‹ Le littoral de la FranceChapitre 113 sur 120 · POST-AVEN. — QUIMPERLÉ. — LE PAUDÛN DES OISEAUX · texte numérisé non relu

POST-AVEN. — QUIMPERLÉ. — LE PAUDÛN DES OISEAUX

Lorsque ron a dépassé la pointe de Trévignon, une petite échancrure se présente; elle est formée par VAven.

En remontant le cours de cette rivière, on arrive à Pont-Aven, laborieuse et charmante localité, aujourd'hui peuplée par toute une colonie d'artistes.

Son excellente situation et l'état relativement avancé de la culture dans les communes voisines, lui assurent un certain trafic, en cidre, bois, pierre, grains, beurre, légumes, farines. Pour ce dernier article, Pont- Aven a toujours été renommé. On y trouvait, affirmaient les plaisants, « quatorze moulins, deux maisons, » chose toute naturelle dans une « ville de meuniers ».

De nos jours, les moulins sont nombreux encore : leur fonctionnement économique se trouvant favorisé par les eaux du petit fleuve qui baigne le ravissant paysage.

Mais, peut-être, nous est-il permis de nous citer nous-même, quand nous estimons ne pouvoir mieux rendre notre pensée'.

« La Bretagne est le pays des rivières poétiques aux noms plus poétiques encore. Lorsque, se fondant sur certaines particularités de type, de mœurs, de costumes, des historiens ont avancé que les Bretons descendent de colonies grecques ou phéniciennes, ils auraient pu, également, prendre texte de la plupart des noms des cours d'eau pour étayer leur système.

« Ne les dirait-on pas empruntés à la langue harmonieuse de la Grèce, ces noms de l'Aulne, de l'Elorn, de l'Odet, du Steïr, de l'Ellé, de l'Isole,

1 . Nous emprunlons la page suivante à celui de nos ouvrages intitulé : le Bouquet de Lin.

de la Laita, de TEtel? Et si ces noms sont déjà une séduction, quel poète décrira dignement les contrées baignées par ces eaux, tantôt lentes, muettes, et se déroulant sans secousses au milieu des prairies; tantôt torrentueuses et irritées par les obstacles qui parsèment leur lit de granit....

« Seuls, les vers de Brizeux, le plus breton des poètes bretons, ont su

Quimpcrlc. Yuc gciiùralc prise de la rivière.

conserver leur caractère à ces paysages, où chaque pas amène un contraste, ou chaque regard rencontre l'imprévu.

« Entre toutes, la jolie rivière d'iue» justifierait ce que nous venons de dire. Elle coule dans une vallée sinueuse, resserrée entre deux chaînes de collines, dont les pentes offrent les aspects les plus divers.

« Les bruyères roses ou violettes, perçant à grand' peine un sol aride, alternent avec de gras pâturages; les landes mornes avec les riches cultures.

« Tous les tons do vcnluie se groiip(Mit dans un pittoresque désordre. Les troncs noueux des chênes s'inclinent vers la tige élancée des sapins; les mélèzes étendent çà et là leurs élégants et flexibles rameaux. Les cou-

driers surmontent le moindre talus et l'aubépine pousse en fourrés épais.

u Les ajoncs et les genêts couvrent de leurs lleurs d'or les pointes de granit qui, de toute part surgissent, tandis

que l'herbe et la mousse disputent au roc la place nécessaire à leurs fines et multiples ramilications.

« Puis, du milieu dos bois, s'élèvent les tourelles de quelque vieux manoir ou les cloîtres ruinés de quelque antique abbaye; un menhir se dresse à côté d'une croix; les peulvcns et les dolmens sont nombreux.

« L'Aven participe, pour ainsi dire, à toutes ces transitions. Après avoir pris naissance

Quimperlé. Le haut de la rivière.

dans le canton de Scaër, chanté par Drizeux, elle traverse l'étang de Rosporden, autrefois si beau et maintenant sillonné par une voie de chemin de fer; puis, après avoir, pendant une dizaine de lieues, coulé tantôt calme, entre deux rives herbues et fleuries ; tantôt tapageuse et tourmentée par le travail que réclament de ses eaux une trentaine d'usines, elle anime la gracieuse petite ville de Pont-Aven, qui lui a emprunté son

nom, et retrouve enfin son cours, tel que la nature l'a tracé, à une demilieue de la mer, à Roz Brass (la grande lande) où son lit est frayé au fond d'un entassement granitique bien fait pour frapper Pimagination.

