CHAPITRE IV
ICTÈRE
Le liqu-ide céphalo-rachidien peut présenter dans l’ictère une teinte jaune plus ou moins prononcée. Ce fait, sur lequel insistaient Gilbert et Castaigne en 1900, a déjà été signalé en 1827 par Magendie, il est vrai à la table d’autopsie.
Coloration du liquide céphalo-rachidien dans l’ictère
Bien défendu par les plexus, le liquide céphalo-rachidien est de toutes les humeurs celle qui est la moins colorée dans l’ictère.
Une coloration jaune a cependant été signalée :
3 fois sur 18 par Gilbert et Castaigne (1900) ; .
1 lois sur 4 par Widal, Sicard et Ravaut (ictères catarrhaux), et S fois sur 8 par les mêmes auteurs dans des cas d'ictère intense (lithiasiques, cancéreux).
4 fois sur 4 par Milian ;
Mongour (1905) de même a vu des liquides colorés.
Enfin M iDAL et Abrami et L. Bard notent 2 xanthochromies sur 2 (1908).
Nul doute, d’ailleurs, qu’à examiner le tube suivant l’axe et avec quelques précautions, l’on eût plus souvent qu'on ne l’a lait relrouvé
ICTÈRE
des liquides, sinon li'ès colorés, loul au moins légèrcmenl xanllio-
'^''suT'quatre liquides que j'ai examinés, deux élaienl forlemenl colorés (obs. 176-178), un présenlail une coloration encore faci e a percevoir à un examen même superficiel (obs. 177), le einiei en iii pouvait sembler incolore, s’il n’avait été placé sur un fond blanc e comparé à des liquides céphalo-rachidiens normaux dont i se t is linguait fort nettement. Jene puis donc qu emcttre quelques les ne tiens sur les liquides «absolument incolores » signalés dans I ictere;
le tout est de s’entendre. . ,
Dans le but de favoriser d’ailleurs la comparaison des divers cas entre eux, d’apprécier d’une façon plus précise la coloration, on ne peut que souhaiter de voir se généraliser l’emploi de la gamme éJo,ia«s«/’ra,ideMosNvetJ.vvAL(1909)donlj’ai déjà parle (1).
Inlensilé et teintes. — V intensité des colorations est très variable, A côté des liquides fortement colorés, que l’on compare volontiers à l’urine (ils correspondent en général aux malades les plus, intoxiqués), il est des liquides seulement à peine xanthochvomiques,
et peiit-êlredes liquides absolument incolores, lorsque l’ictère est
léi^er el sans gravité.
Les teintes obtenues sont variables : jaune brun ; jaune verdâtre ; vertes quelquefois, suivant la nature -des pigments qui s y rencontrent.
Nature des pigments.
L’accord n’est pas fait sur la nature des pigments qpi colorent les liquides d’ictériques.
rirnvRT et CtLST VIGNE Caractérisent les éléments de la bile, pigments elaeis (réaction de Gmelin et aucun do
Ll"Xosére“f‘-évS" ‘de t.ay : examen spectro-
(n Les solutions de safran rappellent bien les colorations î liquide céphalo-rachidien dans 1 ictere. .f
'altérer assez vite et de ne pas présenter pour un poids de saliaii umne
llZr 'et MvIl Smtou^iT'la'dSncullé en |,rcn.mt comme étalon la solnUon i 1 pour 500 de bichromate de potasse, lafiuelte
■aide comme teinte au safran et éiiuivaut sensiblement a une soluliontic nue
scopi(ine, mesure de la tension superficielle (par A l’exislence de pig'inents dérivés.
Cluzrt)] (1) et concluent
Mongouh ne décéle rien (jui lun de ces liquides pigments biliaires.
par les méthodes avait été conlié,
ordinaires, mais DcMofts, trouve d’une façon nette des
Lnf n, a une époque plus r;q:»prochée, Widal et Ahhami (1908) ne trouvent m bde, m urolubne (reaction de Gmelin et Grimbert, examen spectro WHaîre ^ ^ pensent que la coloration est de nature
Avec Anglada, j’ai signalé la présence d’urobiline (obs.
En présence d’avis aussi différents, que penser ?
