I.E HAViib. — Aiicieuiif Tuur Frunijois I
les fossés, et les faubourgs d'ingouville, do Craville, de Sanvic furent annexés au Havre.
En môme temps, on remédiait aux diflicultés de l'entrée du port, devenue à peu près insuinsanle pour les bâtiments modernes.
De l'enceinte primitive, il restait une tour, dite de François I\ utilisée comme sémaphore. Bientôt on jugea, avec raison, qu'elle obstruait le chenal et constituait un danger permanent pour la navigation.
La démolition on fut ordonnée. Par suite, tout le quartier a pris une l.hysionomie nouvelle. La jetée prolongée est entourée d'un admirable horizon.
A droite, la côte, capricieusement cchancréc, aboutit à La pointe de la Ilèvo, couronnée par ses deux superbes phares; à gauche, l'embouchure de la Seine, le promontoire de Honflenr, surmonté de son antique chapelle, et la gracieuse ligne de collines au pied desquelles s'étendent TrouviUe! Villers, Beuzeval, Dives, Gabourg.
Le nouveau sémaphore a pris la charge des signaux autrefois établis sur la tour, et sa silhouette se détache au loin sur le ciel.
De tous côtés, des bouquets d'arbres s'élèvent et les falaises sont verdoyantes. Derrière soi, les constructions semblent avancer jusque dans la mer et les mâts des navires se dressent, comme par enchantement, au milieu d'elles, car les vastes bassins à flot reçoivent, d'une manière continue, un très grand nombre de bâtiments.
C'est un tableau dont on ne se fatigue jamais de contempler les lignes ou grandioses, ou riantes, l'aspect sans cesse nouveau, le niouvcmcnl débordant....
Le Havre sous Louis XVL
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LE IIAVKK. - BASSIN DE 1.A BARRE KRASCATI. - LK DOCK ILurrANT.
CHAriTUE X\
LES BASSINS. — UN PAOLEBOT TRANSATLAXTIOIE
Les bassins sont au nombre de dix, tous vastes, tous paiTailenienl disposés. Les principaux d'entre eux se nomment :
Le Vieux Bassin, parce' qu'il date du temps de Richelieu, qui le fit construire ; mais il a été creusé de nouveau et approprié aux besoins de la navigation moderne.
Le bassin du Commerce peu! recevoir plus de deux cents navires. Il est situé à l'est de la place Gambetta, et se trouve pourvu d'une puissante machine à mater.
Le bassin de la Banr, à l'est du Havre, olTre encore une surface plus étendue. Là, est (''tabli un doc/c flotlaiit, permettant d'accomplir les rt'parations les plii> miimlii-uses des navires, sans l'emploi des movens lenis d'autrefois.
Le bassin de VEitre est le plus i,M-aud de tous l'i, peut-être, un des pliu> beaux ipii soient dans le momie entier.
Il ne couvre pas moins d'une étendue de ringt et un hectares et est pourvu de trois cales sèc/ies . Les docks, ou eutrepCds, en sont voisins ; s'étendent sui' uih' surface immense.
Le bassin de Vauban est égalemcnl fort grand et bordé de docks: c'està-dire de Magasins gcnéraux.
On s'explique la nécessité de ces entrepôts, lorsqu'on ouvre le registre des douanes : le commerce du Havre équivalant au cinquième des négociations de la France entière.
Le bassin de la Floride est situé au sud di' la ville. Par une écliis,» d,.
chasse, ses eaux servent à opérer le déblaiement du port, que la vase et les galets menacent constamment.
Les grands vapeurs transatlantiques se rangent, en général, dans ce bassin.
Le magnifique steamer que nous avions vu arriver, devant être, à présent, amarré à quai, il nous sera facile de le visiter en détail. Cet examen d'un navire, géant entre les bâtiments de commerce, nous préparera à la visite (que nous ferons à Cherbourg) d'un vaisseau cuirassé, géant entre les bâtiments de guerre. Plus tard, cette étude formera l'objet d'une comparaison intéressante.
Indifféremment, on appelle ces grands navires : transatlantiques, du nom de la compagnie à laquelle ils appartiennent; steamers, d'un mot anglais signiliant simplement : bâtiment à vapeur; paquebots, quoique ce mot, contraction de l'anglais : packet-boat, désigne surtout un petit bâtiment léger.
Enfin, les vieux loups de mer ne feront point difficulté de dire bonnement le vapeur; bien qu'il ne manque pas de navires pouvant revendiquer ce titre, la marche à la vapeur tendant, de plus en plus, à remplacer la marche à la voile.
