‹ Le littoral de la FranceChapitre 100 sur 120 · I.E BnEUTAER · texte numérisé non relu

I.E BnEUTAER

Et qu'as-tu donc, mon ami, que ton cœur n'est pas joyeux?

LE BAZVALAN

J'avais une petite colombe dans mon colombier, avec mon pigeon, et voilà que l'épervier est accouru, aussi prompt qu'un coup de vent, et il a effrayé ma petite colombe, et l'on ne sait ce qu'elle est devenue.

LE BREUTAEU

Je te trouve bien requinqué pour un homme si affligé ; tu as peigné tes blonds cheveux, comme si tu te rendais à la danse.

LE BAZVALAN

Mon ami, ne me raillez pas; n'avez- vous pas vu ma petite colombe blanche ? Je n'aurai de bonheur au monde que je n'ai trouvé ma petite colombe.

LE BREUTAER

Je n'ai point vu ta petite colombe, ni ton pigeon non plus.

LE BAZVALAN

Jeune homme, tu dis un mensonge : les gens du dehors l'ont vue voler du côté de la cour et descendre dans ton verger.

LE BREUTAER

Je n'ai point vu ta petite colombe, ni ton pigeon blanc non plus

LE RAZVALAN

Mon pigeon blanc sera trouvé mort si sa compagne ne vient pas; il mourra, mon pauvre pigeon; je vais voir à travers la porte.

LE BREUTAER

Halte-là ! l'ami, on ne passe pas ; je vais voir moi-même.

(// entre dans la maison et revient tin moment après.)

Je suis allé dans mon courtil, mon ami, et je n'y ai point trouvé de colombe, mais

quantité de fleurs, des lilas et des églantiers, et surtout une gentille petite rose qui fleurit au

coin du hallier; je vais vous la chercher, si vous le voulez, pour rendre joyeux votre esprit

(// entre une seconde fois dans la maison, puis revient en tenant une petite fille par la main.)

LE BAZVALAN

Charmante fleur, vraiment ! Gentille et comme il faut pour rendre un cœur joyeux ! Si mon pigeon était une goutte de rosée, il se laisserait tomber sur elle.

{Après une pause.) Je vais monter au grenier, peut-être y est-elle entrée en volant?

LE BREUTAER

Restez, bel ami; un moment, j'y vais moi-même.

{Il revient avec la maîtresse de maison.) Je suis monté au grenier, et je n'y ai point trouvé de colombe, je n'y ai trouvé que cet épi abandonné après la moisson.

Mets-le à ton chapeau, si tu veux, pour le consoler.

LE BAZVALAN

Autant l'épi a de grains, autant de petits aura ma colombe blanche sous ses ailes, dans son nid, elle au milieu, tout doucement.

{Après une pause.) Je vais voir au champ.

'. L'avocat, le défenseur Je lu fiancée.

nr MONT SAINT-MICFIKL A I.ORIEiNT l\2'd

LK r.RIHTAKR

Anvioz, mon ami, vous n'iroz point; vous s;ilirit>z vos boaux souliers: j'y vais moi-même pour vous.

(// revient avec la grand' me re.)

Je ne trouve de colombe en aucune façon; je n'ai trouvé qu'une pomme, que celte pomme ridée depuis longtemps, sous l'arbre, |)armi les feuilles; meltez-la dans votre poche, et donnez-la à manger à votre pigeon, et il ne gémira plus.

LE BAZVAI.AN

Merci, mon ami; pour élre ridé, un bon fruit ne perd pas son parfum, mais je n'ai que faire de votre ponuue. de votre (leur ni de votre épi; c'est ma petite colombe que je veux; je vais moi-même la chercher.

LE nUEUTAKU

Seigneur Dieu! que celui-ci est fin! Viens donc, mon ami, viens avec moi; ta petite colombe n'est pas perdue : c'est moi-même qui l'ai gardée, dans ma chambre, en une cage d'ivoire, dont les barreaux sont d'or et d'argent; elle est là, toute gaie, toute gentille; toute belle et magnifiquement parée.

[Le Baz-valan est inlrodiiit; il s'asseoit un moment à table, puis va prendre la fiancée.)

Et la cérémonie continuait.... Klle était longue, pleine de détails ou louchants, ou railleurs, ou franchement gais dans leur parlum antique.

Nous aurions voulu pouvoir puiser plus largement à la source généreuse; chaque emprunt eût prouvé la souplesse, la variété, l'abondance d'inspiration du génie breton : aucune de ses qualités n'est appauvrie. Le Barzaz-Breiz contient des pièces modernes et plusieurs pièces contemporaines qui ne le cèdent en rien à leurs aînées.

La Cliamon du Pilote, retraçant le combat glorieux de la Surveillante, ressemble à une belle page d'histoire écrite en vers inspirés. Les Hirondelles, Les Fleurs de Mai, deux suaves compositions, ont très justement obtenu droil d'entrée dans un livre qu'il faudra toujours consulter, quand on voudra connaître le cœur, l'âme de la Bretagne, sa vie intime, depuis l'époque éloignée où elle se constitua souveraineté indépendante, pour en arriver, après des siècles de luttes, à l'union complète avec la France....

La France y gagna un joyau sans prix. L'avenir dira si ce joyau a été apprécié comme il méritait de l'être.

Fusil Kropatcliek, sabre d'aLordage et sabre d'ofncicr. II. 67

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