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L'ILE DE SEIN

Nous entrons dans la presqu'île du cap de Cornouailles, située entre la baie de Douarnenez, au nord, et la baie d'Audierne, au sud-ouest. La partie septentrionale est la plus fertile, quoique, du reste, le cap et ses abords renferment de belles communes très peuplées.

Ainsi, Poui.DEnGAT, à sept kilomètres de Douarnenez, est renommé pour ses foires de bestiaux. Les vestiges de la voie romaine, nommée en breton lient Âhès, ou chemin d'Ahès, y sont encore reconnaissables, et le manoir de Kerguélenen s'honore d'avoir vu naître l'héroïque Du Couëdic (1740).

PouLLAN, favorisé par le petit port de Tréboul, situé sur son territoire. fait un assez grand commerce de bois et de pierres à bâtir. Trois beaux menhirs, soustraits à la ruine par la Commission des monuments historiques, se dressent entre le port et le bourg.

Dans le château de Kervénergan, plusieurs des conventionnels proscrits trouvèrent un asile (1703)....

Mais, à mesure que l'on avance, le pays devient de plus en plus sévère d'aspect, jusqu'à son extrémité occidentale, terminée par des écueils trop justement redoutés des marins. Les engrais de mer sont la grande ressource des habitants, très laborieux, malgré un sol peu propre à la culture, et intrépides pêcheurs, malgré les périls de toute sorte défendant l'ap' proche de leurs rivages.

Où conduisaient les voies pavées dont parle le chanoine Moreau, dans son Histoire de la Ligue en Bretagne?

L'écrivain avait-il visité « la ville de Roch-Guen-Cap-Sizun, défendue, du côté de la terre, par une triple enceinte de murailles et, du côté de la

mer, par un précipice, le long duquel était pratiqué un étroit escalier serpentant jusqu'au rivage »?

A.vait-il vu cette autre « cité assise entre Cléden et Plogoff, » et la « grande muraille carrée, faite de cailloux noyés dans le ciment, près de laquelle se trouvaient des cercueils en pierre appartenant au quatrième siècle »?

Que le docte chanoine ait vu ou non ces antiquités, elles n'existent plus, et, du passé reculé, on ne retrouve qu'un menhir.... La mer gagne chaque jour sur ces rochers qu'elle ébranle sans relâche, qu'elle frappe avec une fureur inouïe.

Cambry, le consciencieux observateur, avouait que rien, dans ses nombreux voyages, ne l'avait impressionné à un si haut degré.

Les rudes pécheurs bretons, ces hommes énergiques, plies, depuis l'en-

La Poiiiie du lîaz, temps calme.

fance, à toutes les trahisons de l'Océan, sentent leur cœur troublé quand ils doivent traverser le chenal du Raz et, tête nue, implorent la miséricorde divine :

« Mon Dieu! secourez-moi! ma barque est si petite et la mer est si « grande! »

« Va Doué! va sicourel da tremen ar raz,

a Rac valcslr a zo bilian hac ar mor a zo bras! »

Touchante prière souvent exaucée, et que les plus sceptiques répéteraient, même pendant la plus belle traversée : l'impression éprouvée restant saisissante.

Le Bec du Raz, ainsi appelé à cause des formidables raz de marée qui le frappent, est formé de falaises granitiques, hautes d'environ cent mètres, déchirées par le vent et par la mer; celle-ci a coupé un étroit passage entre le promontoire et la chaussée de Sein.

[)V MONT SMNT-MlCnEL A T.OniENT rîîuT

Les courants lourbilloniienl lo long île roches innonibrables, et le peu de largeur laissé entre tles écueils, dont beaucoup sont invisibles, uni à une mer presque constamment agitée par les brises variables, venant toujours des hantes mers, font de cette sorte d'entonnoir un chenal des plus dilliciles pour les navires à voiles. f,es bateaux à vapeur eux-mêmes doivent apporter une extrême attention à la route. D'ordinaire, on gouverne de manière à laisseï un peu au large le roc nommé la Vieille, occupant le milieu du passage. [Néanmoins, pres(jne tout le cabotage entre la Manche et l'Océan passe par là.

Pendant les guerres contre les Anglais, nos escadres ont souvent i'ranchi le Raz, soit pour donner le change sur leur destination, soit pour échapper aux poursuites. Rarement, l'ennemi osait les y suivre.

