‹ Le littoral de la France (volume 2)Chapitre 12 sur 54 · DE BOULOGNE A L'EHDOUCHURB DE LA SOMME · texte numérisé non relu

DE BOULOGNE A L'EHDOUCHURB DE LA SOMME

Nous yiasfîoiis au I'ortel, industrieux petit port qui est, en môme temps, une localité s'occupant activement d'agriculture. Ses propriétaires ronciers s'adonnent à l'élève des chevaux et y réussissent fort bien.

Fuis, toujours en suivant la côte, nous traversons plusieurs petites plages avant d'arriver à Étaples, ville située à l'embouchure de la Canciie et qui, une fois de plus, nous montrera l'instabilité des prospérités en apparence le mieux établies.

On s'accorde assez ifénéralement pour reconnaître dans Étaples une station romaine, Quinlovilus. Des fouilles pratiquées à diverses époques ont conlirmé, sinon le nom, tout au moins l'importance de l'ancienne cité.

Mais la mer a passé par là, amoncelant le sable, exhaussant le fond de l'estuaire, et le port a vu diminuer, chaque année, le nombre des navires qu'il pouvait recevoir.

Aujourd'hui, les bateaux de pêche sont à peu près ses seuls visiteurs.

Cette situation a appelé, depuis longtemps, l'attention de l'État, qui reconnut la nécessité de la plantation de végétaux spéciaux pouvant amener l'immobilisation des dunes.

« Les premières tentatives faites à cet effet remontent à près de trois siècles. Elles eurent lieu dans la baie de Candie, pour préserver Étaples d'un engloutissement imminent. On se servit, pour fixer les dunes, de la plante appelée oyat [Arumlo arrnaria), qui rayonne partout avec ses longues racines, et prépare admirablement le terrain sablonneux à recevoir le semis des arbres destinés au boisement.

« Des lettres-patentes de 1608 ordonnent, sous Henri IV, de planter des hoyards pour arrêter l'invasion des sables sur les côtes de France.

« Depuis cette époque, plusieurs titres constatent les mêmes préoccupations et ordonnent, encore, diverses mesures de précaution à prendre.

« Enfin, de nos jours, quelques propriétaires intelligents se sont livrés, en grand, à la fixation des sables par le boisement et ont obtenu d'excellents résultats, en fertilisant des dunes stériles et en abritant ainsi les cultures voisines contre les sables mouvants.

« C'est ce que le célèbre ingénieur Brémontier a fait jadis pour la côte de Gascogne. »

Par tous les moyens possibles, ces travaux si utiles sont encouragés. L'État, non seulement y pousse les propriétaires de dunes, mais il leur fournit souvent les graines nécessaires aux semis. Les conseils généraux votent des subventions, distribuent des récompenses.

La question en vaut la peine quand on songe que, dans le Pas-de- Calais seul, plus de dix mille hectares de dunes constituaient une ceinture sablonneuse, n'ayant pas moins de six kilomètres de largeur! Ceinture toute prête à envahir, sous l'influence des ouragans, les campagnes voisines.

Il est donc grandement désirable que toutes les communes riveraines des plages de sable ne se lassent point de lutter contre l'ennemi dont elles sont menacées.

Comme toutes les villes du littoral, Étaples supporta le choc terrible des invasions normandes.

Ce fut en 842 qu'elle devint leur proie, et, certes, ainsi que ses sœurs en infortune, elle répéta volontiers la mélancolique invocation des populations maritimes françaises de la Manche, au moyen âge :

« De la fureur des Normands, délivrez-nous. Seigneur! »

Trois cents ans plus tard, vers H60, un comte d'Alsace, Matthieu, la pourvut d'un château fort, détruit vers la fin du seizième siècle. Quelques ruines en subsistent encore.

Étaples a attaché son nom à un traité de paix signé entre la France et l'Angleterre.

Charles VIII, méditant la campagne d'Italie, se préoccupait des dispositions de Henri Vil, le monarque anglais, et voulut, de ce côté, assurer le repos de son royaume. La négociation réussit; un traité fut signé en 1492. Charles partit confiant en son étoile. On sait les résultats éphémères de sa courte et brillante campagne.

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m. m Nki.iioi i: m mdm saint-miciiim, no

Un poul, de cimi couls iiiùUes de longueur, relie Él.iples à la rive gauche de la Canclie . Près de celte rive, Mo.NTftEtiL-suiv-MEu s'élève, porté par une colline d'enviioii cinquante luètres d'altitude. C'est à son ancienne situation que Muntreuil doit son surnom; car, de nos jours, il est à une distance de seize kilomètres du rivage.

