‹ Le littoral de la France (volume 2)Chapitre 2 sur 54 · INTRODUCTION III · texte numérisé non relu

INTRODUCTION III

marche toujours asceiidanlo du commerce de nos voisins el concurrenis ;?our souhaiter, non l'arrêt, mais l'exlension de travaux dont la nécessilé se démontre d'ellc-mômc.

El n'est-ce pas le cas de se rappeler qu'un bon vieux proverbe fait cette remarque, naïve à force de sens commun :

« Qui ne hasarde rien, n'a rien! »

Seulement, ici, le hasard se réduit à peu de chose. Oui, à peu de chose. Une nation qui sut trouver avec tant do facilité la pesante rançon de la guerre, ne reculera pas devant la rançon de la paix.

L'argent demandé n'est point destiné à se stériliser entre nos mains. Tout au contraire, il doit créer une émulation féconde, mettre en œuvre des forces vives qui ne réclament rien que la possibilité de concourir à la prospérité du pays.

La philosophie du présent ne se dégage-t-elle point, lumineuse, de la philoso|ihie du passé?

Longtemps notre génie maritime s'est brillamment affirmé. Que faisait la mère patrie pour les hardis navigateurs portant dans le monde entier la renommée de la France? Pour les colons dévoués dont le travail obstiné cherchait à maintenir le prestige du nom français?

L'histoire répond en ouvrant dos pages cruelles.

Mais, si les erreurs d'autrefois furent la consé(iuence forcée d'une situation territoriale enviée, le temps est passé où de pareilles fautes puissent èlre renouvelées.

Aussi, rien ne nous surprend-il plus que d'entendre des Français dénier à leur |)ays les qualités et les ressources qui sont sa véritable force, (lui lui ont permis de subir, sans tomber pour jamais écrasé, tant (l'offroyables vicissitudes.

Uendons-nous un compte sérieux de la situation de nos ports marchands, grands et petits, nous verrons ce qu'ils sont appelés à devenir, si nous le voulons.

Les obstacles se sont vainement multipliés, une robuste vitalité les tient en échec. Qu'elle soit encouragée, aussitôt un splendide épanouisscnienl suivra.

Nous ne pensons pas être aveuglé par l'optimisme, en croyant que nous ne manquons d'aucun élément de succès.

Nos marins sont braves, expérimentés; nos explorateurs font preuve d'une énergie d'aiilaiil plus ronîan|ual)le que leurs ressources sont loin d'être à la liaiitciir de leurs onUeiuisos.

Nous n'ajouterons pas que la protection dont ils sont couverts gagnerait à se montrer moins timide.

Cependant, notre influence est réelle, et, là où nous n'avons à combattre que l'ignorance, nous triomphons constamment.

Jamais, quoique l'allégation contraire soit devenue monnaie courante, même en France, jamais peuple a-t-il laissé trace aussi profonde que celle, bien distincte encore, de notre occupation dans des colonies perdues?

Partout nous sommes bien accueillis. Notre caractère national se plie avec une facilité remarquable à toutes les situations . Et ce que nous faisons, quand des raisons politiques ne viennent pas se jeter à la traverse, prend un caractère de simplicité forte, de bonhomie, de loyauté bien propre à nous concilier les populations qu'il s'agit de disposer en notre faveur.

Les pionniers français ne s'avancent point suivis d'un train grandiose. Ils arrivent, néanmoins, à leur but. Si un catalogue absolument véridique des découvertes et des colonisations était dressé, la surprise serait immense de voir, presque à chaque ligne, briller un nom français....

Malheureusement, nous nous sommes toujours laissés éblouir par le prestige militaire . Combien se souviennent avec admiration de la riche pléiade de nos généraux, qui ignorent la gloire dont nous sommes redevables aux Prégent, aux d'Harcourt, aux Paul, aux d'Estrées, aux La Bourdonnais, aux Suffren, aux d'Estaing, aux Château-Renault, aux Valbelle.... A peine bégayent-ils les noms du grand Duquesnc, de Tourville, de Jean Bart , de Duguay-Trouin.

A peine soupçonnent-ils cette autre gloire, faite toute de dévouement à la Patrie, à la science, qui entoure les noms de Jacques Cartier, le grand Malouin; de Bougainville, le spirituel gentilhomme, le marin énergique; de La Pérouse, assassiné sur un écueil océanien, après des succès chèrement achetés; de D'Entrecasteaux, qui porta si fièrement le pavillon français sur tant de rivages nouveaux ou mal connus; de Dunionl-d'Urville, un de nos navigateurs les plus illustres, mais dont les merveilleux travaux doivent, surtout, à la cruelle catastrophe du 8 mai 184'2 leur popularité!

Cependant pourquoi continuer une telle énumération, quand il est une autre classe d'hommes dévoués, plus oubliés encore.

Rarement nos voyageurs peuvent espérer voir leurs efforts récompensés, nous ne disons pas même par de l'argent ou des distinctions.

