CHAPITRE
FIÈVRE DE MALTE
Avant mes premières analyses (février 1910) (1), le liquide céphalorachidien dans la fièvre de Malte n’avait pas fait l’objet de recherches chimiques.
Bien que les complications méningées proprement dites soient rares dans cette affection, l’étude de ce liquide de ponction lombaire est digne de remarque. La composition qu’on lui trouve schématise la formule générale de toutes les toxi-infeclions et fait jusqu’à un certain point le diagnostic différentiel, délicat quelquefois, entre cette affection et la fièvre typhoïde.
Je réunis ci-après huit observations, dont six personnelles :
OBSERVATION n<> 119. — Fièvre de Malte. Sans phénomènes nerveux.
L. Amou... rentre au commencement de janvier 1910 dans le service du P' Rauzier. Salle Fouquet, n® 34.
Le début de l’affection remonte au 15 décembre 1909.
Pendant trois semaines, la température a oscillé au.x alentours de 30* sans autres symptômes que de la céphalée et de la constipation.
(1) Mkstrezat, in Lagriffoul, Roger et Mestrezat. Le liquide céphalorachidien dans la fièvre de Malte. Soc. biologie, 18 février 1910.
Mestrezat. Le liquide céphalo-rachidien dans la fièvre de Malte et la fièvre typhoïde. Prov. médicale, 2 avril 1910.
FIÈVRE DE MALTE
Survient ensuite une période d’npyrexie bientôt suivie d'une nouvelle poussée fébrile avec température de et 39», et toujours un peu de
céphalée et de constipation.
Lbie ponction lombaire pratiquée le 25 janvier 1910, durant celte dernière poussée, montre un liquide clair dont l'analyse est reportée ci-après.
Examen du liquide du ponction:
Al. 0,16. - Ch. 7,17. - Suc. 0,72. - Ext. 10,83. - Ce. 8,60.
Pression, normale. — Aspect, limpide. — Couleur, incolore. — Examen microscopique, 1res légère lymphocytose.
OBSERVATION n® 120. —Fièvre de Malte, avec quelques phénomènes douloureux.
V. Mial..., cultivateur, 33 ans, rentre le 19 février 1910 dans le service du P-- Rauzier.
Début, il y a 11 jours, par frissons et céphalée occipitale. Insomnie, sueurs, constipation. Un peu de gène à la miction. Quelques douleurs lombaires. Fièvre.
A l’examen: Le malade est légèrement abattu, la langue est sale. Le creux épigastrique douloureux, légère céphalée, réllexes normaux. Séro de Wright très positif.
Ponction lombaire le 24 février 1910.
Liquide clair, hyper tendu, léger culot.
Ponction du 24 février 1910.
Al. 0,18. — Ch. 7,01. — Suc. 0,71.
Pression- hypertension. — Aspect, limpide. — Couleur, incolore. — Noguchi, négatif. — Examen microscopique, léger culot.
OBSERVATION n» 121. — Fièvre de Malte récente. Réflexes un peu vifs.
L. Desc..., homme de 39 ans, entre le 30 janvier 1910 dans le service du P" Rauzier. Salle Fouquet, n» 10.
Début il y a 18 jours par frissons, douleurs thoraciques. Il tousse et crache. Sudation abondante. Est constipé.
Signes de broncho-pneumonie du sommet droit avec pleurésie ancienne de la base du même côté. Pas de bacille de Koeb dans les cracbats. Un peu d'albumine dans les urines.
Les réllexes sont vifs. Pas de trépidation épilepto'ide, pas de Babinski. Ponction le 3 février 1910.
Liquide clair, sous tension normale. Très léger culot, légère lymphocytose. Le liquide n’a pas cultivé.
Ponction du 3 février 1910.
Al. 0,35. — Ch. 7,18. — Suc. 0,71. — Ext. 11,20. — Ce. 8,40.
Pression, normale. — Aspect, limpide. — Couleur, incolore. —
Examen microscopique, lymphocytose.
