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ACTIONS PARTICULIÈRES AU 24*^ RÉGIMENT I>E DRAGONS

ARMÉE d'ESPAGNE

7« Corps

Division Souhàm

Brigade

aux ordres du

Général Bessières

Campagne de 1808 Siège de Roses .

[A] Par Tordre de S.E.le général en chef, un détachement du corps, composé de 225 hommes, a été employé au siège de Roses. Ce détachement, auquel les officiers d'artillerie ont donné des éloges pour sa bravoure, son zèle et son activité, a travaillé à la batterie de brèche. Trois dragons ont été tués dans cette batterie et plusieurs autres blessés à coups de bayonnette.

Combat devant

Hostalrich

14 décembre 1808.

[B] Les grenadiers du 24* de dragons ayant mis pied à terre, et placés à la tête de deux compagnies d'infanterie, ont débusqué l'ennemi qui inquiétait vivement les convois au moment de leur passage sous le fort à! Hostalrich. Le dragon Liotard a été grièvement blessé dans cette action.

Bataille

du 16 mêma mois

sous Cardadeu^

[CJ Le capitaine ^/fam a fait, dans cette journée, à la tête de son escadron , concurremment avec deux escadrons des

I) Original.

dragons Napoléon et des chasseurs royaux italiens^ une charge brillante, qui a achevé de mettre T ennemi dans une pleine déroute. Le sous-lieutenant Grégoire a été grièvement blessé dans cette action. Il est estropié. Plusieurs chevaux ont été tués sous les dragons, plusieurs dragons blessés.

Bataille du 21 même mois.

[D] Dans cette bataille le régiment a contribué par une charge à l'entière déroute de Tennenii. Le soir de cette journée, le colonel s'est porté, avec la compagnie d'élite, sur Villafranca^ où il est arrivé, par une course rapide, avant la nuit, enlevant à l'ennemi plusieurs pièces d'artillerie, beaucoup d'armes, de bagages et de munitions et lui faisant plusieurs prisonniers, au nombre desquels était le colonel commandant l'artillerie de l'armée ennemie et plusieurs officiers supérieurs.

Combat sous

Vendrell,

32 du même mois.

[E] Dans cette action la compagnie commandée par le capitaine Damas a tué soixante brigands et fait quatrevingt cinq prisonniers de troupe de ligne.

Combat sous

Tarragonne^

l6jaDvier 1809.

[F] Dans ce combat le capitaine Lou^ot^ à la tête de sa compagnie, a chassé un escadron ennemi jusques sous les remparts de Tarragonne, après avoir passé avec intrépidité sous un poste de cinquante fantassins, qui faisaient feu sur lui à bout portant, et qui tous ont été faits prisonniers.

Bataille du 2') février 1809.

[G] A la bataille du 25 février le régiment a beaucoup souffert et a contenu efficacement l'ennemi sur le point où il se trouvait. Dans le moment le plus critique et où l'ennemi montrait des forces bien supérieures, le souslieutenant Delort, en faisant une charge vigoureuse, a dégagé les tirailleurs du i«^ régiment et a fait sur les Espagnols les premiers prisonniers. Le régiment, après l'attaque, a contribué à compléter la déroute de l'ennemi. Il lui a fait un grand nombre de prisonniers. Le brigadier Radigoz a enlevé une pièce de canon et son caisson attelés, après avoir tué ou mis en fuite les canonniers qui servaient la pièce. Le sous-lieutenant Bertinot a été tué au milieu de l'escorte du général en chef Reding, au moment où il allait faire prisonnier ce général ennemi. Cet officier a eu deux chevaux tués sous lui. Le dragon Bouzon, maréchal-ferrant de la 6* compagnie, a poursuivi

vivement ce général et Ta blessé de deux coups de sabre. Plusieurs de ses aides de camp ont été pris par des dragons du corps et sabrés. Le colonel et le i^*" chef d'escadron ont été blessés.

Combat sous Villa-Rodonia.

Combats

et reconnaissances

près Vich.

Le régiment s'est bien montré au combat sous Villa- Rodonia (i5 féwier 1809), 011 il a protégé la retraite des voltigeurs du 42' régiment d'infanterie, fortement compromis, et depuis, dans les reconnaissances faites à St'Vincent de Torello (28 avril 1809), Manlleu, St-Hippolyte.Ollot. Dans toutes ces actions il a tué beaucoup de miquelets et de paysans armés.

Je certifie qu'à la bataille du 29 février, près Vais, la fermeté de ce régiment a beaucoup contribué au succès de cette journée et il est difficile de voir un régiment de cavalerie mieux se conduire.

