ALBUMINES DU LIQUIDE CÉPHALO-RACHIDIEN NORMAL
La question de 1 albumine normale et de la nature des albumines du liquide céphalo-rachidien a fait couler beaucoup d’encre, sans résultats bien appréciables.
Nature des albumines du liquide céphalo-rachidien.
a) Présence de globulines et de sérine.
Contrairement à l’opinion d’AnrHus (1900), de Wolf (1901), de Monod (1902), de de Roubaix (1905), de Mott (1910) et quelques autres auteurs, le liquide céphalo-rachidien normal renferme, à côté de globulines, de petites quantités de sérine.
Le total des albumines ne dépassant pas quelques centigrammes par litre, il est sans doute nécessaire, pour mettre les quantités de sérine qui s’y rencontrent en évidence, de prendre quelques précautions, mais la réalité de leur présence ne saurait être niée.
Déjà, en 1903, Sabrazès, sur 5 liquides ne présentant pas de réaction cytologique et qu’il considère comme normaux, signale, à côté de la globuline, la présence de sérine ; il insiste sur ce fait. De même, Broden et Rodhain (1908), chez de nombreux trypanosomiés, à la période où la cavité rachidienne est encore indemne et où la dose d’albumine ne dépasse pas 0 gr. 25, trouvent de la sérine et des globulines.
Neuf témoins, atteints d’affections variées, mais sans retentis-
NATURE DES ALBUMINES
semeiit vraisemblable sur le liquide céphalo-rachidien, leur montrent des faits identiques.
Enfin, personnellement, sur trois sujets normaux, j’ai, après concentration dans le vide, saturation par le sulfate de magnésie et filtration après 24 heures, pu parfaitement me rendre compte de la présence réelle de sérine.
J’ai trouvé dans un cas (hernie de la salle Broussais, n® 14, du 3 janv. 1911) les rapports suivants :
Globuline 0 gr. 11
Sérine , 0 gr. 09 par litre.
Dans un autre cas (hernies 6 et 36 de la salle Delpech, janvier 1911) :
Globuline 0 gr. 13
Sérine 0 gr. 04
Ce qui nous montre en résumé que ;
Bien que moins abondante que la globuline, la sérine se rencontre cependant réellement dans le liquide céphalo-rachidien phgsiologique.
b) Les albumines du liquide céphalo-rachidien sont, aux yeux de la méthode des précipitines, identiques à celles du sang.
En dehors de cette question de présence ou d absence de séiine dans le liquide céphalo-rachidien. De Buck (1905), à la suite de quelques expériences, d’ailleurs critiquables, faites à 1 aide de sérums précipitants, crut pouvoir avancer que les albumines rachidiennes différaient de celles du sang (1).
Telles n’étaient cependant pas les conclusions de Fleig, qui en
1908 écrivait :
« Le liquide céphalo-rachidien, soit d émission recente, soit conservé depuis plus ou moins longtemps et altéré, a toujouis donné une précipitation nette au bout de 20 à 40 minutes. Avec
(1) De Buck (1905) (Congrès Belge de neurologie. Liège, p. 22) prépare un lapin en lui injectant à doses répétées « du liquide céphalo-rachidien riche en albumine ». Or, « le sérum de ce lapin pi’ecipite ifi uilio le lifiuide céphalo-rachidien et non le sérum du patient ». Ces résultats de De Buck sont discutables, le liquide céphalo-rachidien ne convenant guère à la préparation d'un animal.
LIQUIDE NORMAL
des diliiLions au 1/10 cL au 1/100, la prccipilalion existe aussi; elle est seulement plus ou moins lente et [)lus ou moins ahoiidante. Des épreuves témoins faites avec du sang de lapin normal ont toujours été négatives. »
J ai repris avec I'leig ces expériences, et nous avons toujours trouvé que ta précipitation par te sérum de tapin préparé était positive, qiiit s'agisse de tiqiiides physiologiques (sujets chilurgicaux) ou de liquides provenant de services de médecine, mais de composition normale, sans réaction méningée. La précipitation était plus accusée encore avec des liquides albumineux pathologiques (1).
