élance.

Puis le prend par la main, et, devant lui marchant.

Lui répète « A casa ! » du ton le plus touchant.

Du colonel ému jusques au fond de l'âme,

11 ne peut obtenir ce retour qu'il réclame ;

Mais, sur son jeune front, dans son chagrin cruel.

Il croit avoir senti le baiser paternel.

Il s'apaise, en ses traits enfin le calme brille.

Le régiment! voilà maintenant sa famille.

Il aime ces soldats, au front toujours content,

Surtout ce chef si bon, qui le caresse tant.

A lui Florencio de plus en plus s'attache,

Et l'enfant rassuré joue avec sa moustache.

Que devient Isabelle? En proie à sa douleur,

Son cœur de mère sent l'excès de son malheur.

Elle pleure son fils au lever de l'aurore ;

A la nuit ses sanglots le demandent encore.

Rien ne peut adoucir son cruel désespoir,

Et sa raison sur elle a perdu tout pouvoir.

« Mon enfant! mon enfant! » criait-elle sans cesse.

« Loin de sa mère, hélas! faut-il qu'on le délaisse?

» Rendez le moi ! Pourquoi l'avoir abandonné?

)) A mourir sans secours était-il condamné?

)) Quoi! seul, sur les chemins, au milieu des ténèbres,

» Glacé de froid... Grand Dieu! que d'images funèbres!

» J'en frissonne... Et ma sœur? l'ai-je perdue aussi?

» Mon regard douloureux en vain la cherche ici.

x> Par la mite au malheur s'est-elle dérobée?

» Au pouvoir des Français serait-elle tombée?

» O ma chère Laura, quel péril est le tien,

» Au milieu de soldats qui ne respectent rien !

» Ciel, épargne à ma sœur leur souffle sacrilège!

» Elle est si jeune encor ! que ton bras la protège !

» Si mon fils est près d'elle, il est moins malheureux.

» Partons ! partons ! il faut les retrouver tous deux.

» O mon fils ! il n'est rien que pour toi je ne tente.

» Dans le camp des Français j irai sans épouvante ;

» Gourons ! si dans leurs fers Je tombe près de toi,

» J'aurai revu mon fils, mon fils est tout pour moi... »

Elle dit. De ses sens le désordre s'empare ;

Mais Tamitié s'oppose au transport qui l'égaré ;

Faible et mourante, hélas! pourrait-elle franchir

Ces rochers escarpés qu'il a fallu gravir?

Un cœur tendre ose tout. Isabelle éperdue

S'échappe... à son époux elle est enfin rendue.

Les tourmens de l'absence aggravaient leurs malheurs.

Réunis ils pourront du moins mêler leurs pleurs.

« Sort fatal! disait-elle, ô mère infortunée!

» Je ne puis de mon fils savoir la destinée !

» Depuis deux mois j'implore et n'ai rien obtenu.

» Florencio, mon fils, qu'es-tu donc devenu?

» J'en mourrai, sous mes maux je sens que je succombe.

» Florencio, je veux te suivre dans la tombe,

» Toi seul peux essuyer les larmes de mes yeux.

» Ange, ta douce voix m'appelle dans les cîeux.., »

— « Apaise tes sanglots, ô ma chère Isabelle »,

Disait jPuch, « je comprends ta douleur maternelle,

» Sur la perte d'un fils je gémis comme toi ;

)) Mais un rayon d'espoir luit encore pour moi.

» Black commande l'armée, il nous plaint, il nous aime,

» Il en donne la preuve en réclamant lui-même

» Le jeune infortuné que tous deux nous pleurons.

» Dieu n'est pas inflexible, Isabelle^ espérons !

» Loin de toi je mourais prisonnier dans Figuière,

« Sa bonté t'a déjà rendue à ma prière ;

)) De mon sort je puis mieux supporter la rigueur,

» En voyant près de moi l'idole de mon cœur.

» Mon Isabelle, ayons patience et courage !

