‹ Le lièvre; poemeChapitre 23 sur 29 · PRIEUR DE MILLY EN BEAUV0IS1S · texte numérisé non relu

PRIEUR DE MILLY EN BEAUV0IS1S

A trcs-nohU et tres^-docte Seigneur Jean de Bouf fiers,

Escuyer, yeur de Lyesse.

Quitez vostre séjour, ô neuvaine sacrée, Desja l'Aurore poind, sus tost, resveillez vous, Et ce qu'avez appris songeant sur Thitorée, Pour le lièvre anoblir en bref contez le nous : Tout ce que TAscréan sous la grotte relante A fredonné jadis en paissant son troupeau, Ce que le Mantouan sur sa flûte plaisante Doulcement a chai\^té sous l'ombre d'un fouteau, Vienne animer mes sens ; Pan, l'effroj des Dryades, Les Satyres cornus, les Faunes amoureux,

12 LE LIETRE

Et vous, bouquins Sylvains poursuivants des Naiades, Pour finir mon dessein prestez moy vos faveurs.

Le Pindare françois entonna sur sa lyre Celle qui le crin d'or de son père donna, Où estoit recelé le sort de son empire, Tant la rage d'amour son esprit forcena ; Belleaù le beau-disant, d'une voix doulce et belle, La cerise a vanté sur son gay chalumeau , Des Roches a coulé, par la source immortelle De son double rocher, les remarques de l'eau.

Moy, je veux trompetter les vertus admirables Du lièvre aus vistes pieds, vray phénix animal. Franc d'assaisonnement de poétiques fables.

Né d'astres si heureux qu'il ne cause aulcun mal.

Mais, vray Dieu ! quand j'auroy ma poitrine ferrée, £t des langues autant que le clair firmament A de flambeaux dorez sa voulture parée.

Or' je ne respondrois à si hault argument.

Non, plustost en tout temps la lune rosoyante Et le soleil pourprin unis se mariront, Plustost de l'essieu froid une haleine bruslante L'orageux Africain et l'Eure soufBeront ; Plustost l'on contera les odeurs Hybléannes, Et les espis crestez des champs Cinyphiens, Plustost Beauce sera sans fertiles campaignes.

Et la terre et la mer yeufves de citoyens ; Plustost fuiront les tours les simples colombelles, Ei Tardant amoureux n'aura d'émotion, Plustost le gay printemps sera sans arondelles Que je parvienne au but de mon intention.

 toy seul appartient, mon phare de Lyesse, Des Muses le mignon, d'enfler ampoulement Tes vers et les guinder d'une souple haultessç, Quand combler il convient quelque brave argument : Tu as assez dormi sur la double colline Du mont Parnassean, sus, dessille les yeux , Tu as assez gousté de l'onde chevalline, De grâce, fay la donc ruisseler en ces lieux; Sur elle je feray flotter ma nasselette; Bien que chetif je suis, mal accort matelot , T'ayant pour mon Castor, je dompte la tempeste Des momes luniens et leur groumelant flot.

Âpres que l'Eternel eust la terre créée , L'air subtil et la mer, les oyseaux et poissons, Et les astres cloué dans la sphère azurée, Pour gouverner les ans et partir les saisons ; Après qu'il eust filé les tresselettes blondes De Titan, pour roder ce globe spatieux, Et qu'il eust empointi les cornes vagabondes De Phœbé, qui de nuict argenteroit les cieux, .

Entre les animaux dont il peupla le monde, De son artiste main te lièvre il façonna, Pied-fourré, bas devant, de nature féconde , Et l'honneur de vitesse à \uy seul resigna.

Tandis que fleurissoit icy Tage dorée, Que rhumain non goulu se nourrissoit de fruicts, Qu« la tejre de soy, sans estre labourée, Courboit son dos fertil sous le feis des espis, Lors que tousjours les fleurs produictes sans semence Le Zephire embamoit d'un soufflement germeux. Que les fleuves de laict couloint en abondance. Que le miel distilloit du chesne fructueux, Ce plaisant animal, pour prendre sa pasture, N'attendoit que la nuict eust ombragé les cieux. Aussi tost que Titan sa blonde crespelure Esparpilloit sur nous, se monstroit en tous lieux ; > Les chiens avecque luy couroint à longues tires. Non pour en faire un don au nocher Stjgien , Mais pour donner esbat aux Faunes et Satyres, Car alors ils liantoint.en ce val terrien.

Mais, las ! il fust forclos d'une telle licence Par le mauldict vouloir du cruel Lycaon, Lequel, enfelonné de sanglante meschance, Voulust de Juppiter empourprer sa maison :

De faict, pour éprouver s'il estoit Dieu, sur table

LE LIEVRE iS

Un corps Molossien traistre il luj présenta : Il jure, oultré du crime, au Stix irrepassable Qu'il couvriroit de flots ce Tout qu'il charpenta; A l'Autan il lascha sa nuageuse bride, Pour çà, pour là verser ses homicides eaux, Exprés il enjoignit à l'Iris Thaumantide D'enlever les vapeurs pour grossir les nuaux ; Neptune furieux, la mer impétueuse.