La méthode des précipitines, si étective et si spécifique quand ette est pratiquée dans de bonnes conditions, n'établit donc aucune différence entre tes gtobutines du liquide céphalo-rachidien normal ou pathologique et celles de sérum sanguin. Il g a identité.
Taux de Palbumine normale.
Valeurs données par les auteurs.
Beaucoup de chiflres, mais relativement peu de bonnes valeurs. Rieken (1895), Strauss (1895), Wentworth (1895), Wolf (1901),
(1) Voici le détail de nos expériences :
Nous avons opéré sur 9 liquides ; 4 normaux (3 hernies, 1 amputation de sein) présentant des doses respectives d’albumine de ; 0 gr. 20, 0 gr. 32, 0 gr. 23, 0 gr. 16; quatre liquides pouvant être chimiquement et cytologiquement considérés comme normaux (l hystérie sénile ; 1 bronchopneumonie ; une sclérose en plaques (?) chez une hystérique ; 1 sciatique), pour lesquels les doses d’albumine étaient l’espectivement égales à : 0 gr. 35, 0 gr. 20, 0 gr. 25, 0 gr. 25; enfin un tabès avec une alhuminose de ; 0 gr. 40.
2 cc. de ces divers liquides étaient mélangés de V à X gouttes de sérum de lapin précipitant, préparé avec du sang liumain (ce sérum n’était pas particulièrement actif) et portés au B.-M; à 40“.
Dans ces conditions, tous ces liquides avaient indistinctement commencé à précipiter après une heure 1/4 ; le tabès et la broncho-pneumonie donnaient des flocons nettement aiiparents déjà au bout de 45 à 50 minutes. Le lendemain, les témoins se trouvaient encore limpides, alors (jue les divers tubes présentaient des culots bien rassemblés et nettement indiqués.
TAUX DE l’albumine
SicARD (1902), Milian (1904), et la plupart des ouvrages classiques de chimie biologique se sont fait l’écho des anciennes déterminations sur les liquides d’hydrocéphales, de spinæ bifidæ, d’écoulements spontanés, et ont placé le taux « normal » de l’albumine rachidienne « aux environs d'un gramme ».
J’ai déjà dit tout ce que cette proposition avait d’inexact et l’impuissance dans laquelle s’est trouvée la ponction lombaire à mettre les choses au point.
Depuis L. Quincke cependant, des valeurs plus raisonnables ont été données.
Quincke lui-même indiq^uait comme laux normal d’albumine 0 gr. 20 et 0 gr. 50. Leniiartz, quelques années après, donne de son côté un chiffre de : 0 gr. 25 ; Nawratzki (1897) sur des veaux : 0 gr. 22 ; Comba (1899) : 0 gr. 19 ; Pfaundler : 0 gr. 20 à 0 gr. 40 ; Concetti (1900) ; 0 gr. 15 à 0 gr. 25 ; Leri (1902) : 0 gr. 50 ; Marchand (1903): 0 gr. 06 à 0 gr. 20 ; Gumprecht :
0 gr. 25; Launois et Boulud (1904) : 0 gr. 32 (obs. V) et 0 gr. 30 (obs. IV), Nonne et Appelt (1907) : 0 gr. 50 ; Rous (1907) : 0 gr. 15 à 0 gr. 40; Broden et Rodiiain (1908): 0 gr. 25; entin Mott (1910) : 0 gr. 30.
Malheureusement, ces chiffres se sont trouvés trop dispersés pour s’imposer ; sans compter, qu’on leur opposait toujours des valeurs plus élevées, obtenues sur des sujets considérés à tort comme normaux.
Recherches persoaaelles.
Devant cette impossibilité d’étayer, sur les données de la littérature du liquide céphalo-rachidien, la valeur normale de la teneur en albumine de cette humeur, je me suis attaché tout spécialement dans mes recherches à élucider ce point, vu l’importance delà question.
J’ai effectué ainsi une cinquantaine de déterminations sur des liquides provenant de sujets sélectionnés comme il a été dit et parfaitement normaux.
Le détail de ces chiffres a été donné aux tableaux n° 3 et n° 4, je n’en retiendrai ici que la moyenne générale, qui se trouve être de :
0 gr. 186 par litre
Les chiffres obtenus ne varient, pour ainsi dire, que de 13 à
liquide noumal
25 cenligT. Les valeurs ini’érieures ou supi^îrieiires à ces cliilïVes n’ont déjà plus un caractère normal.