OBSERVATION n» 122. — Fièvre de Malte, avec douleurs
en c^einture. Pas de Kernig net.
A Mont... jeune homme de 18 ans, entre le 9 mars 1910 dans le service du B*' Rauzier, salle Fouquet, n<> 4.
Béèu/ assez brusque il y a 20 jours par douleurs lombaires et troubles digestifs. Pas de sueurs, pas de cépbalee, pas d’insomnie. Vient d’une campagne infectée.
INFECTIONS AIGUES
A l’examen : Douleur localisco h la région lonnhaire et aux flancB. Pas de taches rosées, l'oie normal. Keins normaux. Pas de douleui-s de la colonnn vertébrale ; pas de Kernig. l'ièvre. ‘^"lonnc
Le diagnostic est hésitant entre une iiyélonéphrite, une bacillose rénale ou une fièvre de Malte. Les urines ne renferment ni pus, ni sang.
La fièvre monte les jours suivants. Le 25, douleurs dans les Tihi-ic Constipation.
Le S oa/v7, douleurs lombaires en demi-ceinture. Pas de troubles delà motilité des membres inférieurs. Le malade stabilise bien. Il ne semble nas (ILi’il y ait de Kernig net. Pas de troubles de la sensibilité.
Ponction lombaire : Le liquide est clair et s’écoule en gouttes pressées • culot négligeable. x • ■ ,
Examen des urines : ni sucre, ni albumine, chlorures et urée normaux.
Ponction du 8 avril 1910.
Al. 0,35. — Ch. 7,05. — Suc. 0,64. — Exl. 9,10. — Ce. 7,50.
Pression, hypertension. — Aspect, limpide. — Couleur, incolore. — Examen microscopique, culot négligeable.
OBSERVATION n<> 123. — Fièvre de Malte avec phénomènes méningés initiaux.
C. Dieudo... homme d’une trentaine d’années, entre le 24 janvier 1910 dans le service du P" Carrieu, salle Combal, n“ 15.
Début brusque le 15 janvier dernier, par un mal à la gorge et des frissons. Après être resté couché deux jours, se lève de nouveau, mais se recouche le 21. A ce moment état nauséeux, sans vomissements ; céphalée et constipation. Soutire un peu du ventre des deux côtés : il tousse de temps en temps.
A l’examen: Homme un peu affaissé. T. 3808. P. 64. La langue est généralement sale ; la gorge rouge. Douleur abdominale à la palpation, surtout à gauche. Estomac dilaté. La rate est grosse. L’auscultation révèle en avant quelques signes de bronchite; en arrière une légère congestion pleuro-pulmonaire de la base gauche. Au cœur, le premier bruit est un peu soufflé à la pointe. Au point de vue nerveux: la pression des apophyses épineuses dorsales et lombaires est douloureuse ; le malade présente une légère raideur de la nuque et un peu de Kernig. Les pupilles dilatées se contractent à ta tumière. — Sero de Wrigth positif.
Le 25 et le 26, légère amélioration mais le malade souffre toujours au niveau de la dorsale. Les masses musculaires de la nuque sont douloureuses.
Ponction lombaire le 27 janvier. — Un liquide clair sort sous tension. Réaction lymphocytaire.
Quelques jours après, toutes les manifestations rachidiennes ci-dessus régressent rapidement. Période d’apyrexie de quelques jours ; puis rechute, sans troubles nerveux. Fin février, le malade semble complètement rétabli : il ne se ressent nullement des quelques phénomènes d’excitation méningée présentés.
Ponction du 27 janvier 1910.
Alb. 0,20. — Ch. 7,07 — Suc. 0,78. — Exl. 11,00. — Ce. 8,30.
Pression, forte. — Aspect, limpide. — Couleur, légère xanthochromie. — Examen microscopique, réaction lymphocytose.