Les torrents desbordez, survindrent au renfort , Et le Nile, qui rend l'Egipte bien heureuse.

Par ses bouches vomist son flot-flottant effort ; Parmy les champs ouverts tout à coup se ruèrent. Froissant, brisantj rompant tours, maisons et chasteaux, Et d'un cours efFrené pesle mesle emportèrent Presque tous les humains, les bestes et ojseaux. Mais, de pitié vaincu, ce débonnaire père Trois lièvres préserva du ravage indompté.

L'un desquels il offrit à Neptune, son frère, Loyer du prompt secours qu'il luy avoit preste.

Clion, je ne veu pas qu'en tes vers il ayt place. Son corps se bouffit trop de boueuse poison ; Brouillé, vilain, confus, parent d'une limace Qui porte sur son dos sa baveuse maison.

Ce monstre est si funeste en la mer Indienne, Si puant, si cruel, si pestilentieux.

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Q^ejsi vous le touchez, la nef Charontienne Vousr feroit trajeter le lac oublivieux.

Muse, laissons à parc cette difforme masse Qui difformer ponrroit nostre petit traicté ; Gauchissons à son flair, craignant qu'il ne nous fasse Eclore avant le temps quelque fruict avorté.

Pren soin des autres d'eux. Aussi tost que Borée D'un souffle brise^roc eust balayé les airs, Et aux astres monstre la terre déplorée, Et à la terre aussi monstre les astres clairs. Aussi tost que Triton de sa trompe bruyante Eust sonné le rappel aux ravissantes eaux.

Dont pesle mesle à coup, d'une course grondante. Elles se r'embUsquoint au fort de leurs canaux , Déjà les lieux croissoint, les ondes décroissantes. Et les sommets chenus des monts sembloint sortir, La terre s'eslevoit, et les mers abboiantes, Estreinctes dans leurs fins, faisoint l'air retentir ; Bref, après que Titan, le sabut œil de nature, Par les puissants esclairs de ses brillans chev^eux, Eust par tout desséché toute Tonde et l'ordure Que Paies soustenoit sur ses reins spatieuz 9 Juppin, dardant son œil suf cette ronde masse^ Pitoiable, ifguigna ces petits animaux, Qu'il avoit faict grimper sur le mont de Parnasse

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Pour mieux se garaniir de la rage des eaux ; Et, voulant d'eux peupler cette machine ronde, Trouva bon sur les champs de Milly les porter, Lieu propre pour nourrir telle engence féconde , Et d'où mieux elle peut son mal heur éviter.

Mais ce grand charpentier de la voulte étherée Qui tournoie les cieux d'un aislé roulement, Qui des astres conduict la course mesurée, Les sommant de ployer à son commandement.

Qui, pendant que l'hyver les montaignes grisonne, Serre et r'estreint les jours d'un gros air ombrageux ; Qui, pendant qu'en ces lieux le chauld esté séjourne, Horrible les humains d'un fouldre ruineux ; Qui faict par sa vertu qu'un dous-soufflànt Zephire R'habille les ormeaux d'un vert acoustrement. Que le Sarmatien, gros et poinçonné d'ire, Leur avoit dévestu par son froid soufHement; Qui faict au Syrien la blonde chevelure De la riche Cerés par chaleur consumer, Que de ses propres yeux le glacereux Arcture Avoit veu sur le dos de la terre semer ; Bref, cil qui va guidant d'une certaine bride Tout ce qui faict séjour en ce val terrien.

Qui sçait tout, qui voit tout, qui le chault et l'humide, La terre et l'Océan, a procréé de rien,

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Clair voyant que l'humain, enfant de dure pierre^

Se laissant entrainer à ses affections,

Nuict et jour livreroit à ses bestes la guerre,

Tant la gueule luy faict sentir de passions,

Doua prodiguement la Myllienne terre

De ce qu'il leurs bastoit à les bien conserver :

Son dos il semença d'une scabreuse pierre

Affîn qu'ils peussent mieux des lévriers se sauver ;

Ses pieds il arrousa de l'onde serpentine

De Therain, que Binet par carmes nez aux cieux.

Discret, y méliant la source Pegasine,

Rachapteroit un jour du fleuve Stigieux ;

Ses jambes il vestit d'une joyeuse prée

Qu'il esmailla par tout de mille et mille fleurs,

Où ils trepigneroint sur la sombre vesprée.

Lors que durant l'esté braisillent les chaleurs;

D'épis longs et baÂus en très-grande abondance

Le plus beau du grasset du ventre il façonna,

£t la blonde Cerés pour leur seure defence

De couper ses cheveux liberté leur donna ;

Puis il fist par Bacchus, enfançon de Silène,

De ceps porte-raisin ses reins entortiller.

