SCÈNE IL
LA COMTESSE DE MALV01S1NE, puis JEANNIE.
La comtesse, à la cantonade. — Pierre, attelez les chevaux, et, quand la voiture sera prête, venez me prévenir... En attendant, priez Jeannie de se rendre près de moi... (Elle entre en scène, termine sa toilette et s'assied.) A qui se fier désormais?... Qui aurait pu croire que cette jeune fille, à l'air si doux, si candide, était capable d'une telle dissimulation !... Je l'ai retirée de la misère, je lui ai fait une existence heureuse, et c'est par une action honteuse qu'elle me témoigne sa reconnaissance; et mes nièces, qui prennent ouvertement sa défense, qui cherchent à la disculper... Hélas ! elles sont jeunes, elles n'ont pas l'expérience...
Quand leurs cheveux auront blanchi, elles n'aurontplus ces illusions, si bonnes au cœur... J'ai peut-être été un peu sévère en les punissant d'un sentiment...
louable, après tout... (Jeannie entre.) Ah ! vous voici, Jeannie, j'ai encore un mot à vous dire.
Jeannie. — Je vous écoute, madame.
La comtesse. — Voyons, mon enfant, revenez à de meilleurs sentiments, avouez franchement votre faute... Le pardon peut être la récompense de votre aveu... Un moment d'oubli, une idée folle, un caprice, une coquetterie de jeune fille... N'est-ce pas?
Jeannie. — Je ne vous comprends pas, madame.
La comtesse. — Si le repentis sincère permet l'indulgence et l'oubli, l'effronterie réclame un châtiment...
Jeanne — .le n'ai ni pardon ;ï solliciter, ni châtiment îi pedouter.
La comtesse. — Ali ! c'est pur trop d'audace !... Ignorez-vous donc que je peux vous faire arrêter comme voleuse?...
Jeanme. — Voleuse ! moi ! Voleuse !
ah ! madame !...
La comtesse. — Vos airs d'innocence, votre maintien hypocrite ne m'en imposent plus aujourd'hui... et puisque, méconnaissant les lois de la probité, oubliant les éléments de la gratitude la plus vulgaire, sourde enfin aux dernières excitations d'une voix affectueuse, vous persistez dans vos impudentes dénégations, eb bien, ce n'est plus une amie qui vous parle, c'est une maîtresse qui ordonne et qui vous somme de lui répondre.
Jeannie. — Je suis aux ordres de madame.
La comtesse. — D'où vous vient cette somme de deux mille francs en or et en argent que j'ai trouvée dans votre chambre ?
Jeannie. — Neuf cents francs sont le produit de mes économies...
La comtesse. — Et le reste ?
Jeannie. — Le reste...
La comtesse. — Parlez.
Jeannie. — Je no sais. . je ne puis répondre.
La comtesse — Ah ! vous ne pouvez répondre., je vais le faire pour vous. 11 y a quelques jours, un bracelet a disparu de mon armoire à glace... Ce bracelet a été pris, puis vendu par vous, et son prix est venu se joindre à ce que je veux bien croire être vos économies.
Jeannie, pleurant. — Vous pouvez penser cela... madame !...
La comtesse. — Je le pense si bien, qui; je vous chasse de chez moi. Demain, vous retournerez à Ploërmel, d'où ma pitié n'eût jamais dû vous arracher... Je ne veux pas que mon toit abrite désormais une voleuse.
Jeannie.
Romance (nu 2 i-
Pauvre orpheline, en ma plus tendre en-
[ tance,
A vos foyers vous m'avez fait asseoir; Votre bonté soulagea ma souffrance.
Mon àme on fi ri put renaître à l'espoir. Vous vénérer, vous chérir et vous plaire, Toujours pour moi fut mon désir constant... Hélas! pourquoi n'èles-vous pas nia mère, Vous sauriez lire an cœur de votre enfant!
Dans votre esprit il n'est pas place an doute Vous me chassez... Je partirai demain : Et l'exilée, aux passants, sur la route. Comme autrefois, ira tendre la main.
Mes pleurs en vain vous disent ma misère, Vous êtes sourde aux cris de l'innocent... Hélas! pourquoi n'ètes-vous pas ma mère. Vous sauriez lire au cœur de votre enfant!
La comtesse. — Je voudrais croire à votre innocence... mais ces preuves, accablantes... mais ce silence calculé... tout vous accuse... Une dernière fois, avouez (elle lui prend les mains) et je vous pardonne, et je vous rouvre mon cœur...
Jeannie, santjlolnnt . — Mais, madame, je ne suis pas coupable.
La comtesse. — Vous partirez demain !
Un domestique, annonçant. — La voiture de madame la comtesse.
(La comtesse sort.)