Le général de brigade, Bessières.

Le général de division Souham, en attestant les actions relatées en dessus, déclare qu'il n'a eu qu'à se louer de la discipline, de la bravoure et des services signalés du 24* régiment de dragon s, qui, pendant ces deux campagnes, a toujours été employé sous ses ordres. Au quartier général de Sta-Coloma, le i®' juillet 1800. — Souham.

Le général commandant en chef atteste la vérité des faits énoncés ci dessus et désire vivement que le 24' régiment obtienne les récompenses honorables qu'il a si bien méritées. — Comte Gouvion St-Gyr.

Rapport du général de division Soaham à S. E. Monseigneur le maréchal d"" Empire Augereau^ duc de Castiglione.

Oloty le I*' janvier 1810 (^).

Monseigneur,

J'ai à rendre compte à Votre Excellence du résultat de l'expédition dont elle a bien voulu me charger. Gette

(I) Minute.

expédition , qui a pleinement réussi, contribuera beaucoup à 1 entière soumission de la Catalogne,

Depuis longtems les bandes de miquelets soumatens, commandées par Claros et Ropira, répandaient la terreur dans le pays, menaçaient, attaquaient et détruisaient les convois destinés au siège de Giro.nne, Ssouvent elles surprenaient les hommes qui voyageaient isolément sur la grande route de Gironne à Perpignan et les égorgeaient avec des circonstances atroces, dignes de la fureur de ces cannibales, fiopira, brigand couvert de tous les crimes et aussi lâche quil est cruel, Rovira surtout se signalait par sa férocité.

Après la prise de Gironne, Votre Excellence voulut mettre un terme à des excès et à des horreurs plus funestes encore aux habitans du pays qu'aux Français Elle me donna l'ordre de poursuivre ces deux chefs d'insurgés jusques dans leurs derniers retranchements. Les troupes quils commandaient, ramas impur de contrebandiers, de déserteurs et d'hommes sans aveu, pouvaient s'élever à huit mille hommes. Quelques assassinats jusques là exercés presque toujours impunément, les avaient rendus audacieux et ils se croyaient nors de toute atteinte dans les montagnes difficiles et escarpées qui leur servaient de retraite, mais nul obstacle n'a pu les mettre à l'abri de nos poursuites ni les soustraire à un juste châtiment.

Le 20 décembre, j'ai réuni ma division et je suis venu des environs de Gironne.en remontant la F/iiPia, prendre position à Besalu.

J'avais organisé ma division ainsi qu'il suit :

L'avant-garde, composée du 4® bataillon du 3® régiment d'infanterie légère, d une compagnie de^voltigeurs du 42* de ligne et de trois compagnies du 24* de dragons, était commandée par le colonel Delort.

La première brigade, aux ordres du général Augereau, était formée du V régiment d'infanterie légère, du j« de ligne et d'une compagnie du 24* de dragons.

Le commandement de la seconde brigade, composée du 42* et du 93*= régiments de ligne et d'une compagnie du 24® de dragons, avait été donné à l'adjudant commandant Deçeaux.

En arrivant à Besalu, j'ai rencontré quelques centaines de micquelets qui ont été dispersés ; ils ont essuyé une perte assez considérable en tués et blessés. Les paysans pris les armes à la main ont subi la peine capitale.

Le lendemain 21, je suis venu m'établir à Crespia, un peu en arrière de Besalu, pour soutenir la division Verdier, qui attaquait de front les insurgés dans la direction de Figuères, avec le plus grand succès. Je me portai avec

trois bataillons sur Naçaia et ^/erfo, pour leur couper leur retraite. Ce mouvement acheva de mettre le désordre parmi eux, ils furent ohli[;és de se retirer par des chemins impraticables, pour venir se placer entre Olot et BesaluAXs occupèrent Casielfullit et c est dans cette position inexpugnable que Claros avait rallié sa troupe.

Je me décidai alors à tourner ce poste formidable et retranché. Le 24» j^ ^s une marche rétrograde jusqu'à Banioles^ pour reprendre ensuite le chemin qui va de ce lieu à Olot.