Où, si tost que seroit la descouverte plaine

Veufve de sa moisson, s'en iroient receler ;

Que s'ils estoint chassez de la vigne rameuse,

Pour dernier rendez-vous, et phare bien-heurt ux, Sa teste il perruqUa d'une forest ombreuse, • Luy crépelant son front d'un taillis buissonneux.

Voila comme Juppin, qui d'eux avoit grand' cure , Cette terre enrichit pour leur tuition.

Où au long cours des ans ils prindrent nourriture Sans estre tenaillez d'aulcune affliction.

Si tost que le Soleil son ardente charette Viste faisoit rouler'dans le gouffre marin.

Et que la sombre Nuict à la face brunette Des astres radieux éparpilloit le crin, Ensemble ils se trouvoint, et, picquez d^alegresso, Sauteloint, bondissoint, au plus hault, à qui mieux ; Puis, d'un commun accord paissoint en grand' lyesse Des biens qu'aime Paies produisoit en ces lieux; Ce faict, et mesmes lors que l'étoile argentine Parsemoit de ses raiz les champestres confins, Tondoint, pignoint, crépoint d'une façon divine, Le coton jaunissant sur leurs doigts ebenins : Doigts repeter je puis effaçants ceux d'Aurore, Soit quand son plus beau teinct d'un fleurage divers D'esmail récréatif peinct, bigarre et colore Les sommets montaigneux de ce grand univers ; Puis, sur terre si fort trepilloint à gambades Qu'au redisant Echo des antres caverneux.

Pan le Dieu des bergers, les Faunes et Drjades, Alairtement couroint pour danser avec eux :

Mesme le pastoureau, poursuivre leurs enseignes. Le sommeil paresseux vuidoit de son cerveau, Et agneaux, et moutons, et brebis porte-laines, Faisoit bondir au bruict de son doux chalumeau. Si tost que le Soleil de son humide couche Se levoit pour donner au monde sa lueur.

Chacun se retiroit sans attendre reprouche.

Pour avoir attenté de son prochain l'honneur ; Des lièvres quelques-uns, sous le chardon sauvage Formez, paisibles, coys, la journée passoint ; Les aultres, chatouillez de l'amoureuse rage. Dans quelque beau pourpris leur moitié ^caressoia t.

Cette vie suivons, mon support de Lyesse ; Tandis que nous vivons dessous ce firmament, Bannissons de nos cœurs la blaffar^Je tristesse. « Nos jours d'un fil soudain s'écoulent traistrement : La roiie de nos ans, sans perdre aucun relasche , Jusque au port Stigien se vire vistement ; Les filandieres Sœurs nostre cotirte filace De leurs doigts ebenins rompent cruellement.

Jamais de reculons leur devideau ne trainent. Sans pitié, sans delaj achèvent leur complot; Ce pendant les humains incertains se démènent,

LE LIEVRE ai

De sauter dans l'esquif du sourdaut matelot. » La mort est en tous lieux, Hécate a mille forces, Pour couper nos cheveux ; un chacun peut oster La vie à son prochain, mais les humaines forces Ne peuvent nul de nous de la mort racheter.

Faut-il doncques, faut-il que nostre esprit bouillonne D'amasser, pour si peu qu'il est dans sa prison ? Nous faut-il resveiller la sanglante Bellonne Pour du tout ravager Testrangere moisson ?

La soif de s'agrandir n'est jamais estanchée, L'affection d'avoir ne se peut arrester; v

Plus à boire l'on a, plus est l'eau recherchée, Et d'elle l'on ne peut aulcunement gouster.

Non, si Dieu nous versoit des pierres pretieuses Âultant que l'Océan enfieri d'Aquilon, Ores jusques aux cieux, or dans les fosses creuses Du manoir infernal, eslance de sablon, Pour tant ne cesserions plus en plus de nous plaindre, Criaillant : « Hé ! Seigneur, ayes pitié des tiens I Ou il ne pleut assez pour la chaleur estaindre, Ou nous avons trop d'eau pour engranger les biens. »

Nos petits animaux, n^ensuivants telle trace, D'un instinct naturel les vertus embrassoint, L'avarice avec eux n'avoit aulcune place, £t| sobres, seulement d'herbes se nourrissoint ;

Sans juge, sans censeur, vivoînt en asseurance,

Ni mendioint ie port du souldat rigoreux.

Par tout se promenoint, n'estant en défiance

Que quelqu'un leur. ourdit quelque tour malheureux;

Leur sang ne tresautoit, ny leur vene altérée

Ba-butoit d*avoir*faict au prochain quelque tort,

Ny d'eux la froide peur ne s'estoit emparée,

En bref ils ne doubtoint qu'on pourchassât leur mort.

De faict, un jouvenceau, parmi la riche plaine Du pays Myllien çà et là tracassant, Vit des deux animaux une femelle pleine Formée au hault sommet d'un costeau verdissant : A coup il fust saisy d'une joye admirable.