Les paquebots sont de deux systèmes : à aubes ou à hélice. Dans les premiers, on aperçoit, de chaque côté du poîit, de vastes tambours ou cylindres, recouvrant la plus grande partie de deux fortes roues plongeant à demi dans l'eau. Sur ces tambours, de même que sur des palettes on aubes, fixées à la circonférence des roues, s'exerce l'effort des vagues, divisées par le moindre ébranlement du navire. Cet effort cause un choc, lequel, toujours répété, produit, par sa régulière succession, la marche du paquebot.
Nous pouvons nous rendre compte de ce système, par l'examen d'un canot conduit à la rame. Lorsque le rameur appuie sur l'instrument qu'il tient en main, l'oau offre, pendant une seconde, la résistance voulue pour permettre de guider l'embarcation vers un point désigné. Le même mouvement, renouvelé, assure, avec plus ou moins de rapidité, selon la force du rameur, la marche du canot.
Sur les paquebots, une machine à vapeur produit l'impulsion des roues. On se rend compte de la régularité ainsi assurée, car il ne s'agit que d'entretenir la machine à un degré constant de chaleur pour en obtenir le même travail.
PONT ET i;.VlilNK Dl'N TRANSATI.ANTIQUK.
DE riUNKERQUE AU MONT SAI.NT-MICIIEL .H'j
Mais le syslèinc à aubes offre un véritable inconvénient, Los cyluKires des roues sent très exposés à des cljocs graves, et le navire peut rester désemparé au milieu d'un voyage. De plus, il est encombrant et, en temps de guerre, un boulot a bientôt fait de désorganiser la pailic apparonle de la machine.
Ces remarques conduisirent un inventeur à appliquer un autre système. Frédéric-I'ierre Sauvage s'occupa, vers l'année 1811, do reprendre les essais d'un mécanicien d'Amiens, Charles Dali.ery', qui, eu l(S05, avait pris un brevet d'invention pour cunsUuire des machines marines, dites à hélice.
Ni l'un ni l'autre des chercheurs n'eut la joie de faire triompher l'idée. Les essais de Dallery restèrent imparfaits et, désespéré, le mécanicien brisa son modèle. Sauvage, lui, réussit complètement, mais nous savons qu'il ne put trouver l'aide matérielle nécessaire, et qu'il éprouva la douleur de ne point obtenir justice, quand il revendiqua la gloire de ses travaux. Mieux éclairée, maintenant, l'opinion publique a rendu l'arrêt sollicité par le pauvre grand homme.
Arrêt glorieux, mais, liélasi trop tardif, comme beaucoup d'autres....
Les dictionnaires déilMisscnl ainsi l'hélice : « Une ligne tracée en forme de vis autour d'un cylindre. » On pourrait la définir encore : t un escalier tournant dont les angles des marches sont abattus. » Mais cela ne nous donne, peut-être pas, tout de suite, l'image exacte de celte ingénieuse machine. Cherchons donc quelque objet qui nous soit familier. Sans aller loin, nous en trouverons deux : un lire-bouchon et un escargot.
Ucmarquons, dans le premier, une lige droite, inflexible, autour do laquelle s'enroulent les divers étages d'une vis. Nous savons que, pour enfoncer le tire-bouchon, il faut le faire tourner sur lui-même; autrement, le côté tranchant de la vis ne pénétrerait pas dans le liège.
De mcuie l'animal appelé escargot, ne peut se cacher si bien dans sa maison portative, en sortir ou y rentrer, que s'il fait prendre à son corps la forme enroulée de la coquille dont il est recouvert. On ne parviendrait pas à l'en retirer, si l'on ne lui faisait exécuter le même mouvement. Les naturalistes appellent le colimaçon : hélice, à cause de la disposition de sa coquille.
1. Né, en iltA, à Amiens, mort en 1835. Il apporta des perfeclioiiiioiiRiUs a la bijuiiterie el iiivcula, en 17*^1), une nmdiine S vaiioiiravoc chaïuIiiTt' liilmlaire.
Nous comprenons très bien, à présent, le rôle de l'hélice appliquée à la marine. Son premier avantage est de rester dissimulée, à l'arrière, dans les flancs du navire où, seuls, les écueils peuvent l'atteindre. Elle est là, vis gigantesque, toute prête à pénétrer les flots, comme un tire-bouchon pénètre le liège.