Une foule de combats ont été livrés à ses abords, entre des convoyeurs et des vaisseaux anglais, que l'on empêchait, ainsi, de courir sus aux navires protégés.

Le 10 décembre 1797, une expédition partit de Brest, destinée à envahir l'Irlande.

Pour échnpper à l'escadre de lord Bridport, elle prit par le Raz, et la manœuvre réussit. Mais, à la nuit, l'amiral donna ordre de suivre la route de Plroise. Quelques-uns des navires, seulement, aperçurent les signaux et obéirent. Il en résulta une confusion affreuse, encore augmentée par les signaux que se faisaient les bâtiments entre eux, et que multipliait à dessein le vaisseau rasé anglais, l'Indéfatigable, mêlé incognito à la flotte. La plupart, cependant, continuèrent à passer le Raz; mais le Séduisant, de 74 canons, portant treize cents marins et soldats, alla se perdre sur le Stevenec, plateau étendu, au centre duquel se dresse une roche conique fort élevée; plus de la moitié des passagers périrent.

Combien d'autres catastrophes pourrait-on signaler dans ces parages! Vers les premiers jours d'octobre 1859, par un temps brumeux, la frégate à roues le Sané, vint se perdre sur le bout de la chaussée. Elle se trouva tout à coup au milieu des brisants et toucha presque aussitôt. On reconnut que le navire était perdu; mais comme la mer se montrait, chose rare, assez tranquille, l'équipage put descendre, avec tous ses edets, dans les embarcations et atteignit la côte. Dès que le sinistre fut connu, on expédia, de Brest, plusieurs avisos pour essayer de sauver les épaves.

Le Bougatnville, corvette de l'École navale, repêcha un bout-dehors de bonnette*, et ce fut tout ce que l'on revit jamais du Semé!

\. Boul-(lehor$, petite vergue supplémentaire. Bonnelle, petite voile légère, destinée à augmenter la vitesse du navire.

Les naufrages de caboteurs ou de barques de pêche se chiffrent, ici, par milliers. Pas une année ne s'écoule sans compter quelque sinistre!!

La mer brise à des profondeurs considérables, et le courant de flot passe comme une cascade entre les roches. Aussi, lorsque le temps est trop mauvais, les caboteurs qui viennent de la Manche relâchent-ils à Camaret, prêts à profiter de la première « embellie ».

Beaucoup de pilotes ne se guident que par l'aspect du remous autour des roches. Nous en avons fait l'expérience, non, à la vérité, sans blâmer un peu notre petit voyage. Il nous a laissé, en compensation, un de nos meilleurs souvenirs.

C'est au lever ou au coucher du soleil que le Raz apparaît dans sa magnificence sauvage. A droite, la vue se profile jusque vers Ouessant, et la côte se dessine, tantôt fière, droite, tantôt recourbée, tantôt soulevée par des promontoires de couleur éclatante comme le cap de la Chèvre.

En face, l'horizon fuit à une distance de plus de trente kilomètres, coupé par l'île de Sein et les récifs, derniers débris des rivages engloutis.

A gauche, la ligne désolée de la baie d'Audierne rejoint les roches de Penmarc'h, si lugubrement renommées.

Tout cela, pourtant, le cède en sublimité effrayante à l'aspect d'une tempête s'abattant sur ces gouffres où les Anciens avaient placé les bouches du Té n are.

La pointe tremble, secouée par les soubresauts de la vague heurtant les cavernes des falaises. L'enfer de Plogoff, abîme aux parois de granit rouge, semble vouloir rejeter, avec le flot qui s'y engloutit, d'énormes blocs enflammés.

La Baie des Trépassés hurle lamentablement et, sur le sommet des ondes couvertes d'écume, l'imagination entrevoit les âmes des naufragés, que la croyance bretonne y fait apparaître aux jours de malheur, comme à l'époque anniversaire où l'Église prie pour les morts.

Brizeux, dans des vers qui remuent tous les cœurs bretons, a décrit l'incomparable tableau :

Oui, chrétiens, louez Dieu ! Devant ce cap du monde, Dont la crête s'élève à trois cents pieds sur l'onde. Dans ces mornes coui-anls, par le temps le meilleur, Nul ne passa jamais sans mal ou sans frayeur ! En face, la voici, l'effroi de l'Armorique, L'ile des Sepl-Sommeils, Sein, l'île druidique,

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