Mais, aulrcl'ois, la mer venait battre le pied de son coteau formant une vaste baie de l'embouchure actuelle du petit fleuve. Un va jusqu'à prétendre que les Phéniciens, ces hardis navigateurs du vieux monde, avaient construit un phare sur le |)romonloire. tin se retirant, les flots laissèrent des mares saumàtres, au milieu desquelles ne craignit pas de s'établir une petite population gauloise qui, bientôt soumise par César, dut laisser bâtir le Tort Vinacum.

Cette opinion peut se soutenir, de même qu'une autre imposant ù la première bourgade le nom de Wimaw\ dérivé du mot signifiant : oseraie, en gaulois. Et vraisemblablement, en efïet, les osiers, de même que les joncs marins, ou oyats, devaient jouer un grand rôle dans la défense de ces villes primitives. Nous ne nous brouillerons donc pas avec les antiquaires; mais, les laissant paisiblement accorder tant bien que mal leurs preuves, nous nous occuperons surtout des faits ceitains passés ou modernes.

Dès le neuvième siècle, Montreuil avait ses seigneurs particuliers et, en M 88, elle se larguait fièrement de sa charte communale.

Fréquemment assiégée pendant les désastreuses guerres du moyen âge, elle eut un instant de répit en 1299, lorsque Philippe IV te Bel et Edouard 1" d'Angleterre y signèrent un traité de paix.

Mais l'humiliante convention de Bréligny la donna aux Anglais. Dix ans plus lard (1570), Duguesclin la délivrait du joug étranger.

Une dernière calamité lui était réservée. Les troupes de l'empereur Charles-Quint s'en emparèrent en 1557, après un siège célèbre pendant lequel les habitants firent preuve du plus grand héroïsme, Une défense si belle trouva promplement sa récompense. Les Français rentrèrent bientôt dans les murs de Montreuil.

Pour 1(,' présent, la ville se livre au commerce des toiles et elle a acquis, près tles gourmets, un renom Justilié par ses excellents pâtés de bécasses.

1. Le [i.iys iloui. elle l'ail p.u'lio s'aiipoiail, au moyeu Aye, le Wiincux

Quelques petits bâtiments caboteurs et des barques de pêche la visitent.

Cela suffit pour entretenir son commerce et donner de l'animation, à ses deux foires principales, dont la seconde, fixée au jour de Sainte-Cécile, ne dure pas moins d'une quinzaine.

On ne peut quitter le département du Pas-de-Calais sans donner quelques heures àBERCK, cette plage de sable si salutaire aux enfants de faible constitution, et qui depuis quelques années à pris un grand développement.

La ville est divisée en deux parties : l'ancien Berck, quartier des pêcheurs, appelé Berck- Ville éloigné de 3 kil. du nouveau Berck, appelé Berck- Plage où viennent séjourner les baigneurs.

Trois hôpitaux y sont établis, l'un dépendant de l'assistance publique de la Seine et pouvant contenir 500 enfants, un second bâti par le baron Nathaniel de Rotschild pour ses correligionaires et troisième du à l'initiative privée (1).

La plage s'est couverte de nombreux chalets, plus de 12000 baigneurs s'y rassemblent tous les ans pour s'y reposer ou y retrouver la santé .

Le Nord de la France ne compte guère de stations de bains plus recherchée.

;i) La plupart des enfants admis dans ces établissements sont orphelins, ou bien leurs familles n'ont pas les ressources nécessaires pour les soigner. Le temps qu'ils passeront à Berck restera, sans doute, leur meilleur souvenir, mais leur saison de bains de mei n'aura pas de joyeuxleudemain...

Ne les oubliez pas, vous, les favorisés de la vie, et quand, vous roulant gaiement sur le sable des grèves, ou vous précipitant au-devant de la lame, vous vous trouverez plus forts, plus vigoureux, souhaitez que les petits enfants pauvres de l'hôpital de Berck recouvrent la santé.. Souhaitez que les difficultés de l'avenir soient pour eux aplanies.

Montrez-vous dignes de votre propre bonheur.

BiiUCK. — L'iniiutal des enfants.

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CllAlMTKE VIII

LES l'OItTS DE LA SOMME

l,c petit fleuve appelé Autiiie mnrqiie la limite de la Somme et du l'iis-dc-Calais.