Hepienant une thèse déjà soutenue au sujet des hémorrag'ies, les recherches c[ue j ai faites me conduisent encore ici à considérer comme complexe la coloration du liquide des ictériques.
Et d’abord, remarcfuons l’insuffisance des méthodes employées pour la recherche des pigments biliaires et de l’urobiline. La réaction de (imelin ne décèle ces pigments que s’ils sont en quantité très notable. Elle ne saurait clans ce cas donner d’indications utiles avec la majorité des liquides dans l’ictère. Si bien que, vu le nombie malgie tout assez notable de reactions positives cependant signalées, vu le fait, que la technique beaucoup plus sensible que j’ai donnée (p. 46) m’a révélé des pigments dans tous les liquides essayés, quelque peu colorés qu’ils se soient trouvés (obs. 177), j’en aiiive à penser que les pigments biliaires sont extrêmement répandus dans tes tiquides d’ictériques et forment te fond de teur cotoration.
Je dis le fond, car ils ne sont pas les seuls pigments rencontrés.
J’ai signalé, en 1909, la présence de petites quantités à’urobitine (obs. 178). Je crois de même en avoir retrouvé dans l’obs. 177.
Ces faits rapprochés du très peu cte sensibitité des procédés de recherches de ce pigment, qui, visible pour notre rétine, ne peut chimiquement être caractérisé dans de telles solutions, rapprochés encore de ce que nous savons de la dégradation dans la cavité rachidienne des pigments biliaires, me fait admettre, dans les liquides à' ictériques., la présence certainement très fréquente de Vurobitine.
(Ij CLüZET a obtenu XXII gouttes de 75 dynes par centimètre, ce (lui lui de la bile.
au centimètre cube et une tension fait conclure à l’absence des éléments
ICTÈRE
Enfin, comme loule humeur conlenant de la bile, el pareillement à ce que nous avons vu se produire dans l’hémorragie mening e, e liquide céphalo-rachiilien doit aussi renfermer des pigments plus dégradés, ayant dépassé le terme urobiline, des pigmenls dérives, à
proprement parler. r i i i
De telle sorte que, loin d’attribuer, comme on a fail, la colo-
ration du liquide céphalo-rachidien à tel ou tel pigmeni, je considère nue tous ceux qu’on a signalés prennent simultanément part <à la coloration observée, la coloration du liquide des icte-
riques est un ensemble complexe.
Aucun de ceux trouvés ne peut en elïet, à y regarder de plus près, assurer seul la coloration observée, comme j’ai pu le noter.
Disons donc, que ;
Les pigments biliaires, tout en formanl le fond de la coloration du liquide eéphalo-rachidien des iclériques, ne s'ij irouvent cependant pas seuls, mais associés à Vurobiline et selon loule vraissemblance
encore à des pigmenls dénués.
Physio pathologie de la coloration du liquide céphalorachidien dans l’ictère.
Reste à expliquer un lait que Gilbert et Castaigne ont parfaitement vu en 1900 : le défaut de parallélisme qui existe entre les colorations du liquide céphalo-rachidien et du sérum ; les liquides les plus jaunes pouvant ne pas correspondre aux sérums les plus colorés, ou inversement.
Deux faits expliquent les diverses éventualités qui peuvent se
présenter : .
a) Les plexus opposent physiologiquement une barrière nnpor-
tante au passage dans la cavilé rachidienne des pigments biliaires et surtout des éléments salins de la bile. La pigmenlation du liquide céphalo-rachidien et surlout le passage des sels biliaires suppose donc une, résistance vaincue. L un des factcuis piincipaux de cette « faillite » sera, comme nous avons mainles fois eu l occasion de le constater, Vintoxication plus ou moins grande de Vépilhélium en question.
b) Le défaut de parallélisme des colorations, pour un même degré de pigmentation sanguine, s’explique par la résistance variable qu’opposent les plexus d’individus différcnls à une même cause morbide. Nous ne trouvons dans les rcmaïques judii ieuses
INTOXICATIONS
de Gilbert cl Castaigne qu’un nouvel exemple de la grande loi de la pathologie générale, qui laiL (pic les organismes se comporLenl de façon dilTérenles dcvanl une même lésion ou une même inloxicalion. De môme qu’il est des reins débiles (Castaigne et Hatuery), il est aussi des plexus naluveWemcnl hi/porésislanls, qui céderont plus facilement que d’autres aux pigments envahisseurs et à l’intoxication.