L'eau bouillonne et se masse, pour ainsi dire, entre les divers étages de la spirale. Constamment renouvelée, celte eau achève ou, pour mieux parler, complète le mouvement de la machine et le navire avance prompt, majestueux, sans autre trace apparente de mécanisme que la cheminée destinée à laisser échapper la fumée du foyer qui alimente, par sa vapeur, tout le système.
N'est-ce pas merveilleux?
Le dessin représente, dans sa partie supérieure, un steamer à aubes; au milieu, il nous montre un steamer à hélice, voguant vers le port; à sa partie inférieure, il donne l'aspect du pont de l'un de ces grands navires, vu de la timonerie.
Ce dernier mot prend, tout de suite, un petit air rébarbatif, car il nous est inconnu. Mais, avec un peu de réflexion, nous le comprendrons vite.
Sans limon, une voilure ne pourrait être attelée. Sans les divers objets qui composent l'ensemble de la timonerie, il serait impossible de guider sûrement un navire. Là, se trouvent la roue du gouvernail', les compas donnant la direction à suivre, les horloges, les habitacles....
Les marins nomment ainsi les petites armoires, soigneusement construites, qui contiennent les boussoles. On se rappelle, bien certainement, que l'aiguille aimantée de la boussole, possède la propriété de se tourner toujours vers le point nord de la terre.
Ce fut au treizième siècle que l'on découvrit, en Europe, ce phénomène. Les Chinois, prétend-on, le connaissaient plus de mille ans avant l'ère chrétienne. Cela n'est pas absolument prouvé. En tout cas, nous avons eu vite fait de dépasser les enfants du Céleste-Empire dans les applications de la boussole à la marine.
Flavio GiojA, un Italien, imagina, le premier, de placer l'aiguille aimantée sur un pivot, de manière que ses diverses oscillations ne pussent être influencées par aucune cause étrangère, et que les observations devinssent
i. La barre du gouvernail était, autrefois, appelée timon, d'où, par estoiision, le nom de limonerie, e gouvernail restant l'une des parties indispensables à la niarclie d'un navire.
M. DUNKF.r.QDE AU MONT SAIN'T-MICIIEL ii:»
faciles, exactes. Le cercle Iracé par l'aiguille est divisé en treute-dcm parties, à chacune desquelles correspond une aire de vent, autrement dit, une des directions prises par le vent. Aussi le cercle entier, divisé de la sorte, prend-il le nom de rose des vents.
L'importance de garder avec soin les boussoles se démontre d'elle-même. Comment, perdu sur l'immensité de l'Océan, par une nuit sans lune et sans étoiles, un navire Irouvcrait-il sa route avec précision, si la petite aiguille magique ne lui apprenait où se trouve le nord? On n'ignore pas qu'un point trouvé donne, tout de suite, la direction des autres points. Ainsi, veuton marcher vers le sud? Il ne s'agit plus que de continuer à avancer sur une ligne régulière exactement opposée au nord. Veut-on aller à l'est? On prend la droite du nord. S'agit-il de tourner vers l'ouest? On prend la gauche du nord. Pour les points intermédiaires : sud-est, nord-est, nord-ouest, sudouest, c'est ralTaire de celui qui consulte la boussole de tracer la route à suivre.
Donc, en quelque sorte, la boussole est l'objet le jilus précieux conservé dans la partie du navire appelée : la timonerie. Voilà pourquoi, afin d'obtenir, à son égard, toute sécurité, on a imaginé les habitacles.
Les nouveaux sont construits en cuivre, terminés par un petit dôme élevé sur des pieds. Quand vient la nuit, ils sont éclairés au moyen de réllecleurs, car jamais les officiers chargés, chacun à tour de rôle, de surveiller la route, ou encore l'homme placé au gouvernail, ne doivent être embarrassés pour consulter la boussole : le salut du navire et des passagers dépendant de cette vigilance.
Visitons, à présent, un paquebot transatlantique. Ce nom nous dit que le navire est destiné à aller, par delà les mers, porter des voyageurs ou des marchandises (le plus souvent l'un et l'autre). On a donné aux paquebots une forme élancée, mais, en même temps, des dimensions prodigieuses. Ils dépassent couramment 100 vièlrcsl Leurs proportions, en largeur, sont, bien entendu, graduées d'après ce chiffre. Jamais, mieux que de nos jours, un navire n'a mérité la vieille comparaison qui le désignait comme une ville /lollanlc' .
Les machines dont ils reçoivent l'impulsion doivent participer de ces
1. Il y a au ^fus('c de Marine un très beau modèle de Transnllnnlique. avec une secdon lonj,'i(udinale qui en nioiilre l'iiilérieur. Un exposé des cabines à passagers l'accompagne.