Sa rive droite ap|iarlient à ce dernier; elle se termine par la pointe de liniTiMAuvii.i.E, où s'élève seulement un modeste hameau ; car, au fur et à mesure que l'on avance vers rembouchure de la Somme, le rivage s'abaisse; il finit, bientôt, par devenir tout à fait plat, et les dunes de sable se représeiilcnt menaçantes.

De grands travaux sont nécessaires pour protéger les ports de toute cette partie du littoral. Le sable est l'ennemi toujours prêt. Aussi les navigateurs regardent-ils la baie de la Somme et les rivages voisins comme exlrèmemcnl dangereux, les i)ancs changeant souvent la face des chenaux les mieux connus, en venant encombrer des fonds que l'on croyait être suflisamment pourvus d'eau.

Afin de com|)rendre le péril, il faut se souvenir que ces plages sont de formation nouvelle.

Ainsi, une petite ville appelée Rue, éloignée, maintenant, de dix kilomètres de la mer, était, il y a mille ans, un port florissant. Un lac de vittfjl mille hectares, connu sous le nom de Marqiienterre, l'entourait. l*t'u à peu, les dunes firent leur œuvre; mais la Somme et l'Authie, ainsi que plusieurs autres rivières et ruisseaux, coulaient librement; lors des grandes marées, les dépôts maritimes s'ajoutaient aux dépôts fluviaux. Les Picards se demandèrent s'ils ne devaient pas imiter les Flamands, et assainir leur pays en le transformant.

Le travail fut long, opiniâtre; son achèvement complet ne date guère

que de cent cinquante ans; mais, aujourd'hui, le Marquenterre est un pays relativement sain. Seulement, on doit toujours veiller; car, le long du rivage, on retrouve les restes de plusieurs villes enfouies sous le sable.

Le sol conquis forme, à présent, un excellent terrain de culture et, quoique plat, offre de charmants points de vue.

La seule ville de quelque importance que l'on y rencontre. Rue, est une très ancienne place forte qui obtint, au douzième siècle, de son seigneur, Guillaume, comte de Ponthieue, une charte communale. Les traditions affirment la présence de la mer au pied de ses murailles.

Un fait beaucoup plus certain, c'est la renommée dont elle a été entourée à cause du pèlerinage de son Crucifix.

Cette dévotion valut, à Rue, au quinzième siècle, un admirable monument dont les nombreuses sculptures, ou ravissantes, ou naïves, charment les yeux du visiteur.

Plusieurs statues de personnages célèbres ornent la façade de cette église, dédiée au Saint-Esprit.

Ce sont celles de Philippe le Bon, duc de Rourgogne, des rois de France Louis XI et Louis XII, placées côle à côte, des effigies du pape Innocent VII et de sainte Isabelle ou Elisabeth, reine de Portugal. Cette souveraine avait accompli le pèlerinage.

Au fronton même du portail, est un bas-relief expliquant la légende du Crucifix, origine de la chapelle.

Louis XI avait fait don d'une forte somme en or à ce sanctuaire. C'est par reconnaissance, probablement, que sa statue décore !a façade.

Le promontoire du CnoxoY, à huit kilomètres de Rue, marque l'extrémité sud des anciens marécages. La petite ville qui a pris le nom de cette colline n'offre rien de bien intéressant. Située sur la rive droite de la Somme, elle passa, au quatorzième siècle, sous la domination anglaise.

Son château, bâti par les conquérants, eut le triste honneur de recevoir, en 143'!, Jeanne d'Arc prisonnière. La pauvre héroïne, coupable d'avoir délivré sa patrie, ne devait quitter ce cachot que pour aller expier, sur le bûcher élevé à Rouen, son indomptable fidélité à sa mission divine.

Quarante ans après ce funeste événement, le 3 octobre 4471, Louis XI et Charles le Téméraire, duc de Rourgogne, signaient, au Crotoy, un traité de paix.

DE DUNKEIIQUE AL MONT SAl.NT-MlCHEL

La ville actuelle et un banc de galcls, appelé le Barre-iler, recouvrent deux anciennes villes devenues la proie des sables.

Quoique l'on ail construit, au Croloy, un immense bassin de retenue, alin de balayer les passes conduisant à la |ileine mer, les savants regrettent de ne pas voir concentrer sur ce petit port, bien abrité du vent du large, les travaux exécutés à Saim-Valh;v, dont le cbenal reste beaucoup plus difficile et expose les bâtiments à croiser longtemps devant lui.