FIÈVRE DE MALTE
OBSERVATION n° 124. — Fièvre de Malte avec association éberthienne, méningo-myélite tardive. (1)
1 B 29 ans, charretier, entre le 15 juillet 1909 dans le service du n-’n'fe'^se'vir Rauzier, salle Fouquet, n» 1. Depuis huit jours, céphalée de H nuque insomnie, anore.xie, constipation et fièvre. La langue est saburMe • quehiues oargouillements dans la fosse ilia(|ue droite et ([uelques Mchès rosées. Séro de Widal fait (pielques jours après est négatif, fonsidérée au début comme une typhoïde, l’affection dont soulire notre malade ne tarde pas à se révéler comme très particulière.
La température, qui a baissé vers le 20 août, remonte bientôt, décrivant , ne courbe de poussée^thermique qui nous porte aux premiers jours d’octobre.'Cette seconde poussée diffère de la première par l'apparition de mielques phénomènes douloureux. Douleur, de siège imprécis, au niveau de la cuisse gauche, puis arthrite chondro-sternale rétrocédant.
Période d’apyrexie du 3 au 17 octobre, durant laquelle, malgré l'ab- «ence de fièvre, surviennent des douleurs très vives de la région lombaires droite, avec irradiation le long du trajet du sciati([ue. Signe de Lasègue. Cette sciatique est de courte durée et rétrocède en 5 jours. "Veu après, 3"’' puis 4"‘“ poussée thermique (fin novembre). Le premier décembre, pour la 5"^'” fois, la température s’élève de nouveau, persistant tout le mois. Les séro de Widal et de Wright sont cette fois tous deux positifs, ce qui fait penser à une association.
C’est durant cette poussée, alors que la température oscille entre 370o et 39“8, que se montre chez notre malade des phénomènes méninyo-médiillaires des mieux caractérisés:
Le 10 décembre, il se plaint de fourmillemenls dans les membres inférieurs, surtout à droite. La motilité volontaire est intacte, la force seulement un peu diminuée. Des deux côtés les réflexes roliiliens sont vifs: Clonus bilatéral du pied plus marqué à droite. Signe de Babinski net et
bilatéral. , , t
La colonne vertébrale n’est pas douloureuse. Pas de Kernig. Les pupilles sont normales et contractiles.
Une ponction lombaire est pratiquée le 3, en pleins accidents nerveux : Le liquide est clair, et sous tension normale. Analyse chimique : Conaeslion œdémateuse : Lés:ère hyperalbuminose, baisse notable des chlorures. .
Dans le courant de janvier la fièvre tombe, mais fin février le malade est encore impotent, et se traîne péniblement sur deu.x cannes.
11 sort en juillet, amélioré.
Ponction du 13 décembre 1910.
Alb. 0,32. — Ch. 6,36. — Ext. 10,00.
Pression, normale. — Aspect, limpide. — Couleur, incolore. Examen microscopique, formule peu notable.
OBSER'VATION n“ III de Souleyre (2). — Algies continues superficielles et profondes de la nuque du dos au cours d’une fièvre de Malte de longue durée
Cas observé en ville. « Après une longue période fébrile pseudo-grippale se sont installées en permanence des algies continues superficielles et profondes de la nuque et du dos, depuis l’épaule jusqu’à l’angle inférieur de l’omoplate, et des articulations vertébrales correspondantes, territoire des branches postérieures rachidiennes cervicales et thoraciques. Pas d’autres troubles de la sensibilité ni de signes méningés. Séro Wright positif. Pas d’agglutinines ni d’éléments leucocytaires ou de melitensis dans le liquide céphalo-rachidien ».
Examen chimique du liquide de ponction :
Al. 1 gr. 40. — Ch. 6 gr. 00,
(f^^Obs. in Rauzier et Roger, Montpellier Médical, 28 janvier 1910. Bull. (2) In Souleyre. Gazelle des hôp., 25 oct. 1910.
Tableau
INFECTIONS AIGUES
câ
JS
iS
cd
ai
JS