De ces deux proportions, la première surtout est loin d’être une vue de l’esprit, Ducrot et Gaütrelet en ont donné une démonstration directe sur le chien (1). Les faits observés par moi dans l’observation 178 ne parlent pas d’une façon différente (2).
Ainsi donc une coloration marquée suppose une inloxicalion prononcée, ou une hijporésistance particulière des plexus, une débilité de cet épithélium.
A la vérité, le facteur toxique est de beaucoup le plus important, nous le retrouverons dans les ictères graves, les états infectieux, la cachexie cancéreuse, etc.
Autres propriétés du liquide céphalo-rachidien dans Pictère.
A en juger par les résultals analytiques que j’ai obtenus dans les observations 175, 176, 177, 178, la composition du liquide céphalo-rachidien dans l’ictère (intoxication par les éléments de la
(1) Ducrot et Gaütrelet ont pu, chez le chien et le lapin, soit injecter de la bile dans les veines, soit lier le cholédoque, sans voir le liquide céphalorachidien se colorer. Le fait se produisait par contre d'une façon constante, si l’on injectait dans la jugulaire 3 cc. d’une solution saturée de violet de méthyle, laquelle, en teintant pour un temps les plexus, supprimait leur fonction ou annihilait momentanément leur fonction de filtres électifs, laissant ditïuser dans la cavité rachidienne les pigments biliaires ([u'il était alors facile de caractériser dans le liquide cérébrospinal.
(2) Les deux premières ponctions ne renferment pas de pigments biliaires en proportion suffisante pour donner une réaction très nette au Gmelin. Mais lors de la 3“ ponction, //2 heure avanl la morl, sous la double infiuence toxique croissante des éléments de la bile et des poisons urémiques accumulés, ainsi d’ailleurs ipie de l’approche de la mort, les [ilexus ont lAclié et {lermettent aux pigments de passer (ainsi d'ailleurs (pie les albumines de sérum). Nous assistons, comme je le disais en 1909, à la « faillile » des plexus et (lu filtre électif; la barrière méningée se trouvant en dernier lieu complètement levée.
ICTÈRE
bile) ne diffère pas sensiblement de celle que nous connaissons aux loxi-infeclions.
L’albumine. N’csl pas augmentée en dehors tout au moins de la
période prémortem, de la période de failliie générale des épithéliums sécréto-formateurs (intoxication profonde, déchéance organique), je relève en effet ; 0 gr. 15, 0 gr. 20, 0 gr. 22, 0 gr. 15.
Les chlorures sont légèrement abaissés : 7 gr 03, 7 gr. 00.
Sauf dans l’observation 177 où au syndrome iclérique se superpose un état urémique.
Le sucre est, dans les deux cas où je l’ai recherché, hijper. Voici d’ailleurs le résultat de mes observations ;
OBSERVATION n» 175. - Syndrome ictérique dans un kyste hydatique du foie. , 1 „ oo
Jourd..., malade du service du professeur Forguf.. balle Delpech, n 22.
“r7«‘!rd'daikiue du foie chez une femme do 39 ans, avec syndrome hiliaire
mine. Couleur, très foncée, bdiruhme en quantité impoi tante.
Examen du liquide céphalo-rachidien :
Ponclion du U novembre 1910.
Al. 0,25.
Pression, hypolension. - Aspecl, limpide. - Couleur, à peine coloré. Peul à première vue parailre incolore, la comparaison cependanl avec un liquide normal monlre une colora lion jaune, Irès légère.
OBSERVATION nO 176. — Ictère grave.
Femme du service du professeur Cahrieu.
Morte dans le service.
Examen du liquide céphalo-rachidien.
Al. 0,20. — Ch. 7,03.
Pression, normale. — Aspecl, limpide.
Salle Bichat, 15 Janvier 1910.
Couleur, jaune très marquée.
Nalure des piymenls :
liéaclion de Gmelin, douleuse, mais semble cependanl bien êlre positive. Extrait spectroscopique, rien. - Urobiline {procédé Morel), rien.