Il y a de l’hypertension si elles sont inrérieures. Le fait est rare d’ailleurs, il ne s’est présenté que 2 lois sur 49.
Un taux supérieur à 0 gr. 30, 0 gr. 32, ne s’est jamais rencontré
En résumé :
Il faut rompre absolument avec les notions trop longtemps perpétuées d'une teneur assez notable du liquide céphalo-rachidien en albumine, else ranger aux taux qii avaient déjà indiqués Nawratzki, CoMBA, CoNCETTi et quelques autres.
Mes déterminations, qui ont porté sur des sujets réellement normaux, permettent de fixer à /’albumine rachidienne physiologique une valeur mogenne de Ogr.lS, avec taux limites de 13 et 30 ceiitigr.
Autres matières albuminoïdes.
ABSENCE DE FIBRINOGÈNE.
Le liquide céphalo-rachidien ne renferme pas à l’état normal de fibrinogène ; il ne coagule pas spontanément, ni après addition de sérum. Sicard notait déjà ce fait en 1899, Arthus en 1900, et moimême j’ai eu maintes fois l’occasion de le vérifier sur des liquides normaux.
ABSENCE D’ALBUMOSES ET DE PEPTONES.
Les albumoses et les peptones n’existent pas davantage dans le liquide céphalo-rachidien physiologique (1).
Nawratzki (1897) s’en assurait chez le veau; Panzer, Salkwoski, Langstein dans divers cas plus ou moins pathologiques.
Je n’en ai pas retrouvé chez des sujets normaux.
ABSENCE DE NUCLÉO-ALBUMINES ET DE MUCINE.
L’addition d’acide acétique à froid, Jes réactions de Rivalta et Moritz^ demeurent sans résultats.
(1) Halliburton en 1889 a signalé des albumoses et des peptones sur des liquides d’hydrocéphales ou de spina-hitida, mais la méthode défectueuse qu’il employait explique ces résultats.
ACIDES AMINES. — UREE
P) Composés azotés non albuminoïdes
ACIDES AMINÉS.
La méthode de Sorensen-Ronchèse décèle 0 gr. 010 d’azole litrable au formol par litre de liquide céphalo-rachidien normal.
L’ammoniaque n’existant qu’à l’élat de traces dans ce liquide, la presque totalité de l’azote dosé doit donc se trouver sous forme aminée (1). Il est intéressant de rapprocher ce chilTre de celui indiqué par Delaunay pour le sang (2).
URÉE
Un certain nombre de dosages d’urée ont été faits dans des cas d’hydrocéphalie (3) ou dans divers états pathologiques en dehors de l’urémie.
Bien qu’il ne s’agisse pas en général de liquides normaux, on retire de ces faits l’impression qu’il doit exister à l’état physiologique de petites quantités d’urée dans le liquide céphalo-rachidien. Telles étaient en effet les conclusions de Froment (1909).
Mes recherches sur des liquides normaux frais (tableau n° 3) confirment cette opinion; j’ai trouvé :
34 0 gr. 038 d’urée par litre
N° 4 0 gr. 057 —
N« 35 Ogr.097 —
Ce qui donne une moyenne normale de 0 gr. 06 d'urée par litre.
(1) La méthode au formol bloque les fonctions NH2 des acides aminés, mais laisse intactes : l'urée, la guanidine, la créatine, la créatinine, 1 acide urique et l’acide hypurique (Sorensen).
(2) Delaunay indique en effet 9 milligr. 9 comme azote aminé titrable au formol pour le sang artériel de chien (Thèse de Bord., 1910, p. 39).
(3) Les valeurs suivantes ont été données pour divers cas d’hydrocéphalie : ScHLOssBERGER, 0,00 ; YvoN, 0,27 ; Cavazzani, 0,098 ; Guérin, 0,46 ; Panzer, 0,00; CoRiAT, 0,75 (urée par litre).
LIQUIDI' NORMAI,
Le sérum, seml)Ie-l-il, renrennerail (les (jiianlilés un peu siipé ri cures (1).