Des micquelets soutenus par des détachements du 4* régiment suisse espagnol tentèrent de défendre les défilés étroits et difficiles qui se trouvent entre Saint- Michel et Saint-Paul. On pouvait évaluer leur force au moins à trois bataillons, et quoiqu'ils fissent, à demi-portée, un feu très vif et très soutenu,Tavant-garde les débusqua successivement de trois pontons, au pas de charge et en courant. Ces attaques ont été faites avec beaucoup d'audace et de vigueur et n'ont pas rallenti un instant la marche de la division. Il était presque nuit lorsqu'elle arriva devant Olot^ ville peuplée, très industrieuse et remplie de fabriques. Je restai le 24 en position devant cette ville, moins parce qu'elle était occupée par un régiment suisse et des micquelets, que pour ne pas l'exposer à des dégâts que l'obscurité eût favorisés et qu'il eût été impossible de réprimer.

Seulement l'avant-garde reçut l'ordre de s'approcher de la ville le plus près possible. En efl'et elle poussa ses postes jusqu'aux premières maisons, ce qui causa à l'ennemi des méprises qui lui ont été fatales ; un grand nombre de micquelets, qui tombaient dans nos postes, trompés par leur extrême rapprochement de la ville, ont été massacrés en voulant faire résistance. Nous avons fait plus de deux cents prisonniers du 4* régiment suisse, tué et blessé beaucoup de soldats de ce même régiment, dont les débris se sont sauvés pendant la nuit vers Vick. Le lieutenant Daçous, qui était de grande garde avec vingt-cinq dragons, s'est apperçu de leur mouvement rétrograde, il les a surpris et chargés dans la ville même ; vingt hommes sont restés sur le champ de bataille et vingt autres, parmi lesquels six cavaliers et deux officiers, ont été pris.

Le 25, j'ai séjourné à Olot et j'ai fait reconnaître les routes de Campredon et de RipolL

Le 27, je suis parti pour Campredon. La division, après avoir franchi des montagnes extrêmement longues et difficiles, a bivouaqué à Saint-Paul, à l'embranchement des routes qui conduisent à Campredon et à RipolL

Le 28, je suis arrivé à Campredon, d'où le fameux Roifira venait de s'échapper, toutefois après avoir assuré les

habitans du pays que les Français n oseraient jamais le suivre ni Tatlaquer dans les montagnes qu'il avait choisi pour sa retraite et en se vantant audacieusement de ses concussions, de ses brigandages et de ses assassinats.

Après l'avoir longtemps poursuivi, je suis venu occuper à Saint-Paul le bivouac où je m'étais établi les jours précédens. Toutes les autorités, tout le clergé et tous les habitans de Campredon, petite ville qui confine le territoire français, sont venus, au devant de ma division, pour oflrir leur acte de soumission; ils se plaignaient hautement d'être en proie aux fureurs du parti révolutionnaire et témoignaient tous un vif désir de voir enfin l'ordre succéder à l'aflreuse et épouvantiible anarchie qui désole ces contrées.

Le 3o, je me suis dirigé sur Ripoll, ville célèbre par son abbaye et ses manufactures d'armes. Tous les habitans des lieux de passage, et notamment ceux de la jolie petite ville de Saint-Jean-des-Abesses , m'ont remis, par écrit, des actes de soumission et de fidélité conçus dans les termes les moins équivoques et les plus expressifs.

ClaroSy dont la bande se trouvait réduite à moins de onze cents hommes, par suite de la chasse vigoureuse qui lui avait été faite pendant quelques jours, venait d'abandonner Sam ^t7ea^^-des--46esses, pour se retirer sur Ripoll. J'avais prévu ce dessein ; en conséquence la seconde brigade restée en position à Olot, avait eu ordre de tourner Ripoll, en passant par le col de Canas, pendant que je marchais sur la même ville. Ces mouvemens combinés ont eu un plein succès. Cette brigade a gravi sur toutes les hauteurs qui dominent Ripoll, au sud et à l'ouest, en a débusqué l'ennemi et a exécuté mes ordres avec précision et ponctualité, malgré qu'elle ait fait, pendant une partie de la nuit, une marche longue et difficile, à travers des chemins regardés par les habitans mêmes des montagnes comme impraticables. Un maréchal des logis du 24*" de dragons a pris lui seul quatre cavaliers montés du régiment (ÏAlcaniara, sur les trente qui composaient l'escorte de Claros. L'avant-garde a repoussé rapidement tout ce qu'elle a rencontré sur son passage. Enfin il ne restait plus aux insurgés qu'une montagne très escarpée, où ils semblaient vouloir se défendre opinifitrement.

