LE HAVRE
Jusque sous Charles Vif, il ne se trouvait, à la place occupée par I.e Havre, que deux tours prolégeaut cette partie du littoral.
Louis XII, le premier, eut la pensée de créer uu jiort dans cette situation avantageuse. Vers 15U9, il Ht couinieucer quelques travaux, mais c'est à
François I" que revient riiouneur de la fuiidatioii ; car, à partir de 15 IG, l'idée primitive ne fut plus abaiulounéc.
On suivit un plan tracé par Bonuivet, qui, décidément, justifiait parfois la faveur dont l'honorait François I".
Guyou Le Iloi, seigneur du Chaillou, était chargé de l'exéculioii de ce plan.
-Mi
LE LITTOn.M, DE LA FRANCE
L'entreprise offrait d'immenses difficultés, le terrain sur lequel devait être bâtie la ville future n'offrant aucune consistance, et, maintes fois, la mer faillit tout détruire. En 1525, l'année même où le roi fut fait prisonnier à Pavie, le désastre sembla devenir à peu près irréparable. Moins de deux cents ans plus tard, le danger se renouvela terrible, et revint encore menaçant en 1718 et en 1765.
Malgré tout, la prospérité du Havre allait croissant. Non seulement sa position était excellente, mais l'avantage, offert par ses bassins naturels, de conserver la mer en son plein trois grandes heures de plus que les ports voisins, lui assurait une supériorité incontestable.
Pendant quelque temps la ville nouvelle, en reconnaissance des bienfaits du roi, fut appelée Franciscopolis ou vills de François. Mais, depuis de
Le Havue. — Ancien Hôlel-de-Ville.
longues années, les marins étaient habitués à prendre pour point de repère une vieille chapelle nommée Noire-Dame de Grâce, élevée, disent quelques auteurs, sur le coteau d'Ingou ville, ou, selon une opinion plus répandue, une autre chapelle, placée sous le même vocable, et située sur la colline de Honflcur, vis-à-vis de la ville naissante, qui, de cette circonstance, prit et garda le nom de Havre-de-Grâce.
Quarante-six ans après sa fondation, la cité fut, par malheur, livrée aux Anglais, qui ne purent la garder que neuf mois, quoique le comte de Warwick y commandât en personne.
Le connétable de Montmorency, puissamment aidé par la noblesse française, reprit le Havre, et Charles IX, accompagné de sa mère, put venir visiter l'importante station maritime qui avait failli échapper à son pouvoir.
L'enthousiasme fut si grand que, rapportent les historiens, le roi et
DE nUNKERQL'F. AU MONT SAINT-MICHEL 207
la icirip-iiiL-re soiigùiciil, un inslanl, à fonder un liôpital spécial pour recevoir ceux (i'enlre les soldais français trop grièvement blessés pendant le siège pour pouvoir coiiliinicr leur service; mais l'idée, pourtant d'une excellente politique, fut abandonnée. Les Invalides «lurent attendre près d'un siècle encore que l'on s'occupât d'eux.
L'époque de la Ligue fut mauvaise pour le Havre; néanmoins, son commerce se développait. 11 allait prendre un essor rapide, grûce à Richelieu et à Colbcrt. Le génie du premier s'attacha avec ardeur à cette œuvre nouvelle. Non seulement il mil la ville en état de repousser une agression violente : il fil mieux cl plus. Des ateliers, des quais, des Com])agnies commerciales rendirent au port la possibilité de profiter do sa situation exceptioonellc.
Vieux Havre.
Le grand cardinal ne s'y trompait pas. Le Havre était destiné à devenir, au nord-ouest, le rival heureux du magnifique port sud-est français .de Marseille.
Richelieu prenait à cœur son titre de gouverneur de la jeune cité normande.
Coll)(M'l (levait continuer le plan du cardinal. Rien n'échappait à son patriotisme. Il savait trop que si un pays est, parfois, forcé de défendre son honneur et l'intégrité de son territoire, seuls l'industrie et le commerce alimentent sa prospérité.
Vauban fut chargé d'étudier les meilleurs moyens de vaincre les obstacles opposés par les détritus marins encombrant le port. Nul ne pouvait mieux s'aii|iiiiii'r (l'une semblable fâche.
Aucune rivière ne baignant le Ilavie, et ne pouvant, par conséquent, aider au nettoyage des bassins, Vauban résolut d'opérer une prise à la Lézarde, joli petit cours d'eau déboucbant, à dix kilomètres de distance, dans le port envasé d'IIarfleur. La jetée fut nolablemeiit allongée, les bassins mis en état et creusés à nouveau. Désormais, vu les besoins delà navigation à celte époque, le Havre offrait toutes les facilités suffisantes. La fameuse Compagnie des Indes le comprit et y établit un de ses sièges sociaux.
C'en était trop pour nos ennemis. En 1694, la flotte anglaise, qui
nombni'rtemcnt du Havre, en 1C04.
venait de bombarder Dieppe et quelques autres petits ports normands, s'embossa devant le Havre.
Heureusement, la mer et les vents contraires se firent les protecteurs delà cité; peu de dégâts eurent lien.
Une période de soixante-cinq années s'écoula sans perturbations graves; mais, en 1759, les Anglais voulurent reprendre leur œuvre destructive. Les bombes incendiaires plurent par centaines sur la pauvre ville qui, cependant, résista avec assez d'énergie pour obliger les agresseurs à s'éloigner.
Si l'atlaque avait été vive, les traces s'en effacèrent promptement. Deux
■K Wf >r^ •*"^*^^
i --.S'.'TVTT
riR DUNKERQUK AU MONT SAINT-MICHEL -ili
gravures cxôciilées pour le roi, en 1770, prouvent l'étemluc acquise parle port et ractivilé dont il était le lliéàlre.
La période de la Révolution et celle du premier Empire parahsèrenl un peu le Havre, quoiiiui; Na[)oléon I" eût, un insl;int, songé à Iransfornior son port en station militaire et y eût fait exécuter quelques travaux indispensables, entre autres, une écluse contre les atterrissemenls vaseux.
Mais, dès que la France et l'EuroiJO purent reprendre confiance en la durée de la paix, une progression rapide s'établit dans le chiffre des transactions.
C'est, avec Marseille, le premier port commercial français.
Les anciennes fortifications ne tardèrent pas à devenir importunes pour l'agrandissement de l'enceinte habitée. Aussi, en 1854, supprinia-l-un