INTHODICTION 7

mais seuleiiiciil par une allciilion légitime, un désir vrai de profiter de jalons souvent placés au prix des plus héroïques sacrifices.

Nous ne citerons pas de noms : ces souvenirs sont trop tristes.

Il nous suffira de copier des lignes éloquentes empruntées à un écrivain illustre'.

1 Nous no pouvons trop honorer ceux qui ont porté si loin et défendu si vaillaininont notre drapeau. Ce n'est pourtant point par ses ardentes batailles et ses nombreuses victoires que la France a acquis une place si distincte dans l'histoire des colonisations, c'est par son esprit de justice et de mansuétude, par ses facultés d'attraction et d'assimilation.

> Elle n'a point fait de cruelles ordonnances pour obtenir la plus abondante récolte de la terre coni|uise; elle n'a point, pour apaiser sa soif d'or, torturé d'innocentes peuplades vaincues. Elle n'a point écrasé, ou refoulé dans de sombres régions, des millions d'honnêtes familles pour n'avoir plus à leur disputer une parcelle de leurs domaines héréditaires.

" Ah! si en pensant à tout ce que nous avons possédé et à tout ce que nous avons perdu, il ne nous est pas possible de lire sans regrets la chronique de nos colonies, nous pouvons, du moins, la lire sans remords.

<( Nulle de nos souverainetés n'a fait gémir l'àme d'un Las Casas : nulle de nos coutumes n'a suscité un désir insatiable de vengeance dans le cœur d'un Montbars, et nul de nos gouverneurs n'a, par ses rapacités, enflammé la foudroyante éloquence d'un Burke et d'un Sheridan. i-

Nous ne persévérerons pas dans notre déplorable indifférence. Le moment est venu où la moindre des forces vives du pays doit être mise en œuvre.

La prépondérance que nos derniers revers nous ont arrachée, il nous est facile de la reconquérir avec nos seules ressources.

La France, avons-nous déjà dit ailleurs, n'est-elle pas une contrée exceptionnellement favorisée?

Le génie de ses enfants l'a portée bien haut dans toutes les branches de l'intelligence humaine, et le travail, a|)pliqué à son sol, a toujours prom|)tement réparé ses désastres.

Quel autre pays peut se vanter d'une situation maritime plus l'avorahle, d'un air plus salubre, d'un climat plus tempéré, d'un territoire plus facile à toutes les cultures? Au nord, à l'ouest, au midi, elle a

1. La France dans ses Colnnies, discniirs lu à la séance trimestrielle de rinslitiil, le 8 janvier 1875, par M. Xavier MAnmin, de l'Aradéinie Française.

des ports commodes. Elle a des fleuves fournissant, à l'intérieur, des routes naturelles qui conduisent dans toutes les directions. Si imparfaitement cultivée qu'elle soit encore, la terre y produit, selon les régions, du vin, du cidre, de la bière, du blé excellent, dont on pourrait augmenter le rendement en aménageant de vastes espaces délaissés ; elle donne de la viande savoureuse, des fruits délicieux, des légumes en quantités innombrables .

Elle possède de superbes races de chevaux, d'excellentes et belles races de bétail. Il lui reste d'assez vastes forêts; les mines de toute sorte ne lui manquent pas . Le lin et le chanvre y peuvent, toujours, prospérer. Ses nombreux troupeaux de moutons lui fournissent une laine soyeuse....

Supposons un instant que, par suite d'une cause soudaine, la France ne puisse communiquer avec aucun autre pays... Périrait-elle pour cela? Non, elle peut se suffire à elle-même.

En parlant ainsi, nous ne nous laissons pas emporter par un enthousiasme aveugle. Les relations commerciales entre peuples sont le grand moyen de civilisation et de progrès. Un pays qui s'isolerait complètement ne saurait longtemps, sans dommage, vivre ainsi.

Nous avons simplement voulu exprimer, par la plus nette des images, les richesses enfouies dans le sol de notre patrie ou disséminées à sa surface. C'est un trésor caché aux yeux indifférents, une source inépuisable de biens pour qui veut les mettre en œuvre.

Dire : mettre en œuvre, suppose, nécessairement, la création d'un grand courant d'échanges. Qu'importerait l'augmentation du chiffre des produits reçus de l'étranger, si le total des marchandises expédiées par nos ports s'accroissait dans la même proportion?

Phénomène étonnant, nous sommes victimes, nous que l'on accuse si volontiers d'outrecuidance, du défaut de confiance en nous.

Il est temps, cependant, de rejeter bien loin cette timidité. Les esprits clairvoyants jugent et comparent.

Plusieurs des sources de nos revenus sont en train de se tarir, si nous n'y avisons.

Surexcités par la nécessité et, aussi, par le désir bien naturel de se soustraire à un lourd tribut, quelques pays ont fait faire à leur commerce, à leur industrie des progrès considérables. Sur le terrain de l'art, enfin, nous les retrouvons assez forts pour que nous devions, désormais, compter avec eux. .„

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