Je donnai l'ordre au i^"* bataillon du i^'' régiment léger, commandé par le capitaine Antoine Bouillet, de tourner cette montagne. Dès que Tennemi s'apperçut de ce mouvement exécuté avec intelligence et célérité, il se retira dans un village, au bas de la montagne, seul azile qui lui restait. Il tut encore chassé de ce village, où il laissa des morts et des blessés, et obligé d'aller coucher dans la neige.

Le 3o,la i»* brigade se porta sur Ribas, d'où elle chassa encore les bandes éparses des micquelets et reçut les soumissions des autorités et des habitans. Le général Augereau a parfaitement rempli sa mission. Le même jour tut employé à détruire dans Ripoll tout ce qui sert à la fabrication des fusils, comme forges, usines, ateliers, en un mot, tous les outils employés à ces travaux. Cette précaution était d'autant plus nécessaire que les habitans de Ripoll ont fui, sans aucun prétexte, à rapproche de ma division qui devait leur inspirer de la confiance par la conduite qu'elle avait tenue avant d'arriver jusques à eux. Leur fuite annonçait évidemment qu'ils étaient encore soumis à l'influence des rebelles.

Le 3i, j'ai pris ma position à Olot, en passant par le col de Canas, Lavant-garde a protégé la retraite et n'a essuyé que les coups de fusil de quelques misérables qui s'étaient embusqués dans les rochers, et dont elle a mit justice.

Voilà le récit exact et circonstancié de mon expédition sur Olot et lieux circonvoisins. Les troupes qui composent ma division ont fait preuve de zèle, de constance, d'ardeur et de bravoure.

Les officiers qui me semblent devoir obtenir la faveur d'une mention plus particulière et être recommandés à la bienveillance de Sa Majesté sont : le colonel Delort qui, en commandant l' avant-garde, a montré beaucoup d'intelligence et de bravoure, le chef de bataillon Réçérend, gui a été blessé, le capitaine Antoine Bouillet, le capitame Simon, commandant les voltigeurs de l'avant-garde, le sous-lieutenant Denis, tous deux blessés, mon aide de camp, le lieutenant Dtt/nas, jeune officier d'une belle espérance, qui a reçu un coup de feu à la cuisse dans la journée du 25.

Ces diverses actions ne nous coûtent que trois ou quatre tués et une quinzaine de blessés. Deux soldats d'infanterie se sont tués en tombant dans des précipices affreux, tant les chemins étaient escarpés et difficiles.

Rapport sur la bataille de Vie h (*).

Vich, le 20 février 1810, à 10 heures du soir.

L'adjudant commandant Guillemet, chef de Fétatmajor de la division Souham, à Son Excellence Monseigneur le maréchal d'Empire Augereau, duc de Castiglione, commandant en chef Tarmée.

Monseigneur, M. le général de division Souham ayant été assez grièvement blessé dans la mémorable bataille qui a eu lieu aujourd'hui dans les plaines en avant de Vich et dans la direction du sud vers Tona, il me charge, Monseigneur, d'adresser à Votre Excellence mon rapport sur cette action, Fun des faits d'armes de la guerre d^spagne qui font le plus d'honneur aux Ivow^es françaises , et celui où elles ont déployé le plus de zèle et de courage.

Depuis quelques jours, le nouveau général en chef de l'armée espagnole en Catalogne avait rassemblé toutes ses forces à Moya, Il avait fait sortir les garnisons des places de guerre, avait réuni un grand nombre de miquelets aux troupes de ligne, espérant avec de tels renforts et une masse d'hommes aussi considérable, anéantir la division Souham, qui communiquait difficilement avec les troupes postées devant Hostalrich, à cause des montagnes escarpées et difficiles qui la séparent de cette place. Les troupes de ligne espagnoles s'élevaient seules à douze mille hommes.

Dans les jours précédens, deux fois l'ennemi a tenté, mais infructueusement, d'enlever le bataillon du 98" placé à M alla. Ce bataillon, par sa bonne tenue, a donné le tems de le secourir, et les tentatives de l'ennemi ont tourné à sa honte et à sa perte.

Aujourd'hui, vers sept heures du matin, il a débouché dans la plaine de Vich sur trois colonnes. La première, dont faisait partie sa cavalerie, forte au moins de 1200 chevaux, est venue par Tona, Cette colonne s'est déployée en avant de ce village, ayant toute sa cavalerie sur son flanc droit.

La deuxième colonne est descendue du col de Cespina

(i) Copie certifiée.

et s'est formée en ordre de bataille à la gauche de la première colonne.

La troisième a pénétrt* par Salforas et a occupé les montagnes qui dominent la plaine de Vich à Touest.