22i LE LITTORAL DE LA FRANCE
progrès. On n'est plus étonné quand il s'agit d'une force de 1500 chevaux et d'une jauge brute de 5500 tonneaux.
Ici, faisons appel à nos souvenirs. Un cheval-vapeur représente une force capable d'élever un poids de 75 kilogrammes, dans l'espace d'une seconde, à un mètre de hauteur. Multiplions ces chiffres par 1500, nous saurons, surle-champ, qu'une telle machine emportera cent douze mille kilogrammes par chaque seconde de marche!
D'un autre côté, nous savons qu'un tonneait représente un poids de mille kilogrammes. La jauge, ou capacité de supporter 5500 tonneaux, donne, en conséquence, un total de trois millions cinq cent mille kilogrammes!
Seulement, car, pour toutes les œuvres de l'homme, il y a un, sinon plusieurs seulement, ces grands navires offrent, à la mer, une surface trop vaste, et les flots, bouleversés par la tempête, se ruent contre eux avec d'autant plus de violence. Formant, en quelque sorte, un ilôt au milieu des vagues, leurs cloisons subissent des chocs furieux, auxquels échappent des bâtiments de taille plus modeste.
Ce n'est donc peut-être pas dans l'exagération des dimensions qu'il faut chercher le progrès naval.
Quoi qu'il en soit, continuons notre visite au steamer.
Beaucoup de petites villes ne possèdent pas la population que l'on y trouve. Douze cents passagers, sans compter l'équipage, en forment le contingent humain, réparti en classes diverses, suivant le prix payé pour le voyage. Lorsque l'on a pu prendre la première classe, il serait presque facile d'oublier que l'on est à la merci de Vêlement perfide, comme disent les poètes.
Toutes les recherches du luxe le plus rafliné sout prodiguées tant pour la table que pour l'ameublement. !
Dans des salles à manger magnifiques, on déguste les mets et les vins les plus raffinés. Dans des salons spleudides, sont réunis tous les moyens possibles de combattre l'ennui. Enfin dans les cabines, ou chambres à coucher, on a, sauf beaucoup d'espace, les aises voulues.
En seconde classe, on est encore fort bien.
En troisième, par exemple, le voyageur est réduit au strict nécessaire.
Aussi n'est-il pas toujours consolant, le spectacle offert par la foule d'émigrants qui s'embarquent, sans cesse attirés vers les pays lointains comme vers nn mirage trop souvent trompeur.
Des familles entières s'expatrient. Parmi elles, les Allemands sont en
I»l. Iil NKLHIJLK AI MnM SMM-MICIII.L i25
iiiujoritt', et lo j;ios de rémigralioii se dirige généralemeul vers les Élals-Unis.
Nous l'avons dil et nous le répétons, ces départs sont parfois iiavi-ants. Beaucoup d'entre les éniigranls, ont réuni leurs suj)rènies ressources pour [iivi'i- le prix du passage. Des Sociétés spéciales distribuent bien quelques secours, payent, au besoin, le voyage, mais les secours sont préoaires et la misère n'en leste pas moins, hélas ! trop visible.
.N'oublions pus, cependant, d'ajouter, pour l'Iiuiuieur de la bienlaisancc rran(;aise, que nos navires sont très hospitaliers aux éniigraiits.
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Saloa d'uu transntlantii|ue.
Il l'audrail plus d'uni.' joiumV', si l'un voulait voir, jnsipio dans les plus petits détails, un de ces grands steamers. Partout des escaliers conduisent aux dillérenls étages et, avec un peu de sang-froid, à l'heure d'un sinistre, on arriverait sans peine sur le pont. l'ar malheur, c'est toujours le sang-froid qui manque et la peur cause d'irrémédiables catastrophes.
On juge des (pialités de premier ordre dont un capitaine de navire doit être doué. Psulle pari, plus qu'à bord d'un bâtiment, un chef n'a besoin de prudence \igilanlc, d'aulorilé morale, de décision courageuse.
Mais, au moment où nous nous retrouvons près de la place affectée aux timoniers, une cloche annonce que le départ est proche. 11 nous faut revenir à terre. Bientôt, nous verrons les ancres énormes soulevées, et l'immense vaisseau prendre doucement le chemin de la rade, pour s'élancer ensuite, fougueux, vers la pleine mer. Souhailous-lui une heureuse traversée cl un heureux retour,...
Transatlanlii]ue.
CIIAIMTHK \\l