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CHAPITRE XXXVIII

U DAIE ET FA VILLE DE DOUARNENEZ. — LA PÊCHE DE LA SARDINE LA PÊCHE DU MAQUEREAU

Des rivages harmonieusement étendus sur une courbure de plus de cinquante kilomètres; des collines, tour à tour boisées ou arides; des montagnes élevées» écrasant des amphithéâtres de blocs amoncelés; des criques de sable lin, touchant à des falaises rocheuses, entr'ouvertes par des cavernes profondes; des villages sans nombre, tout pleins d'appels de pêcheurs, se disposant au départ, ou de femmes et d'enfants courant au-devant des barques; des côtes désertes, troublées seulement par le passage rapide, le cri rauque des oiseaux de mer; des îles, des îlots teintant la surface des vagues; des clochers, orgueilleuses pyramides dentelées, défiant le souffle emporté de la tempête d'équinoxe; une ville souriante, coquette, recevant, à la fois, les embruns de l'Océan et la douce fraîcheur de la petite rivière qui forme son port; des centaines de barques disséminées sur la vaste étendue des eaux tranquilles!...

Telle se montre la baie de Douarnenez, souvent comparée à la baie de Naples par des voyageurs que n'aveuglait pas un enthousiasme rejetant de leurs admirations les sites merveilleux et dédaignés de la patrie.

Il faut suivre à pied les contours de la baie, si l'on veut en apprécier les beautés et les développements prospères qu'elle peut encore attendre de l'avenir.

On traverse les territoires de plusieurs communes importantes : Telgruc, Saint-Nic, dominé par une montagne au triple sommet. La cime occidentale est couronnée par une sorte de dolmen, la cime méridionale, par quelques débris attribués à une enceinte druidique, chose vraisemblable, mais non démontrée : les habitants voyant partout, sans hésitation, la trace du culte mystérieux de leurs ancêtres.

na-l LE LITTORAL DE LA FRANCE

Plomodiern, au pied du Menez-Hom, livre une partie de son sol à la vieille route de Quimper : c'est ce que l'on nomme la lieue de Grève, appellation exagérée, la route côtoyant, sur moins de trois kilomètres, la baie de Douarnenez.

Plounévez ou Plonévez-Portzai est une grande et belle commune, comptant trois petits ports sur la baie : Tréguer, Rohardou, Trefentec ou Trefeuntec. L'anse de ce dernier nom offre de grands espaces sablonneux, appelés palues ou paluds^ aussi la chapelle de Sainte-Anne, située sur sa côte Nord, n'est-elle pas autrement désignée que : Sainte-Anne de la Palue.

Un très célèbre pardon, comptant au nombre des pèlerinages les plus suivis en Bretagne, y est établi.

Les mois de juillet et d'août voient défiler des paroisses entières, venani saluer une antique statue de la patronne du vieux duché, statue, dit la légende, trouvée sous les sables de la crique.

Peu de paysages prêtent autant à la célébration de ces fêtes que celui dont est environnée l'église moderne. Les montagnes druidiques forment un des côtés du tableau, la splendide baie de Douarnenez donne à l'autre extrémité un horizon pour ainsi dire sans limites.

Les palues, comme les moindres points de la falaise escarpée, sont couverts de pèlerins; le bruit de la chute d'eau du gros ruisseau, se perdant sur les sables, se mêle au choc du flux et du reflux, pendant que, sur le sommet de la côte, les chants graves des cantiques alternent avec le son du biniou.... Du moins on la retrouvait encore là, il y a quelques années, la cornemuse nationale, avec les derniers costumes fidèles aux traditions. Puisse-t-on les y retrouver longtemps! « L'utile (selon la parole énergique de Drizeux) n'ayant rien à craindre de la beauté. »

Plonévez-Portzai est une commune fort curieuse à explorer. La chapelle de Kerlas possède un beau clocher, de plus de quarante mètres de hauteur. Les vieux châteaux, les maisons ou manoirs nobles, comme on continue à dire, sont nombreux et intéressants. Le manoir de Nevet ou Nevez appartenait à une famille célèbre en Bretagne, dont la dernière descendante épousa le général Sébastiani. Les ruines 'de Lez argant remontent à une époque très éloignée, ainsi que celles du Vieux-Châtel, englobées dans une superbe propriété moderne.

Plusieurs autres sont également détruits, ainsi le manoir primitif de Lez arscoët (la Cour du bois); mais, dans l'habitation plus moderne, ont été reconnues des inscriptions, ou plutôt des caractères provenant d'inscriptions maintenant disparues, quant à leur assemblage originel.