Outre ces trois colonnes, de nombreux miquelets, sous les ordres de Rodera ^ devaient attaquer Gurp, où est stationné le 4' bataillon du 3' régiment d'infanterie légère, et voulaient faire une puissante diversion pour la réussite du projet de Fennemi, en menaçant notre flanc droit et nos derrières.

Dans cette situation de choses, le général de division devait être d'autant plus inquiet qu'il avait été forcé de détacher le 3* bataillon du 7** pour aller chercher des grains à Esquirol. Ce village, situé au nord est de Vich, en est distant de trois fortes lieues. Il était donc impossible qu'il arrivât à tems pour prendre part à l'action.

Lorsque M. le général de division a été à peu près certain des mouvemens de l'ennemi, il a réuni dans la plaine, immédiatement au dessous de Vich, toute sa division, le 42® régiment de ligne au centre, le premier régiment d'infanterie légère à droite, le 93® appuyant le i®^ régiment léger ; la cavalerie soutenant les trois pièces d'artillerie et les ailes de la division.

L'attaque de l'ennemi a commencé sur Gurp, avec une telle vivacité qu'il semblait que ce devait être le point princii)al où il avait intention de faire effort. Mais le général de division n'a point pris le change ; le 4* bataillon du 3® régiment d'infanterie légère s'est replié en bon ordre sur Vich, sans être entamé et sans avoir un seul prisonnier, quoiqu'il n'ait pas été renforcé.

Une fusillade très forte s'est engagée sur tout le front de la ligne ; l'ennemi, qui nous opposait l'élite de ses troupes et notamment deux régimens suisses, a attaqué avec beaucoup d'audace, en même temps qu'il faisait filer sur sa droite toute sa cavalerie qui cherchait à déborder notre flanc gauche. M. le général de division a fait alors charger le 24^ régiment de dragons, appuyé sur son flanc gauche par la compagnie d'élite des dragons Napoléon. Cette charge a culbuté la cavalerie ennemie et a mis le plus grand désordre dans ses rangs ; un grand nombre de cavaliers espagnols ont été tués, 3 ) chevaux sont restés enterrés dans un fossé d'où ils n'ont pu sortir. Dans cette charge M. le colonel Delovt a été blessé d'un coup de sabre au bras gauche. La cavalerie espagnole , en se repliant, a beaucouj) souftert par le feu de la mousqueterie et par la mitraille que l'artillerie dirigeait sur elle.

Les troupes espagnoles ont alors disposé de toutes leurs forces de réserve et ont cherché à pénétrer par le centre, en attaquant avec furie. Le 42° régiment, commandé par le

colonel Espert, qui a eu ses habits criblés de balles, et le bataillon au 98* régiment dont il a été fait mention, ont soutenu, pendant trois heures, le feu le plus vif et le plus meurtrier, sans que Tennemi ait pu leur faire perdre un pouce de terrein. La fermeté des soldats et de leurs officiers ne peut être assez louée.

Las de faire des eflorts inutiles pour enfoncer notre centre, G'Donnel (le général en chef de Tarmée ennemie) a voulu tout à doup, par une manœuvre hardie, et à l'aide de forces plus que triples, nous déborder par notre flanc droit et notre flanc gauche, mais cette seconde tentative ne lui a pas mieux réussi. Le i*^*" d'infanterie légère, commandé par le coIouqX Bourgeois, Ta arrêté sur notre droite Ear tous les points où il a voulu pénétrer. Ce corps s'est ien montré.

Dans cette circonstance, M. le général de division, dont Votre Excellence apprécie le mérite et les hautes qualités militaires, a été blessé d'un coup de feu à la tempe gauche, dont il peut perdre l'œil, mais du moins il n'y a rien à craindre pour les jours d'un oflicier général aussi distingué et qui sert aussi utilement son prince et sa patrie. Malgré une blessure très douloureuse, ce chef, qui possède au plus haut degré la confiance de sa division, s'est empressé, après un pansement, de reparaître à la tête de ses braves, qu'il a conduits jusqu'à la fin de la journée.

Pendant sa courte absence, M. le général Augereau a commandé la division et a fait partout les plus sages dispositions.