Que presque il en passa ie maraiz Stigieux, j

Se taisant comme cil que le loup effroyable Le premier a choisy de son regard affreux ; Mais, quand en son estât il eust remis son ame. Ramassant ses esprits émeus éperdument.

Envers elle allumé d'une amoureuse flame, La prit et à Lero l'emporta gayement.

Arrivé qu'il y fust, le monde l'environne Et de son prisonnier admire la beauté, Comme auprès de la mer un chacun se talonne Lors qu'il arrive au port un navire agité.

Non, quand ma voix seroit du tout aimantinée,

LE LIEVRE ti

£t qu'en langues tournez mes membres je verroj, Posé que fust aussj ma poitrine arainée , Comme on le bienveigna dire je ne sçauroy :

Suffit que tellement cette isle fust peuplée De lièvres, qu'en la fin ceux qui les cherissoint, De rage poinçonnez de peur entremeslée, Leur mort obstinément en tous lieux pourchassoint : Au peuple ils remonstroint, pour ourdir leur ruine, Qu'ils pourroint tant couper leur désiré fourment, Qu*ci^ bref se logeroit la gloutonne famine Chez eux, ou il falloit pourvoir diligemment. Chacun y consentît. L'on arreste la guerre Contre eux, et les tabours l'on faict bruire aussy fort Qu'aux plus aspres chaleurs le groumelant tonnerre Craque, gronde et mugît au sortir de son fort : L'un saisit courageux la picque belliqueuse , Un autre prend en main le baston noûallieux, L'aultre sur le cheval la hache dangereuse Brandit, les menaçant de les partir en deux.

Tout à coup des haults bruits et huées hurlantes S'esleyent, et le son du deron belliqueux Frappe du ciel ouvert les estoilles brillantes , Pour les acheminer au combat outrageux.

Les vignes au passer leur fureur esprouverent^ Car ceux qui n'avoint pas d'armes dans leur maison

Ses plus forts eschalas pesie mesle arrachèrent :

Un peuple forcené se conduit sans raison.

Mais les horribles cris de leurs voix frémissantes  nos lièvres craintifz tramèrent un bon heur. Car, d'e£froy se levants à courses haletantes , Des hailiers espineux gaignerent l'espesseur : Voila comme manqua leur emprise ^oubteuse.

Voila Comme finit leur complot factieux ; Aultant il en advint de leur suitte routeuse; Ces animaux couroint plus dispostement qu'eux.

Tout ainsi que l'on voit quand des scadrons de nues. Gros d'Un subit esclair et tonnerre iEtnean, Se veulent attaquer, qu'il semble à leurs venues Que le ciel doibve choir pour nous mettre à nean ; Soudain l'Eure cruel de l'estage s^empare.

Contre l'Autan moiteux soufflant si roidement Tel amas furieux qu'yen bref tout se sépare, Le ciel se rassereine en un petit moment :

De mesme disparust leur bouillonnante rage ; Quoy qu'ils eussent juré, devant que retourner, Que d'eux tous ils feroint un terrible carnage. Une fuite leur fist la retraite sonner. .

Mais l'on m'objectera que les Baleariques Ont esté des connils si malement traictez.

Que contraincte leur fust, pour estre pacifiques.

LE LIEVRE sS

D'implorer le secours des Romains indomptez ; Que nos lièvres pourtant le cœur trop craintif eurent De n'avoir soustenu le choc des ennemys.

Mais Dieu ! qu'eussoint-ils faict? à coup surpris ils furent De ceux là qu'ils croyoint estre leurs vrais amys ; D'avantage je dy qu'ingrats ne se monstrerent : Car, posé qu'un tel faict les rendit fort* marris, Toutesfois encontre eux aulcun mal n'attentèrent, D'aultant qu'ils les avoynt eslevez et nourris.

Fortune, ores je peux te nommer inconstante, Cur ceux qui sont par toy dejettés aux malheurs , Tu ne les fais tousjours céder à 1^ tourmente. Tu les levés enfin aux célèbres honneurs ; Ceux aussi qui par toy sont heurez en ce monde Ne sont tousjours nourris en leur prospérité, . Quelques fois dessus eux ta rigueur se débonde^ Et portent le fardeau de ton austérité.

César, ayant ja. faict frissonner l'Alemaigne, Et beaucoup avilé des Gaulois la fureur , ^

Et rangé sous son joug et l'Afrique et l'Espaigne, Et des iEgyptiens faict haleter le cœur, ^

Après qu'il eùst brisé les plus fortes murailles Par combats animés et assaults debatus, Et qu'il eust terrassé en sanglantes batailles Mille et mille souldats par guerrières vertus.