Ainsi (jue le lait remaniuer M. Elisée Reclus, la construction du viaduc, établi pour relier Saint-Yalcry à la rive droite de la Somme, bâte encore la rornialiun d'iluls sablonneux qui, dans un laps de tenljl^ ires

l'ûiii a l'cnibciucliuio de la boiuiic.

court, se relient au continent, troublent le régime du fleuve et menacent de l'encombrer d'une manière désastreuse pour la navigation.

Mais on ne se lasse pas d'opposer tous les moyens possibles à cet état de cboses, et, il faut l'espérer, le moment n'est plus éloigné où l'on |)ourra considérer comme vraiment vaincus tant de formidables obstacles.

Le bourg de Noyelles-sur-Mei; a pris une importance nouvelle depuis qu'il a servi de point de raccordement entre Saint-Valery et Boulogne.

Lorsque la marée monte, l'eslacade du cliemin de fer, qui traverse la baie, est battue par le flot. Elle ne mesure pas moins de io61 mètres de longueur; on la regaide avec raison comme un admirable ouvrage d'art.

Saim-Valehv, sur la rive gau» lie et à l'emboucbure de la Somme, est

une ville d'antique origine. Elle prit naissance, selon toutes probabilités, lors de l'établissement du camp romain dont on retrouve les restes dans son voisinage.

La préoccupation constante dont elle a été l'objet exerce une heureuse influence sur sa prospérité.

Son port devient de plus en plus fréquenté. Le bassin de relâche, construit à la pointe du IIourdel, a déterminé cette recrudescence de commerce.

Élagée sur une colline, la ville se divise en deux parties : c'est dans la Ferlé, ou ville basse, que le mouvement industriel et commercial se concentre.

Mais c'est dans le quartier des pêcheurs et dans la ville haute que le voyageur et l'artiste trouvent matière à observation.

Tout ce peuple essentiellement maritime, habitué à braver en face les dangers les plus redoutables, se montre à la fois grave et exubérant d'allures, ardent ou iVoidenient résolu. 11 ne se plaint pas trop. Si seulement, pourtant, on pouvait avoir plus prompteraent raison des sables!

Le poisson qui se joue sur ces fonds est excellent, oui; mais les barques labourent, par malheur, bien souvent, de leur quille, ces bancs dont les marées déplacent le sommet.

C'est un danger de cliaque heure, une cause toujours renouvelée de craintes vives pour la bonne tenue des filets ou la capture de leure produits.

Sur le point culminant de la côte, s'élève l'église dédiée à Saint- Yalery.

Du plateau qu'elle domine, les yeux jouissent d'un admirable horizon s'étendant, à la fois, sur la Manche, sur la baie de la Somme et sur des campagnes, ou fertiles ou arides, selon que le regard se porte soit vers le cours du fleuve, soit vers le rivage parsemé de dunes.

On comprend mieux la valeur de la situation de la ville et l'acharnemonl avec lequel elle fut souvent disputée.

Mèiue sur celte côte maintes fois ravagée, Saint-Valery peut revendiquer une place particulière dans le martyrologe des cités.

Que les anciens l'aient occupée, cela est hors de doute. A défaut de

monuments plus précis, des médailles, en grand nombre, l'allesteraienl. Mais un camp romain a élé découvert sur l'espace compris entre le cap IIor.nl'

et ROSSIGNY.

Valéry, moine de l'abbaye de Luxeuil, se relira, vers 613, sur ce point du rivage. La réputation de sainteté qu'il acquit amena la fondation d'une abbaye bénédictine, et tôt après une ville florissante fut élevée autour du monastère.

Malbeurcusement, les hommes du Nord ne devaient pas beaucoup tarder à apparaître dans la baie de Somme.

Pillée, brûlée, non une fois, mais à plusieurs reprises, l'infortunée ville allait succomber quand Louis III, roi de France (conjointement avec Carloman, son frère), qui, dans sa part privée d'héritage, comptait la Neustrie et le Ponthieu, vint barrer le chemin aux envahisseurs.

La rencontre décisive eut lieu, en 881, à Saucourt-en-Vibieu localité voisine de Saint-Yalery et d'Abbeville. Elle fut meurtrière, mais une brillante victoire couronna les efl'orls de Louis, alors à peine âgé de vingt et un ans.

Le retentissement de ce beau fait d'armes devait être immense.

Des poésies, tout de suite populaires, en consacrèrent la mémoire et se perpétuèrent pendant plusieurs siècles. Un très curieux manuscrit, en langue franque, relatant l'un de ces chants, a été retrouvé à Valenciennes.