TYPE BRETON (Environs de Quimper.)

nr MONT S.M.NT-MK.IIKL A LOlUlvNT 535

Los archéologues ont beaucoup discuté sur ces signes très curieux, sans formuler une explication tout à lait satisfaisante. Le ChanipoUion de Lezai*scoël est encore à trouver. Peut-être, après tout, s'apercevra-t-il que les signes controversés sont des altérations d'alphabets observés sur des litres ou des monuments extrêmement anciens, sans, pour cela, remonter aux druides, ainsi que le voulait Ciuillaume de Roslrenen.

Un vieux guerz, dont nous avons dit un mot, fait naître saint Thcgonnec à Tréfentec, et donne, pour lieu de sa mort, Plogonnec, où il s'était bâti un ermitage, après avoir eu lieu de se plaindre gravement de ses compatriotes. Voici le plus curieux des couplels du cantique :

• Quand Saint Thégonnec, né à Tréfentec, partit pour Plogonnec, il fit ses adieux en s'écrianl « avec enthousiasme :

• — Tréfentésiens, gens insensibles, vous serez toujours à court ; avec deux ou trois récoltes « par an, vous serez toujours dans le besoin; tout chien enragé qui viendra au pays descendra * à Tréfentec'! »

Cette malédiction (si tant est qu'elle fut jamais prononcée!) pesa longtemps sur le pays; heureusement, les Tréfentésiens, comme tous leurs concitoyens, ont accompli pas mal de progrès, et Plonévez-Portzai, d'où ils dépendent, devient de plus en plus prospère. Les céréales, le bétail, les œufs, les volailles sont expédiés en quantités considérables, ce qui n'empêche nullement bon nombre d'habitants d'être des pêcheurs intrépides.

Nous arrivons à Ploaré, belle et grande commune, qui portait jadis le nom de Ploark-Douaknenez (et vice versa). Mais, peu à peu, cette dernière localité, mieux située, s'agrandit.

Immédiatement assise sur la baie et sur la petite rivière de Paul- David ou Pouldavij, elle s'affranchit de toute allégeance envers Ploaré, bâti au sommet d'une colline de plus de soixante-dix mètres d'élévation (exactement 72"',47), puis finit par prendre le titre de ville.

Si Ploaré a diminué en importance, il lui reste un monument remar» quable : l'église, construction du quinzième siècle, qu'aucune addition ne dépare. Cà et là, des détails d'ornementation : navires, canots, poissons, rappellent la profession des fondateurs, marins et pêcheurs pour la plupart.

Le clocher, superbe, monte vers le ciel, à une hauteur de cinquante-

l. A. Marteville (daprès 31. l'abbé l'inclioii)-

cinq mètres. Jl sert d'amer, non seulement à toute la baie sur laquelle il plane, mais, au loin, dans l'Océan, on l'observe pour reconnaître la route à suivre.

Aucune description ne saurait donner une idée de la magnificence du panorama qu'il permet de découvrir. Et si l'on veut en garder une inaltérable impression, on doit le gravir de juin à octobre, alors que les barques sardinières explorent les moindres points de la baie, à la recherche des bancs du précieux petit poisson.

Une semblable scène, encadrée par des rivages merveilleux, retiendrait, pendant des journées entières, les yeux que sollicitent sans cesse mille détails attachants, imprévus.

Le décor ne perd rien de sa complète beauté, quand la baie, soulevée par un violent orage, entend mugir les profonds échos de ses falaises.

Rarement, elle devient la proie des affreuses tempêtes qui désolent Penmarc'h, Ouessant et tant d'autres côtes bretonnes; cependant, le vent d'hiver couvre soudain, de nuées mornes, son ciel d'un bleu si doux, charge de teintes plombées ses longues vagues de turquoise.... Mais, il est impuissant à altérer sa majesté souveraine, et le tableau enchanté reste presque sans rival dans son immuable splendeur....

Ploaré dispute à Quimper l'honneur de compter l'illustre Laennec' au nombre de ses enfants. Ce ne serait pas la première fois qu'un chef-lieu de département s'emparerait des gloires revendiquées par des communes plus humbles....

Un adage hollandais bien connu affirme que : la ville d'Amsterdam est bâtie sur des têtes de harengs.

Appliquant à la ville de Douarnenez cette parole humoristique et vraie, on peut dire qu'elle est bâtie sur des têtes de sardines.

Tout s'y rapporte à la sardine : passé, présent, avenir. Tout a grandi par elle, et peu d'événements auraient le pouvoir de contre-balancer l'effet des simples mots suivants : « Quelle sera l'issue de la campagne, cette année? »

Préoccupation bien naturelle : Douarnenez devant sa fortune à la pêche et aux industries qui en ont été la conséquence immédiate.