Tandis que les troupes placées au centre et à la droite arrêtaient l'ennemi étonné d'une résistance qui déconcertait tous ses calculs et qui rendait inutile le déploiement de toutes ses forces, il faisait de nouveau filer par sa droite une colonne d'infanterie soutenue de toute sa cavalerie ; mais une charge exécutée à propos par le 24® régiment de dragons, le S*" de chasseurs provisoire et un escadron de dragons Napoléon a coupé entièrement cette colonne composée de troupes suisses; 1000 hommes ont mis bas les armes, et deux drapeaux leur ont. été enlevés. Cette charge vigoureuse a été poursuivie jusqu'à Tona et plus de trois cents chevaux ont été pris. Les dragons et les chasseurs ont fait un massacre horrible de la cavalerie espagnole; un colonel, beaucoup d'officiers supérieurs et de soldats sont restés sur le champ de bataille, tués à coups de sabre. Tous les équipages de l'ennemi, composés de plus de cent mulets chargés d'une immense quantité de cartouches, lui ont été enlevés.

400 paysans réunis aux troupes espagnoles ^ non habillés, ont été fusillés sur le champ de bataille.

Enfin la déroute des Espagnols a été complète. La terre

était jonchée de morts, de blessés, d'armes et de débris. Quoique l'armée de Catalogne ait toujours obtenu sur Tennemi des succès décisifs, elle ne compte pas de journée aussi glorieuse. 2.400 prisonniers, parmi lesquels beaucoup d'officiers supérieurs et d'officiers, sont conduits à Votre Excellence. M. le général de division 5ouAam se réserve de faire connaître à Votre Excellence les officiers et les militaires qui se sont particulièrement distingués.

Je me borne à l'assurance, et Votre Excellence en sera convaincue par le résultat, que toutes les troupes composant la division ont fait preuve d'un zèle, d'un sang-froid et d'une bravoure au dessus de tout éloge.

Je suis avec respect, Monseigneur, de Votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur.

GUILLBMBT (*).

Actions particulières au 24^ régiment de dragons Ç)

ARMÉE

de Catalogne

Ir* Division

Le 20 mars, les divisions Souham et Pino, marchant depuis Vich à la poursuite de l'ennemi, ont pris position en avant de Villafranca,

Le colonel Delort, commandant l'avant- garde, a fait, d'après les ordres du général Augereau, charger par la

(i) Pour copie conforme, l'adjudant commandant Guillemet.

Vichy le a4 février 1810.

Le général de division. Souham à Monseigneur le maréchal d'Empire Augereau, duc de CastigUone. gouverneur général de la Catalogne.

Journée du ao. Une division, composée de moins de quatre mille hommes, a battu et mis dans la déroute la plus complète une armée forte de douze mille soldats de ligne, appuyée par douze cents chevaux et soutenue par une nuée de miquelets. Le général CDonnel se croyait tellement certain du succès qu'il avait solennellement annoncé son arrivée à Vich, et qu'il avait fait occuper toutes les montagnes environnantes par des paysans, afin de nous couper toute retraite. [Souham demande des récompenses pour ceux qui se sont le plus distingués à la bataille devant Vich.] M. le colonel Delort, commandant le 24* régiment de dragons, a déjà été blessé trois fois à la tète de son régiment, qui s'est conduit pendant toute la campagne avec la plus grande distinction. J'ai rendu plusieurs fois à Votre Excellence le compte le plus avantageux de cet officier. Il mérite le grade de général de brigade, si ses services précédens l'ont déjà fait nommer officier de la Légion d'honneur, comme j'ai lieu de le présumer.

(2) Original.

7*^ compagnie du 24*" de dragons TaiTière-garde ennemie qui se retirait de cette même ville.

Cette arrière-garde a été atteinte. Les troupes d'infanterie et de cavalerie qui la composaient, au nombre de six cents environ, de Tune et Tautre arme, ont été mises en fuite et poursuivies jusques sous Torre de Barra, Trente chevaux ont été pris. On a ramené plus de trente prisonniers. Un ffrand nombre de cavaliers espagnols ont été tués ou grièvement blessés dans cette charge, où. le lieutenant Grosjean, qui la commandait, et l'adjudant Rignon ont tait preuve d'une bravoure notable. Tous deux méritent des récompenses.

Lorsque les deux divisions Souham et Pino ont été obligées, le 9 avril présent mois, par le défaut de vivres, et d'après les nouvelles dispositions arrêtées par M. le maréchal duc de Castiglione, d'opérer leur retraite sur Barcelonne, l'ennemi a envoyé des détachements d'élite pour inquiéter leur retraite et faire main basse sur les traînards. Ces détachements se sont audacieusement présentés devant nos postes sous Villafranca,

Le colonel Delort reçut du général Augereau l'ordre de les chasser, P]n conséquence il réunit à la hâte cent dragons du 24® régiment, que le général fit soutenir par deux compagnies d'élite d'infanterie légère de la division qu'il commande.