» Espagnols, nous devons faire tête à l'orage.

» S'il faut tout perdre, un jour notre deuil cessera;

» Il est au ciel un Dieu qui nous consolera... »

Mais de Florencio la retraite est connue.

Du quartier général une lettre est venue,

Demande cet enfant, qui doit être remis

Au père désolé qui réclame son fils.

Le chef des Catalans, d'une voix animée,

Invoqua la pitié du chef de notre armée.

Pour réponse, Augereau soudain charge un hussard

D'aller chercher l'enfant, dont presse le départ.

Delort, les yeux fixés sur la lettre cruelle,

S'observe... et, malgré lui, son trouble se décèle.

A la hâte accourus, les dragons étonnés

Attachent sur son front leurs regards consternés.

« Est-il vrai, colonel », demande avec tristesse

Le brigadier Desmars, que la douleur oppresse,

« Est-U vrai que Ton veut nous voler notre enfant?

» Nous, souffrir ce larcin! L'honneur nous le défend,

» Nos cœurs surtout. C'est moi qui lui sauvai la vie;

» Il est à nous, ce bien, pourquoi nous l'enlever?

» Colonel, c'est à vous. à nous le conserver;

» A tout le régiment il devient nécessaire.

» C'est aussi votre enfant, vous l'aimez comme un père.

» Nous sommes tous heureux, lorsque, d'un air si doux,

» Il vous sourit et vient s'asseoir sur vos genoux.

» Notre Florencio fait toute notre joie.

» Que le hussard au camp retourne sans sa proie ;

» Peignez au général notre profond chagrin.

» Colonel, vos dragons vous béniront sans fin. »

— « Oui ! vous nous soutiendrez, cet espoir nous anime,» Crièrent les soldats, d'une voix unanime,

« Gardons Florencio! » — « Nous le chérissons tous,

(( Soldats, et son départ m'afflige autant que vous ;

» Mais ici nous devons fléchir, à l'instant même,

» Devant la volonté de notre chef suprême ;

» Obéissance! l'ordre est pressant, absolu.

» Pach re verra son fils, c'est un point résolu.

» De chagrin consumée une mère le pleure,

» Une mère !... Dragons, voulez- vous qu'elle meure? »

— « Non », réplique Desmars, « Non! loin de l'accabler, « Colonel, à tout prix il faut la consoler.

» Nos- mères, loin de nous, pleurent comme la sienne;

» Oh! combien mon retour réjouirait la mienne !

» Nous saurons compatir au chagrin maternel,

» Camarades, laissons agir le colonel. »

Tous se taisent, Desmars pâlit et se résigne.

Il faut partir. L'enfant frémit, pleure, trépigne.

Se cramponne à l'habit de son cher protecteur,

Dont ses cris déchirans semblent percer le cœur.

Quitter, après deux mois, sa famille nouvelle

Pénétrait cet enfant d'une douleur mortelle.

Chéri, choyé, gâté, peut- il souhaiter rien

Que de rester chez ceux qui le traitent si bien?

Le hussard lui fait peur; contre la violence

Longtems il se débat, mais, vaine résistance!

Malgré ses cris, ses pleurs, son effroi sans égal,

Voilà Florencio placé sur le cheval.

On l'emporte... une attaque eût causé moins d'alarmes.

Le colonel tâchait de retenir ses larmes.

Le sensible Desmars pleurait amèrement.

Un deuil profond régnait dans tout le régiment...

Puch est puissant, on veut que son courroux s'apaise;

Mais comment le gagner k la cause française ?

Le colonel parla, son vœu fut écouté,

Et Puch, avec son fils, reçut sa liberté.

Isabelle a revu l'objet de ses alarmes ;

Que de baisers, de pleurs, de transports pleins de char-

Puis-je peindre ce jour et si pur et si beau? [mes !

O mères! je vous laisse achever ce tableau.

Paillet.

Campagnes des années 1808 et i8og (*).

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