Tu as tant exploité que la cruelle Parque, N'ayant permis qu'il eust filé ses jours entiers, Chargea de ses lauriers la Charontide barque. Navré de vingt-trois cous par ses traistres meurtriers. Or que par Ciceron Rome fust detrapée De civils encombriers, de ses conspirateurs Dévoilant les complots, eust la teste coppée Par un bourreau sanglant devant ses serviteurs ; Pour tel acte meschant ses tresses Pythiennes Apollon obscurcit d'un noir habillement, Et le troupeau nymphal des grâces Latiennes Ftt de profonds sanglots mugler le firmament ; La faconde Pithon, qui sa langue affilée Ârrousoit tous les jours d'un miel Hymetien, Tel amy se perdant, au ciel s'en est volée.

Pour ne descendre plus en ce val terrien.

Ho.stilie aultrement tu as moulé prospère , Sans luy faire gouster ton aveugle poison.

Ores qu'il eust gardé les brebis de son père, Et qu'il fust descendu d'une vile maison : Après avoir attaint l'état d'âge virile , L'empire des Rommains si brave il gouverna Qu^au double il enrichit, et, de foible et débile Qu'il estoit, martial en bref le façonna ; D'excellents ornements sa vieillesse parée

Parvint jusqu'au coupeau de toute majesté,

De luy jamais ne fust ta faveur retirée,

Mais il vesqtKt tousjours en très-grande heureté.

Voy donc. Fortune, voy, comme faulse et'maligne,

Sans ordre et sans raison tu conduis les humains,

Tantost aux plus grands Roys brassant quelque ruine,

Tantost aux plus petits prodiguant de grands biens.

Quand le blond Apollon de sa maison rosine >

Sur nous a décoché ses beaux traits radieux,

La Lune puis après de sa tresse argentine

Nostre face pallit emmantelant nos yeux:

Tantost le boys joyeux la rose prilitaniere

Rougit au souffle dous du Zephir' gratieux ;

A coup TÂustrë mal-sain Tespine buissonniere

Prive de son honneur par son vent furieux ;

La mer souventes fois en temps calme rayonne.

Bridant estroictement ses flots impétueux.

En après Aquilon hault et bas la retourne,

La bâtant enragé d'un orage gresleux :

Ainsi toy piperesse, et volage, et cruelle.

Tu endors les humains sous ta variété ,

Pourtant en tous escris hardiment l'on t'apelle

Constante seulement en ta légèreté.

Par toy pour quelque temps nos animaux fleurirent

A Lero, mais leur fleur ne dura longuement :

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Comme un nuau léger soudain s'evaDOttirent, Du giste de ce lieu dechasséz rudement.

Or que leurs ennemis ne les peussent atteindre Pour les faire noyer dans le gouffre marin, Ce toutes fois ne peut leur maltalent esteindre, Ains plus obstinément ils ourdissoint leur fin : Ib cherchèrent Lelap (qui par divine adresse, Si foj nous adjoustonsauz anciens discours.

Toutes bestes vaincquoit en force et en vistesse). Et ce pour leurs servir d*un propice secours. Déjà de l'Oce^n ses tresses flamboyantes Le Soleil donne-jour frai-naissant retiroit, Et par ^s clairs chevaux les estoilles drillantes Dedans les cieux courbez au plustost reserroit, Que ces Leroniens leur ville abandonnèrent, Âffin d'exterminer ces petits animaux ; Mais mieux que l'autre fois leur dessein achevèrent. Ne faisant de leurs cris gémir les monts et vaux : L'un grimpe sur le hault des scabreuses montaignes, L'aultre au devant du boys tend les rets captieux ; L'aultre, se promenant par les rases campaignes. Les va faire bouger de leur fort buissonneux ; L'aultre, pour obtenir la forcée conqueste, Conduit les chiens courants, et, les faisant heuscher Par leurs noms, comme Arpaut, Orange, Rousselette,

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Canarty Jason, Panfac, les anime à chasser:

Les uns, pour empescher leurs malices diverses, Des relais vigoreux en divers lieux mettoint ; Les aultres, pour couper leurs subites traverses, D'un cheval espaignol la campaigne batoint.

Leur Roy par devant tous menoit Lelap en lesse, Pour premier affronter le chef des ennemjs, Les aultres conduisoint d'une prompte allégresse Les bons lévriers que Pan offrit à Ârtemis.

Ainsi tous assemblez parmy les champs questerent, A travers les sillons rouant Tesclair des yeux, Où nostre lièvre enfin dans sa forme trouvèrent Qui n'attendoit, helas 1 un choc si périlleux. J'enten déjà ce Roy d'une vois menaçante Haultement escrier : « Oaro I je le voy. »

Le ciel en retentit, sa vois est si tonnante Qu'il se levé et s'en part d^un merveilleux effroy ; Lelap le suit de prés, déjà déjà le pince, Et au troizieme sault il le cuide emporter ; Mais croyez que, depuis qu'il sentit telle épince. Que Lelap tant soit peu ne le peut empiéter : D'ont ces Leroniens grincent leurs dens de rage. Ils crespent leurs sourcils, leur sang à grand' foison Boult, s'esleve et se bat, et leur cruel visage S'ampoule de fureur, ils perdent la raison :

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De cholere poussez, pesle mesle abandonnent.