La charge faite par le colonel Delort, à la tête de cent dragons, a eu les résultats les plus heureux. Le colonel des chasseurs à cheval d'Olwencia et le capitaine commandant les troupes d'infanterie ont été pris avec cent cavaliers ou fantassins. Un grand nombre d'ennemis ont été tués ou grièvement blessés. Cette charge hardie a été poursuivie pendant plus de deux lieues et jusques sous les murs d'Arbos, Le maréchal des logis Colin ^ les sous-lieutenants Hannion, Dumesnil et Marchai se sont particulièrement distingués.

L'adjudant Ri gnon ^ depuis nommé sous-lieutenant, a été grièvement blessé dans cette charge, et s'est conduit, en cette occasion, comme dans toutes les autres, avec une bravoure et un dévouement qui ne peuvent rester sans récompense.

M. le maréchal commandant en chef l'armée de Catalogne, a daigné témoigner au colonel Delort sa satisfaction pour les deux charges faites par les dragons à ses ordres dans ces deux actions.

Gironney le 19 avril 18 10.

Vu et approuvé par nous,

Le général de brigade, Augereau.

liapport historique sur l'affaire de Cervera (M.

Cerçera, le 6 septembre 1810.

Le quatre, la division Frère, partie de Lerida, est venue coucher à Tarrega. Elle s'est placée de manière à couvrir à la fois les routes de Gervera, de Ver du et de Cerdona,

Le cinq, elle s*est mise en marche sur Gercera. Le i*"" régiment des chasseurs à cheval napolitains, qui formait l'avant-garde, ayant été repoussé avec perte, le 24* ^^gî" ment de dragons, commandé par le colonel Delort, a reçu Tordre, de Son Excellence Monseigneur le maréchal duc de Tarente, de se porter en avant.

Ce corps ayant dépassé la colonne, son colonel Ta formé en bataille, à droite et à gauclip de la grande route, et a envoyé de suite reconnaître la position de Tennemi. Sa cavalerie, composée des régiments de SanUlago et des hussards de Grenade (dont on a estimé la force à cinq cents chevaux) se trouvait j^lacée en bataille dans un ordre presque parallèle à Tordre de bataille du 24*' régiment de dragons.

Ce régiment s'est porté en avant pour aborder Tennemi,

£ui, dans Tinstant même, a fait un mouvement rétrograde, e 3* escadron, commandé par le chef d'escadron Bre- Jeante, a été de suite détaché à sa poursuite. Les autres escadrons marchaient par pelotons sur la grande route pour le soutenir. La cavalerie espagnole, menacée de près, s'est arrêtée, a fait volte-face, et au moment où elle se disposait elle-même à charger, elle a été assaillie avec vigueur par le 3*^ escadron, qui Ta enfoncée et mise en désordre. Elle a essayé de se rallier, en partie, sur la gauche et près de Gervera, Elle a été de nouveau attaquée vivement par le même escadron et dispersée dans les montagnes.

Le 2* escadron et la 5* compagnie, dirigés par le colonel Delort, ont traversé la ville de Gercera et ont poursuivi la colonne de cavalerie et d'infanterie qui s'était retirée par la grande route. Cette colonne a été également chargée et éparpillée dans les montagnes. L'ambulance, les munitions de Tennemr, les équipages des officiers sont

(I) Copie certifiée.

tombés en notre pouvoir. Le 3* escadron réuni au a®, le 24* de dragons s'est de nouveau porté à la poursuite de l'ennemi, une demie lieue au delà de Monmanen, il est venu ensuite reprendre sa position au camp.

Par suite des charges exécutées par ce corps, une grande partie des chasseurs napolitains enlevés par l'ennemi ont été repris. La cavalerie espagnole a beaucoup souffert, notamment les dragons de Sant-Iago, A peu près quarante de leurs cavaliers (parmi lesquels quelques fantassins) ont été pris, un égal nombre a été tué. On peut évaluer à autant les blessés qui ne sont pas entre nos mains. Cinquante chevaux, en y comprenant quelques-uns rendus aux Napolitains, ont été pris, ainsi que soixante mulets chargés de l'ambulance, des cartouches et des équipages des officiers. Le 24* dragons n'a perdu, dans cette action, aucun homme ; deux chevaux seulement ont été tués Q),

Macdonald à Delort (*).

Au camp sous Figuières, 2 juillet 181 1.

