‹ Le lieutenant général Delort, d'après ses archives et les archives duChapitre 35 sur 45 · SOMMAIRE · texte numérisé non relu

SOMMAIRE

Invocation à la

muse

Position

topographique

du royaume de

Valence .

Allusion au siège

de Sagonte

par Annibal.

Description des

ruines de Sagonle.

Ancienne

ciladclle

de Sagonte où

les Valenciens

ont bâti un fort.

(i) Copie de l'époque.

(2) Annibal fut arrêté cinq mois devant Sagonte. Cette ville soutint un des sièges les plus terribles dont Thistoire fasse mention. Ses habitants aimèrent mieux périr que de se soumettre aux Carthaginois. Quelques citoyens qui avaient survécu à la famine et aux traits de l'ennemi, ne voyant plus aucun moyen de salut, prirent un parti désespéré : réunissant sur la place publique tout ce qu'ils avaient de plus précieux, ils en forment un immense bûcher, égorgent leurs femmes et leurs enfants, les jettent dans les flammes et s'y précipitent eux-mêmes, n'abandonnant plus à Annibal qu'une ville en ruine.

(3) S'fl/fonfe s'étendait, dit- on, jusqu'à la mer, les ruines qui subsistent encore prouvent que c'était une ville puissante. Parmi ces ruines, on admire le cirque qui paraît avoir été un îoieX bel édifice

L'armée

dM rragon

devant Sagonle.

On en voyait encor les remparts écroulés ; Mais au nom de Suchet, les Valenciens troublés Ont rétabli ces murs, et dans leur vaine audace, Ont voulu détourner le coup qui les menace.

Insensés ! Croyez-vous balancer nos destins (')? Eh quoi donc ! dans les murs des braves Sagonlins Vous venez vous placer : avez-vous Tassurance D'imiter ces héros, d'égaler leur vaillance?

Saurez-vous donc mourir ? Saurez-vous dans les feux, Si vous êtes vaincus, vous élancer comme eux ! Ah ! puisque vous rampez sous une autre Cartage, A des mânes sacrés cessez de faire outrage Ou bien, si à' Albion vous servez la fureur, Des niodernes Romains craignez le bras vengeur.

Mais voilà des Français l'invincible colonne. Ils portent les lauriers cueillis à Tarragonne : A cette noble ardeur qui brille sur leur front. Qui ne reconnaîtrait les braves à'Arragon"} La présence du chef que Ton voit à leur tête, Est pour eux le garant d'une sûre conquête.

Et l'aspect de ces tours qui menacent les cieux. Vient encor augmenter leur transport généreux. Les canons, les mortiers, tous ces loudres de guerre. Sous leur poids redoutable, ont fait gémir la terre : Valence s'en émeut, et ce terrible apprêt, * Et nos jeunes héros, et le nom de Sachet Ont ébranlé ses murs : tel un sombre nuage De la cime des monts descend avec l'orage S'avance, obscurcissant la lumière des cieux. Et couve le tonnerre en ses flancs ténébreux ; Il s'arrête d'abord suspendu sur nos têtes ; Mais déchaînant bientôt les vents et les tempêtes. Soudain il se déchire au milieu des éclairs.

Et la foudre en éclats sillonne au loin les airs. De même nos guerriers altérés de batailles

(i) Les KspaffTwls qui formaient la garnison de ce fort, se vantent d'avoir fait une défense héroïque ; certes c'est beaucoup pour eux d'avoir pu arrêter les vainqueurs de Tarragone, mais, tout bien considéré, il est facile de reconnaître en eux cette vaine jactance qui les caractérise. Qui aurait pu supposer que dans l'intérieur des remparts, dans le terre-plain même de l'ouvragée, il y avait de larges et profondes coupures? Nos braves, se confiant à leur cœur et à leurs bayonnettes, croyaient n'avoir à vaincre que le feu de la mousqueterie, des g-renades et de la mitraille, et ne s^attendaient pas, après avoir franchi les avant-fossés et les remparts, à trouver tout d'un coup un fossé de 18 pieds creusé dans l'intérieur même des forts. Tous ces ouvrages extraordinaires, dont les Espagnols hérissent leurs fortifications, prouvent d'ailleurs qu'ils ne se croyent un peu en sûreté que quand ils ont entassé sans méthode obstacles sur obstacles, tant ils redoutent ceux avec qui ils ont affaire.

De l'antique Sa/fonte ahoi-ilaient \pn miiraillepi.

Oscrai-je à présent, diin» itirh hardie tiililrniix. Dévoiler aux mortels des prodifçefi nouveaux î Toi qui m'en instruisis. Muse, viens les redirr Ou. pour un tel sujet, échaufle mon délire.