La triste série des guerres contre les Anglais amena une longue période de ravages pour Saiut-Valei7 qui, en 1350, au lendemain de la funeste bataille de Poitiers, vil Charles le Mauvais, roi de Navarre, lui apporter le deuil et la désolation.

Les excès des troupes de Ciiarles furent si grands dans le pays entier, que les milices des communes environnantes se soulevèrent et vinrent assiégei- Saint-Valcry, principale garnison des oppresseurs. Elles ne se laissèrent pas rebuter par une résistance qui dura sept mois entiers et triomphèrent coniplèlemeut.

L;i ville re.-piiii jusqu'au jour où Louis XI la fit brûler, avec Eu et Cayeux, plutôt que de livrer ces places aux Anglais.

Saint-Valery n'était point au bout de ses malheurs. Le seizième siècle vit successivement les ligueurs, les soldats de Henri IV, les Espagnols s'en

emparer,... Chaque page de son histoire semble être écrite avec le sang de ses enfants.

On visite au bord de la mer une tour fameuse, dite Tour de Ilarotd, parce que le comte de Kent, portant ce nom, y fut enfermé, un peu avant 1066.

Ce Harold était beau-frère du roi d'Angleterre, Edouard le Confesseur, à qui il espérait bien succéder. Mais le riche héritage avait un autre compétiteur : Guillaume, duc de Normandie, parent et ami du roi.

Jeté par un naufrage sur la côte du Ponthieu, le comte de Kent fut livré à Guillaume, qui le retint prisonnier et exigea, pour rançon, la reconnaissance de ses prétentions au trône anglais. Harold promit tout. 11 est vrai que, plus tard, ces promesses, arrachées par la force, ne furent pas tenues. Edouard mourut en 1066 et son beau-frère se fit proclamer roi.

Guillaume jura de se venger. Une flotte le reçut avec ses principaux vassaux. Peu après, la bataille d'Hastings était livrée. Harold y perdait la vie, et une nouvelle dynastie occupait le trône d'Angleterre.

Augustin Thierry a soutenu que ce fut du port de Saint- Valery-sur- Somme que Guillaume le Conquérant partit pour son aventureuse expédition. Un autre port, de renommée et d'importance moins grandes, mais très intéressant aussi, DivES, sur la côte normande, revendique cet honneur.... dont, peut-être, il n'y a pas sujet de se montrer si fier.

En admettant (chose non prouvée) que Guillaume eût des droits à l'héritage d'Edouard le Confesseur, sa manière de les faire valoir et, surtout, les conséquences qui résultèrent pour notre pays de sa victoire ne forment guère un ensemble méritant une bien grande admiration.

Quoi qu'il en soit, la Société française d'archéologie a donné raison à Dives, mais Augustin Thierry n'en alléguait pas moins un fait vrai.

Guillaume prépara son expédition dans le port normand et le quitta plein d'espérance. Toutefois la mer, très dangereuse, en ce moment, pour ses lourds vaisseaux, l'obligea à chercher un port de relâche.

11 se réfugia à Saint-Yalery-sur-Somme, d'oiî il appareilla, de nouveau, le 29 septembre.

Les habitants ont donc eu raison, puisqu'ils considéraient ce fait comme glorieux pour eux, d'en rappeler la mémoire par une table de marbre placée sur l'entrepôt de la marine.

I)K DL.NKEUQl !• AT MONT SAINT-MICHKI. 99

Saiul-Valery comple plusieurs hommes connus. Le I'. Lallkma.m, qui a fait preuve d'une science si profonde, y est né.

De môme, le conlrc-aniiral Peuuék. Ce brave marin eut le commandement de la llùttille qui, pendant la fameuse expédition d'tgypte, organisée par Napoléon 1er, devait opérer sur le Nil.

Quilloiis la falaise cl la ville liaiilc, traversons, de nouveau, le quartier des pécheurs, la ville basse, où chaque maison, pour ainsi dire, se rattache par une industrie quelconque aux approvisioinioincnts maritimes. Cordages, engins de pèche, toiles goudronnées, mais, ancres côloicnl les tonnes de viandes salées, de biscuit, de gourganes (fèves sèches), de sel ... .

On finit par se croire un peu marin en circulant au milieu d'objets qui, tous, se rapportent à la marine, et l'on respire avec une joie nouvelle l'air lortifiant envoyé par l(Hlot.

Intérieur d'une boutique d'approvisionnement maritime.

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