Bons et mauvais lévriers et le grand ost des chiens, Et leurs clerons haultains si vivement entonnent Qu'ouir Ton ne pouvoit les fouldres Joviens.

Aspre fut le combat, furieux et terrible ; L'un alonge ses nerfz pour éviter la mort, Les aultres, le suyvant dHine force invincible. Pour l'outrer jusqu'^à mort usent de tout effort : Ores il est attainct, ores il les devance. Ores de toutes parts l'environnent les chiens. Tout à coup, s'efforçant d'animeuse puissance. D'entreprendre sur luy leur oste les moyens : Je voy déjà Lelap reprendre sa carrière Pour luy faire soudain voir Tinfernal manoir ; Mais il travaille en vain : il se jette en arrière, Ou d'un plys de son corps luy robe son espoir. . Les aultres je revoy qui par les flancs l'aâProntent £t petit à petit affaiblissent son cœur, Encor' sont ils deceuz, et pas ne le surmontent, D'un petit tournoyement il abbat leur fureur.

Tout ainsi que l'houbreau, quand sur nous il volette, Dardille sur les chiens incessament ses yeux. Les suit et les resuit pour gripher l'alouette. Si nous la contraignons de s'eslever aux cieux : Ce pendant il survient un amas de corneilles

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Qui, rompant son espoir, l'assaillent rudement;

Il gaigne le dessus, et d'un traict de ses aisles

La porte«il va frapper de l'astre firmament ;

Tout à coup, il descend > au combat il retourne,

Et ce noir escadron sépare agilement :

Ores il est dessous, or' au millieu s'enfourne ,

Il bat, il est batu quelquesfois asprement ;

En fin, estant pressé d'une jazarde suitte,

Las d'avoir longuement soustenu leur effort,

Les laissant rialler, d'une légère fuitte

Se retire, et s'en va percher dedans son fort.

Presque nostre animal pratique le semblable :

Tantost de tous les chiens emmuré se trouvoit.

Puis se desroboit d'eux d'une ruze admirable.

Mais, las ! pour se sauver aulcun fort il n'avoit :

Les boys estoint tendus d'un frauduleux cordage,

Les halliers espineux fremissoint de veneurs,

On l'aguignoit par tout pour en faire un carnage ;

Bref, tous les champs estoint couverts de ses haineurs. ^

Adonc que le soleil sa plus chaude lumière Jectoit ardentement sur les monts et les vaux, Et, pendants dessus nous, de leur viste carrière La moitié finissoint ses ensouffrez chevaux , Ce pauvret animal, hâve, las et débile, S'estendit de son long sur un verdoiant preau,

LE LIEVRB

Et, jaçoit que Lelap fust fort roide et agile,

Le pensant emporter, cheut sur le bord d'un' eaa ;

Les aultres, ja mi-morts de courir à oultrance ,

Sur la terre tapis, pantoisoint, hftletoint;

De leur langue couloit une telle abondante

De liqueur que les champs abreuvez en estoint. ^

Lors les Leroniens à brides ayallées

Piquèrent au plus fort pour la mort luj donner,

Le ciel en resonna, les profondes valées

En muglerent, par |out l'on n'ojoit Dieu tonner.

Ce que Juppin voyant de sa haulte eschaugnette, Fust espris en son cœur d'une extrême pitié, Qu'alors il pratiqua sur cette pauvre beste, Luj respandant un traict de subite amitié :

D'aultant qu'il leur ravit, et dans l'Arche aetherée Au ciel la coUoqua prés des pieds d'Orion, Où Lelap le poursuit d'une rage altérée.

Mais en vain reQssit son obstination.

En cela faut noter comme la souvenance, La bonté, la seurté, voisinent le Seigneur, Et quand l'esprit'fordos est de toute espérance. Qu'alors il l'affranchit d'encombrier et malheur : Si nous sommes fâschez, soudain il nous console ; Si l'on nous veut grever, il nous vient secourir ; Il est ferme en ses dicts, constant en sa paroUe,

Pas un de nos cheveux il ne lairra périr ; Oultre j'adjouteray, quand son peuple dévoyé De ses commandements, et nonchale sa loy, Que des bruits esclatantâ et fraieurs luy envoyé, Pour le faire jallir hors de son désarroy :

Il luy baillé sa main, le convie et l'appelle, De retourner à luy par maincte affliction, Par songes quelquefois et signes luy décelé Les points plus signalez de son intention.