C'était rbcnre où la nuit, enveloppant les cieux. Jette sur la nature un voile ténébreux ; Fati^és de combats, le» guerriers, sous leurs l^rntes, Dormaient environnés de gardes vigilantes, I.'asire aux pAlcs rayons, ami du voyageur.

Dans les champs altérés ramenait la frairheiir, Et versant faiblement ses clartés pacifiques. De fiagonle éclairait les monuments antiques. Soudain sur un nuage apparaît en ces lieux l>^ corps aérien d'an guerrier valeureux :

<7es( l'ombre A'Annihai. pareille à ces Tanlomes Qui peuplent d'Ossian les nébuleux royaumes ('). De" Rnniaing de tout tems imjtlacable ennrmi, A l'aspect des Franrain. il s'indigne et frémil. Présafieant que Stichel. émule de sa gloire.

Va bientôt de ces bords exiler sa mémoire.

Dn Tanlôme guerrier les lenrild»-* aci-Kut^ Font riés*rtiner ainsi l'écoo des lo'fnomenls : « I,es Toîlâ donc, dit-il. ces Franrnix A'ttti l'andac*- » De mes anciens exploit-* vent effacer la Ira'-e ; > Sur des br>r<ls que mon nom avait reridn titftttm\. - Ils viennent evere^-r |t-ars lira* vii-îf^rv-nx. w Ah ■ d^ja trftfi de (r,ii. aux |.j3iries A lOiHr. » Par lenr zrand ^ra^tmir ma z'.'urf. fnt ternie » Dams ce cbanf>^ de lioL>i;U- o»i j »i rni 'fie yutint » ^mI ^MirtH i»e j<<«(irnit êja^^ nf-* **tt-rr^. • <>■?■? **jm^trr^Tn vWit ■> imtAr er»^/yre; » Je le voî**v«»'ri';:r la 'Tté ii«e ; at-tt'.rre ;

N Oui. ji* «1<M«* iiH» vi»n>;«M% oui. jo veux sur ces bords M (loiiHunMM* 1(*M FrançaiH vu iuipuissants efforts. M Moi qui Jii(liM, il peine. ai pu prendre Sa^onle^ M Je len eu liiiHHeriiiH triompher à ma honte... M Non. Itou, et que phitùt ils y périssent tous... » t* ^N i"i«*i II (lit et iliMparatt. plein (l*un sombre courroux.

lûhMMUhi. '*•* liinlrtuie or|(ueilleux, porté sur son nuage, l4iui. tht tiinh» Va lie uoM eiitieuiis allumer le courage. »t lui .(liiii iW^ Il ne piVKeiile ti lilake en un songe Hatteur, ti^Hc .litittuiviiii |,;| ||j( ammaut IVspoir tlélre une ibis vainqueur (*),

U lui oit ile Hortir d un ivpos qui 1 oiiense. De sauver irnn seul coup et Savante et Valence V\\ de HO eouliereii ses nomhi*eux soldats Pour tenter hanliment le hasai\l des combats. Hioii plus« pi»ur mieux ivgner dans sou i\me ailermie. Il lui dicte des plans civés jwr son gt»nie, Ue ce^ plans ctunbinès ilans des calculs parfaits i^hù, bien exécutes, assuivut les succès.

h» xvui'»» 'j ilepeiulaut le soleil, pèiv tle la lumière,

i Auuuunuv dans les cieux Si! brillante carrière:

Kt Tombiv K\\{nnib\ds que Inihit la clarté»

l'i^ohe daU'* la \a(H'»ur son as|HH*t reiioutê.

t^l.tkx" auvxitxU s'eveilU\ et rt^mpli dVspérmnce.

V'vxeudde ^es s\«lvi;its. excite leur vaillanci*.

\ e> ^**\lres isuubiwes \ oient de toutes jKjirts :

IVat est en mo«>ement. et jetant se< reîr**rd5

Sur t*ut do tKAtui[U»us doploxcs dau< la pUiue.

U v'rvut *xv»ir ùxe U \iotv»uv iuvt^rtaine.

\t.<t^ wlm vmi dc\i vlctru:<it <es pr\^ et<,

t o x;Atu>^ucuî' ao -V,î-<.i. vxnnuiauùe it*^ f ■'u.^»•a:;3^ *-K

IV ^"^ .va:.*?»- *iicitrv:-ier^ cii^;iJ4'.vi :x' .a :eitv

l * ' "^y^fit^ A *:■♦ i»iv <r»>. * t,..iMU«*ir

Nos guerriers, pleins d'ardeur, affrontent le trépas.