Située, nous venons de le dire, dans une position extrêmement commode, sur la baie qui a pris son nom et à l'embouchure du petit cours

i . Nous verrons à Quiinper la statue du célèbre médecin.

dVaii appelé Poulilavy', elle ne tarda guère à devenir le grand centre du trafic des nombreux villages et communes disséminés sur les cotes voisines.

Extrêmement poissonneuse, la baie fournit les variétés les plus estimées. On y trouve aussi bien le bar, le turbot, la sole que la raie et le merlan. L'anchois y émigré assez souvent et le thon n'y est pas inconnu. Les crustacés sont abondants; mais le passage des sardines a une importance capitale.

Le nom de l'excellent petit poisson lui avait été donné par les Romains, pour cette raison que les pécheurs de la Méditerranée le trouvaient en abondance et, surtout, aux abords des côtes de la Sardaigne. On a contesté la réalité de l'abondance, mais cela importe peu. IN'est-il pas prouvé que les migrations des harengs, des saumons, par exemple, ont changé de direction?

Et, malheureusement, ne sommes-nous pas peut-être destinés à voir un de ces cas ruineux pour les localités délaissées? Une chose très certaine, c'est que, depuis plusieurs années, la pêche des sardines a été moins fructueuse.

Tour à tour, on a attribué le fait à des dragages qui détruiraient les herbes marines dont le poisson est friand; puis à une déviation sensible des courants tièdes du Gulf-Slream^ courants toujours suivis par les bancs sardiniers. Rien de tout cela n'est peut-être absolument exact, et, comme par le passé, espérons-le, les barques bretonnes retrouveront la pêche rémunératrice.

Ainsi que le hareng, la sardine appartient au genre dupe. Suivant les localités, elle porte plusieurs noms. Les habitants du Nord l'appellent cradeau; à Bordeaux, elle est dite : royaiiy sans doute parce que le petit port de RoYAN en fournit beaucoup à la belle cité vinicole; les Gascons l'appellent encore galice.

La sardine arrive en bandes pressées, immenses, ou remonte simplement des profondeurs sous-marines pour venir déposer ses œufs dans un milieu plus à sa convenance.

Entre toutes les contrées recevant cette visite annuelle, la Bretagne est la plus favorisée, et Douarnenez, grâce à sa situation, grâce aux abris offerts par sa baie, reste le premier des ports sardiniers.

1. 11 est encore appelé Port-Rhu et descend des dernières ramifications des montagnes Noires. ir. 63

La pèche dure près de cinq mois, du commencement de juin à la |

lin d'octobre. Elle est annoncée par des troupes d'oiseaux de nier, s'élançant avidement au-devant des malheureuses sardines, menacées de tous côtés, car elles n'ont pas seulement à craindre les goélands et la foule de leurs congénères, mais des poissons plus forts qui commenceront l'œuvre achevée par l'homme. Il faut que leur multiplication dépasse de beaucoup |

tous les calculs tentés sur leur nombre; autrement, pas un échantillon de l'espèce ne serait encore vivant.

Les barques, cela va sans dire, ont été préparées; l'équipage de chacune d'elles se compose, en général, de cinq hommes, le patron compris. Les engins nécessaires : filets, barils, paniers, sel, rogue^ sont en bon état, plus un canot destiné au service des filets.

Les bateaux de Douarnenez sont de fins et bons marcheurs, très robustes; avec cela, un coup de mer ne les effraye pas. Ils se voilent d'une grande misaine% qui leur permet une facile allure au plus près (c'est-àdire de marcher contre le vent), manœuvre indispensable dans ce genre de pêche.

Des embarcations sont chargées d'aller reconnaître exactement la direction et l'arrivée des bancs. Les premiers poissons sont inférieurs en qualité à la sardine véritable, c'est-à-dire, selon toute apparence, à la sardine plus jeune, mais de chair infiniment délicate, quoique moins forte et moins grasse.

Bien certains de la route, les bateaux, une fois en vue de la troupe succulente, ralentissent leur marche, s'orientant « vent debout » afin de se trouver prêts à reprendre toute la vitesse nécessaire, sans le secours de l'équipage autrement occupé.

En effet, le petit canot appartenant à chaque bateau est, maintenant, employé pour le transport des pêcheurs et des filets.

Le patron reste à bord avec le mousse, auquel il confie la barre du gouvernail, et se charge seul de « semer » la rogue, appât coûtant fort cher, car on doit le faire venir de Norvège; la rogue ou les rognes préparées dans le pays, avec des débris de maquereau, ne donnant pas d'aussi bons résultats.

Ces derniers préparatifs ont permis au canot de s'éloigner, en développant, après lui, un premier filet, chargé de plomb à sa base et soutenu

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