J'ai été renfermé deux mois à Barcelonne, à la fin desquels l'Empereur a ordonné qu'un détachement vint m'y cnercher pour prendre le commandement du blocus de Figaières, J'y ai trouvé ma correspondance et votre lettre du 22 avril, mon cher colonel, j'ai été on ne peut plus touché de cette marque de votre bon souvenir. C'est une consolation que je goûte de voir que vous rendez justice à mes sentiments et à ma conduite. C'est un très bizarre enchainement de circonstances et d'événements qui m'ont constamment paralysé et subordonné à des opérations étrangères ('), je m'y suis pourtant consacré tout entier et néanmoins je sais que mon voisin très démonstratif m'a représenté comme un homme difficile, paralisant des opérations auxquels mon concours était nécessaire. Ses aides de camp étaient ses échos à Paris, où ils étaient fréquemment envoyés, mais, comme le gouvernement a pu en juger par la correspondance, il ne paraît pas avoir donné

(i) Gertitié conforme à roriginal. L'adjudant commandant chef d'étatmajor de la division Frère, Guillemet.

(â) Original.

(3) Celles de Suchçt.

attention à ces caquets que Tévidence des choses et des taits confondrait aisément.

Néanmoins je prends une très vive part à vos désirs,

Îui sans doute sont maintenant couronnés par la prise de ^arragone^ dont le bruit vient de se répanare ici. Cependant je regretterai toujours que le général Sachet se soit refusé à remettre momentanément à ma disposition Tarmée active de Catalogne, elle serait arrivée à temps pour marcher sur les derrières de Campo-Verde, qui s'était

Sorte de ce coté, et compléter la déroute et la destruction e son armée. Nous eussions ensuite marché sur le Mont Serrât et de là sur Tarragone, et Figuières ne barrerait pas la chaussée.

Vous jugerez par là très aisément que, faibles partout, il est possible de percer sur plusieurs points, soit pour recevoir des secours, soit pour s'échapper. Si le général Suchet, après la prise de Tarragone, ne lâche pas l'ennemi, nous envoyé un bon détachement, ou opère une salutaire diversion, nous pourrions espérer de nous en tirer. Il y a environ cinq mille Espagnols dans la forteresse, avec des approvisionnements immenses que l'on y avait entassé pour l'armée et le cas du siège. Cependant il manque déjà des choses essentielles, médicaments, tabacs et viande, mais les Espagnols sont si sobres qu'ils s'assujettissent volontiers a toutes les privations.

La mort du général Salme m'a extrêmement affligé, l'armée perd en lui un excellent officier, j'ignore s'il a eu connaissance des grâces que Sa Majesté lui avait accordé.

Le ministre de la guerre m'a fait le renvoi d'une lettre que vous lui aviez écrite pour lui demander la Couronne de fer pour deux ofticiers. Dans ce pays là on s'attache à la hiérarchie graduelle, je l'ai donc réexpédiée à Son Excellence, avec les renseignements qu'elle m'a demande, ajoutant de plus les attestations les plus honorables.

Votre 3® escadron est ici. J'ai déclaré que je ne m'en désaisirais point, et que mieux vaudrait, dans cette circonstance, y réunir les autres que de l'envoyer en Arragon.

Voilà une bien longue lettre, mon cher colonel, mais j'ai pensé que vous la liriez avec indulgence, et que vous seriez bien aise d'avoir quelques légers détails sur notre situation ; depuis dix à douze jours, nous sommes contrariés dans nos travaux par des pluies continuelles. Depuis un mois, l'ennemi avait cessé ses infructueuses sorties, il en a fait une, il y a deux jours, qui ne lui a |ias réussi, son feu, qui était constamment très vif, s'est beaucoup ralenti. .

Bonjour, mon cher colonel, mille amitiés et tout à vous.

Macdonald.

Sachet à Delort (*).

ARMÉE IMPÉRIALE iVaràgon

Quartier général à Sarragosse, le 26 août 1811.

L'Empereur vient d'accorder, Monsieur le colonel, cinq décorations de la Légion d'honneur au 24* régiment de dragons, je suis charmé d'avoir appelé les bontés de Sa Majesté sur des militaires du corps que vous commandez.

Je vous apprends en même temps avec un grand plaisir que le major général m'a donné avis, le 10 de ce mois, que vous étiez promu an grade de général de brigade. J'ai attendu quelques jours vos lettres de service, mais je ne veux pas retarder plus longtemps à vous donner une aussi bonne nouvelle, que j'espère bientôt confirmer par un titre officiel.

Je vous salue avec ma considération particulière.

Le maréchal d'Empire,

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