SCÈNE PREMIÈRE
PASCALINE, LÉLIA, puis QUINOLETTE.
PASCALINE, enlr' ouvrant la porte de droite.
Terzetto (n° l).
En prison!
Comme une criminelle !
La peine est trop cruelle!
En prison!...
LÉLIA, entrouvrant la porte de gauche.
En prison!
Adieu nos jeux, nos fêtes, Nos robes toutes prêtes...
En prison!...
(Elles s'avancent sur la scène.)
ENSEMBLE
Pleurons, ma sœur : ah! la tristesse Va remplacer nos gais refrains...
Mais aussi que notre tendresse Allège nos chagrins.
quinolette, entrant par le fond.
Des pleurs et des sanglots! Séchez votre
[paupière,
Laissez pour d'autres jours ce visage attristé. J'étais, dans mon boudoir, comme vous, [prisonnière;
Mais j'ai, brisant mes fers, conquis ma liberté !
Formons une triple alliance, Dieu sourit à la vérité; Et, pour protéger l'innocence, Recouvrons notre liberté!
(Toutes trois se tenant la main.)
ENSEMBLE
Formons une triple alliance, etc.
Pascaline. — Nous condamner tout un jour aux arrêts !
Lélia. — Comme un sous-officier qui a manqué l'appel !
Quinolette. — Comme un garde national réfïactaire !
Toutes trois. — C'est affreux !
Pascaline. — Quand le temps est si beau!
Lélia. — Quand les espaliers sont couverts de pêches si belles!
Quinolette. — Il est quelque chose de plus grave, et que vous seniblez oublier, mesdemoiselles... notre répétition générale !
Pascaline. — C'est vrai... c'était pour aujourd'hui.
Lélia. — Que faire ?
Quinolette. — Elle aura lieu.
Pascaline et Lélia. — Mais comment ?
Quinolette. — Comment!... Pendant que vous vous amollissiez dans les plaintes et les larmes... moi, je veillais, moi, j'organisais...
Pascaline et Lélia. — Bravo, général !
Quinolette. — J'ai fait avertir Sarah, Berthe, Mathilde, Nelly et Claire, qu'elles eussent à se trouver ici à une heure»
sachant leurs rôles; j'ai invité le ban et l'arrière-ban de nos amies et voisines à assister à notre répétition...
Pascaline. — Mais... et nos arrêts?
Quinolette. — Je les lève.
Lélia. — Et notre tante?
Quinolette. — J'ai prévu l'objection...
Chaque mardi, à midi, Mme la comtesse de Malvoisine, notre tante, monte dans sa voiture et va visiter tous les pauvres de la commune. De cette pieuse course, ellene revient jamaisavanteinq heures...
Or, c'est aujourd'hui mardi (regardant sa montre), il est midi moins vingt minutes; dans vingt minutes, nous serons les seules maîtresses au château.
Pascaline. — Mais si un hasard ramenait notre tante avant l'heure ordinaire?
Quinolette. — J'ai prévu l'objection...
Je bénirais ce hasard... Et s'il se présente, je trouverai le moyen de prolonger notre représentation, afin que ma tante ait un petit bout de rôle au dénoùment.
Lélia. — Je ne comprends plus...
Quinolette. — Ne cherchez pas à comprendre... Suivez sans commentaire toutes mes instructions... Je suis votre régisseur, votre imprésario, voire metteur en scène, voire même votre chef de claque... A ces titres, j'exige une obéissance passive, muette, absolue...
Donc, silence dans les rangs !
Pascaline. — Cependant , si notre tante...
Quinolette. — Encore !... Mais vous oubliez donc que c'est pour une œuvre de charité que j'ai composé, monté, préparé, distribué le drame que nous allons jouer... Vous oubliez donc que la fatalité semble s'abattre sur notre protégée... Vous oubliez donc que c'est pour avoir pris généreusement sa défense que notre tante, aveuglée par les apparences, nous a renvoyées dans notre chambre.
Pascaline et Lélia. — Tu as raison, Quinolette.
Quinolette. — Levons donc hardiment l'étendard de la révolte (elle aijite son mouchoir) et, comme au temps de Pierre l'Ermite, crions : « Dieu le veut! Dieu le veut ! »
Pascaline et Lélia, agitant leurs mouchoirs. — Dieu le veut ! Dieu le veut ! (On entend la voix de la comtesse.)
Lélia. — Mais, chut, j'entends ma tante.
Quinolette, écoutant. — Oui... elle v dans sa chambre à coucher... elle se di rige ici... Dissimulons encore.
(Quinolette et Pascaline entrent à droite, Lélia à gauche.)
ensemble, à mi-coix.
En prison !
Adieu nos juux, nos fûtes, Nos robes toutes prêtes,
En prison!