D'ont maintiennent aulcuns que ce Père céleste Cloua dedans le ciel nostre pauvre animal, Pour monstrer à l'humain que plus il ne souhaite Ce quTluy peut porter du prouffit et du mal ; Pour le cognoistre nfyeux l'orna de douze estoilles. Huit diesquelles au ciel brillent apparemment, Mais ceux qui ont esgard aux plus claires et belles Anoblissent son corps de six tant seulement : Deux à ses premiers pieds et deux à ses oreilles Luisent d'une quatrième et cinquième grandeur, La cinquième en son corps jecte ses estincelles. Et la siziéme rend sous son ventre lueur ; Ses oreilles l'on voit au degré dix-septiéme Du Cancre flamboyant ; il dérobe de nous Ses premiers pieds, alors que dans son toict septième ^ Le Taureau souflle«feu repose ses genous ;

Il panche vers midy quand leur degré treizième Visitent les Jumeaux, mais Testoille qui luit Sous son ventre apparoit au degré dix-huictiéme Du Cancre, et lors de nous se recule et s'enfuit. Quand le Taureau saisit sa maison quatorzième. Et passe oultre le trac ardant et lumineux.

Du pôle mi-journal, au degré dix-neufîéme Ayant pris leurs logis les vaillants fils des œufs. Muse, abbaisse ton vol, ainsi que l'alouette Qui, pour sécher son corps, en l'air, au poinct du jour, S'esleve à petits bonds, puys^ serrant son aislette. Tombant, souple revient faire icy son séjour. L'orgueil causé du mal, la race Titannine Par trois foys s'efforça détrôner Juppiter; Par trois foys elle fust par la force divine Poussée jusqu'au fond du ténébreux enfer; Le fol Dedalien s'enfuyant hors de Crette, D'aùltant qu'il esleva son vol trop hault, l'ardeur Du Soleil consuma sa cireuse plumette^ Qui luy fit de la mer esprouver la rigueur ; L'estourdi Phaéton, ayant voulu conduire De son père Titan le char jette-lueur.

Voyant le Scorpion enfiellé d'ardante ire, La bride à ses chevaux lascha de grand' frayeur, Qui^ libres se sentants^ s'enfuyrent à grand' erre

La part où les portoit leur cours impétueux Et eussent tout bruslé^i Tesclatant tonnerre N'eust ^ersé dans le Pau tel chartier malheureux.

Quite donc, ma Clion, cette voulte aetherée, Et d'un agile vol descens avecque moj Sur le champ de Milly : là, de jour et vesprée, Nous pourrons endormir le soucieux esmoy.

Non, tu chanterois bien comment jadis fischerent Venus et Cupidon les Poissons dans les cieux, Sous l'image desquels la rage ils évitèrent • Du serpent-pied Typhon, grand ennemy des Dieux : Il te vaut mieux jetter dans la claire ondelette Du gazouillant Therain le plombeux esprevier; Tu en pourras tirer la truite grasselette, Quand elle nagera sur le menu gravier.

Tu sçajs que Juppiter en-astra l'Écrevice Pour avoir alenti d'une Nymphe le cours, Loyer bien mérité de son dévot service ; Mais tire la plustost de ses retors détours : Laiss' là semblablement nostre lièvre céleste Au lambris setheré faire cent mille tours, Et, ensemble couchez sur la tendre herbelette. Du troisiesme animal faisons quelque discours.

L'on sçait qu'en peu de temps il peupla cette terre De roussastres levraux, tant fécond il estoit,

36 LE LIEYRE

Qu'on tient pour asseuré, et en cela Ton n'erre, Que ce petit bestail de ntojs en moyi portoit : Non que j'approuve en rien cette erreur ancienne, Que le masle engendroit : ce n'est pas arresté Des veneurs, ains trop bien, que la femelle plaine Surfaonne, d'^où vient telle fécondité :

Aussi, pour concevoir, fust en pouldre ou bruvage. De leur portière on fait à la femme gouster ; Leur fiante au contraire apporte grand dommage A sa conception, quand elle en veut porter.

Oultre ce, le vilain alléché d'avarice Ne çhecchoit le coupis du levraut soucieux. Pour frauder son seigneur de l'honneste exercice Dé la chasse, et tracer son travail ennuyeux ; Et le seigneur aussi n'avoit Tévante-plaine Chien couchant, pour fournir sa maison de gibier. Diligent pourvoyeur, questeur de grande peine, Songedx en ses desseins, fidèle cuisinier, Véritable en son nez, tire-fort, guigne-motte. Constant en son arrest, plaisant en sa façon, Bien batu, bien frotté, puny de telle sorte Qu'il reçoit mille coups s'il fault à sa leçon; < Mais trois lévriers au plus d'une gentille grâce Menoit accomp^ignez de six bons espaigneuz.

Pour donner le plaisir de la joyeuse chasse

A ceux, qui de l'avoir en estoint désireux.

Le souldat débordé revenu de la guerre, S'estudiant plustost à pratiquer des maux Qu'à vouloir cultiver l'usure de la terre, Traistre, n'arquebusoit ces petits animaux.

Clothon et Lachesis le roûet de leur vie , Tournoyoint en ce temps d'une pesante main, Ny la noire Atropos bientost n'avoit envie De trancher le filet de leur mestier humain ; Bref, le vilain glouton et l'avare noblesse De canons et lacets lors ne les travailloint : Voila pourquoy les champs, mon phare de Lyesse, De ce plaisant bestail en maints lieux fourmilloint. En fin, comme l'on void que la mort inhumaine Nous tire tous à soy d'un semblable lien.