Suchet guidant partout ses phalanges terribles,

D'un seul de ses regards sait les rendre invincibles.

Plus loin un corps français soutient seul tout le poids

De dix mille Espagnols l'attaquant à la fois.

Nos braves resserrés en redoutable masse,

Malgré leur petit nombre, inspirent la menace

Et sans faire un seul pas qui soit indigne d'eux,

Ils conservent toujours leur poste glorieux.

Suchet qui les a vus, applaudit leur courage,

Mais pour les délivrer, sans tarder davantage,

11 a lancé soudain nos escadrons vaillants.

Faits pour tout renverser sous leurs coups foudroyants.

Lui-même, impatient d'assurer la victoire,

D'un péril nécessaire il affronte la gloire.

Donne l'exemple à tous, mais, ô ciel ! ô destin !

Par le plomb meurtrier il est lui-mêmç atteint (*).

Soldats, en le perdant, vous perdriez un père.

Mais non, rassurez- vous, sa nlessure est légère.

Seul il n'a pas senti le coup (jui Ta frappé,

A nous guider encor on le voit occupé ;

Son sourire vainqueur a calmé nos alarmes,

Et toujours, au milieu du fracas et des armés.

Il poursuit sa victoire et ne sera blessé

Qu'après qu'il aura vu l'ennemi terrassé.

Qui t'inspire, ô Suchet! cette ver lu sublime?

Ah ! de Napoléon c'est l'amour qui t'anime,

Et le plus digne prix de tes nobles travaux

C'est d'avoir contenté le plus grand des héros (*).

Enfin de toutes parts la victoire est complète. L'ennemi va cacher sa honte et sa défaite :

Il s'enfuit dans Valence, et déjà la terreur Proclame les exploits et le nom du vainqueur.

Sagonte, qui tondait son unique espérance Sur le prochain secours de cette armée immense. Du haut de ses remparts contemplant nos succès. Tremble de résister plus longtenis aux Français^ Et nos jeunes guerriers enfin s'enorgueillissent D'avoir conquis des murs que vingt siècles noircissent.

Suchet est blessé

et contiirue

de donner

ses ordres.

Les Français sont victorieux.

Reddition du fort de Sagonte.

(i) Le maréchal s'étant porté sur un point où sa présence était nécessaire et faisant exécuter lui-même des manœuvres sous le feu de Tennemi, fut blessé au-dessus de l'épaule; mais il continua de prendre ses dispositions, animant les troupes avec ce sourire qu'on lui connaît.

(2) Celte pensée vient de Son Excellence. Nous lisons dans la proclamation adressée à l'armée après la prise de Tarragonc ces mots si frappants et si énerg:iques : « Souvenez-vous, soldats, que le plus grand prix de la valeur, c'est Je suffrage de ^^apolèonle Grand ».

Sui de Vsiigle française arrêtera Tessor ?

ence veut en vain lui résister encor, Tu vaincras, ô Sachet, cet orçueil téméraire; Mais il faut des combats : le démon de la guerre. Des deux bouts de \ Espagne, assemble une autre fois Des milliers d'ennemis qui marchent sous ses lois (^); Tu dissoudras encor cette horrible tempête Et de nouveaux lauriers viendront ceindre ta tête.

AKMKE IMPKRIALE

d'Aragon

Sachet à Delort (').

Au camp devant Valence, le 3o décembre 1811.

J'ai appris avec plaisir. Monsieur le général, le succès de votre expédition sur Alciras, et je vous eu félicite. J'attends avec impatience le rapport du mouvement que vous avez fait faire au 4* de hussards. Pour le moment, je vais consacrer quelques jours à resserrer davantage l'ennemi dans Valence, afin de lui en interdire entièrement la sortie. Je me propose d'envoyer ensuite sur le Xucar un plus grand nombre de forces que celles que je vous avais confiées, pour occuper cette ligne et achever ce que vous avez si bien commencé.

Je vous salue avec considération.

. Le maréchal d'Empire, Comte SuGiïET.

Témoignés ma satisfaction de sa conduite et promettes ma protection à la commune (ÏAlciras et annoncés-lui que vous ne tarderés pas à y rentrer.

/ Le maréchal comte,

SUCHKT.

M. le général baron Delort^ commandant provisoirement la cavalerie de l'armée.

(i) Blake paraît vouloir encore se mesurer avec son adversaire, il rassemble le plus de troupes quMl peut et les débris de la division de Balesterro, échappés aux coups de l'armée du midi, ne feront par leur nombre qu'augmenter la gloire de l'armée ^Aragon.

(a) Original.

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