Tant que du sourd Charon la navire à grand'peine Nous peut faire aborder au port Elysien, Qu'aux grands et aux petits des enfers la Déesse, Par ses obscures mains faict sentir ses efforts, Nostre lièvre^ acab^é d'une longue viellesse, Dedans l'onde du Styx alla baigner son corps : Il reste maintenant, niais qu'il ne vous ennuyé De toucher quelque poinct de sa propriété, Jaçoit que d'en traicter je n'eusse pas d'envye. Que plus fort il ne soit cy après tourmenté.

Il prévoit tous les tours par instinct de nature. Quand le temps doibt changer, et quel vent doit soufiBer; Surtout il craind le Nord, quand époinct la froidure, D'ont dans les forts buissons il s'en va receler ; Il dort les jeux ouverts, ou soit quand . le Zephire L'incite à sé^ster sur un mont verdissant , Ou quand le Syrien de chaleur nous mar'tire, R'embusquer il s'en va dans le bled jaunissant : Ildoubte, et craind tousjours qu'on le vienne siÉprendre, Tous] ours il faict le guet, afiEn qu'il ne soit pris ;

Il a tant seulement les pieds pour se deffendre, D'ont provient que son cœur de tristesse est épris ; Ce qu'en soj remarquant, dessous la chicorée

Se forme, à celle fin qu'il devienne joyeux : Pourtant les anciens ont icelle tiltrée Le palais et chastèau du lièvre soucieux.

Ce nonobstant Caton hardiment nous asseure ^ Que sa chair nous provoque à songer et resver, A raison que peureux il pourpense à tout' heure Comment il se pourra de malheur préserver.

Mais quoy ? de son salut seuUement il n'a cure, Ains l'homme il garantit de plusieurs accidents : Oignez moy vostre corps de sa blanche présure. Vous vaiiicrez le venin des scorpions ardents; Appliquez de son sang sur la rongne crasseuse,

Tant est désicatif, bi«n tost la guérira ; Vos jeux sont-ils chargez d'une taye ombrageuse, Du sucre avec son fiel du tout les nettoyra.

Si le flus intestin contre vous se dépite.

Rôtissez de sa chair, elle vous aidera ; Si ton foye bouillant par mal se débilite , Deséftie moy le sien, il le r'enforcera; Si la teste tu as horriblement esmeute Par quelque grand' douleur, il te faut promptement Sa cendre incorporer avec buyle de meurte, Soudain ell' t'affranchit du rigoureux tourment; Si vous cuysez en miel sa fumée récente.

Pour souder les boyaux elle prouffitera ; / Mesmes si nettement la bruslure cuisante Eir rase que Pendroict marquer l'on n'en pourra ; Ses rognons pris en vin font sortir la gravelle, Son caillé vinaigré le sang estanchera ; Que si vous le meslez, ou bien de sa cervelle. Dans gresse d'oye, en bref uriner vous fera; Pour les gouttes guérir des mains et des joinctures, Sur elles mets son pied, il les adoucira; Vos pieds sont ils foulez de quelques meurtrissures, Son poulmon dehaché leur mal allégera ; Salez et le prenez en vin blanc par l'espace De trente jours, d'encens y miélant un tiers : • (^

Craindre il ne vous faut pas que le hault mal vpus fasse

Pour cette fois sentir ses aiguillons entiers.

Et qaoy ! non seulement à l'homme jl est propice ,

Mais il sert à la femme. En premier son poulmon.

Séché, pulvérisé, pour guerjr la matrice,

iS'il est pris en bruva^e, est proufBtable et bon.

Son foye, pris en l'eau qui de terre est meslée

De l'isle de Samos, restreint les fluxions ;

De leur arriere-faiz si la femme mouillée

N'a esté, son caillé matte les passions;

Mesmes si l'appliquez sur l'aine en cataplasme,

Avec jus de poireaux et safran odoreux.

L'enfant, qui dans le corps de sa mère a son ame

Rendue, il contraindra d'yssir hors de son creux.

L'on croit que pour tenir les tetins d'une fille

Cours et rons, qu'il en faut aussi frotter son sein ;

Bref il n'a rien sur luj qui ne sok fort utile

Pdur soulager Thumain, quand son corps est mal sain.

Mais, avant que les vers de mon discours je fine.

Je diray librement que cil qui mangera

l^e sa chair nonobstant la sentence de Pline

Par sept jours ensuivants gayement il vivra.

Sus doncques, mon support et phare de Ljesse ,

Poursuivons les levraux de sept JQurs en sept jours,

En dépit des railleurs, en tout temps et ljesse.

Le filet ourdirons de nos f restes séjours :

Les soings et les travaux par trop nostre mort hastent,

L'esbat et le soûlas allentissent nos pas ;

Les grands seigneurs en vain contre elle se debateat,

Le content sans regret s'achemine au trespas.

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