« Ici, les collines se sont rapprochées, et cèdent à peine une modeste

Quimperlé. Le bas de la rivicro.

place à la rivière qui, profitant des moindres anfractuosités pour s'épancher, forme de petites criques où, à la marée montante, il fait bon prendre un bain sur le sable fin et brillant de parcelles de mica.

« A Roz-Brass, les rocs régnent en maîtres et affectent toutes les formes : voici des piliers, des disques, des escaliers ruinés.... Dans ce repli de la grève, une sorte de baleine échouée qui, à vingt pas, fait illusion, et là-bas, sur la hauteur, une masse colossale : c'est le plus grand dolmen connu, mesurant six mètres en hauteur, quinze mètres en longueur et neuf en largeur; pendant longtemps, la chambre souterraine qu'il recouvre a été utilisée en forge.

« A droite et à gauche du géant, les châteaux du Poulgwen et de Ilénant, ce dernier datant du treizième siècle, apparaissent au milieu de massifs de figuiers et de coudriers qui prennent pied sur la grève même.

« A l'horizon, une échancrure de granit se dessine sur une ligne bleue, que sillonnent de petits nuages gris ou blancs : c'est la mer et les barques de pêcheurs voguant sous leurs ailes de toile....

« Yue de Roz-Brass, par un beau soleil, cette nature se revêt d'un incomparable éclat. Vue à la clarté de la lune, elle prend un aspect fantastique. Il semble que tout un peuple de fantômes se soit réveillé de son sommeil séculaire, et on conçoit mieux la créance accordée aux légendes que les habitants du pays ne racontent encore qu'en tremblant. »

Nous irons par terre à Quimperlé, afin de nous donner le plaisir de visiter les ruines du château de Piuslcphaii (d'Etienne le Rouge), bâti, au douzième siècle, par Etienne, comte de Penthièvre, petit-fils d'Alain Caignard, comte de Cornouailles. Le château fut reconstruit trois siècles plus tard.

Ses restes sont encore imposants, quoique, comme Sucinio, il ait été victime des dévastations aveugles des paysans. Nombre de ses belles pierres taillées forment les murailles des chaumières voisines; aussi, malgré la dureté du ciment qui lie ses jointures, succombant sous le poids de ses hautes cheminées et de ses dernières tourelles, il achève de mourir debout.

Au point de jonction de VIsole et de VEllé, qui lui a donné son nom, Quimperlé (conlluent de l'Ellé) s'étend au bord de riantes prairies et sur les pentes de collines ombreuses. Plusieurs de ses rues, très rapides, sont bordées de magnifiques jardins. Il semble, d'ailleurs, que la verdure, les Heurs, les eaux gazouillantes soient inséparables de la petite ville, si gracieuse, en dépit de son ancienneté.

Elle était place iorte et, selon toutes probabilités, elle dut sou existence à GuNTHiERN, roi canibrien, retiré du monde, que (Irallou prit en amitié (cinquième siècle).

Alain Caignard possédait un château près du vieux monastère de Gunlliiern. Après une grave maladie, sée lui vint de remplacer le modeste couvent par un( abbaye; S.vi.nte- Croix l'ut ainsi fondée , et son premier abbé , (jURloës, venait de Redon (onzième siècle).

Cette maison nouvelle acquit, tout de suite, une grande

célébrité et forma nombre de prieurés connus, en même temps qu'elle compta plusieurs religieux très distingués

Cependant, le duc Jean I" trouvant « avantageuse et agréable » la situation de

Quimperlé, résolut d'ajouter une ville à la ville née autour de l'abbaye de Sainte-Croix. Il traita avec les moines et le Bourg-Neuf s'éleva bientôt. Blanche de Champagne, épouse du prince, y voulut fonder un couvent ^ ^|^v,-^-^.4fei'^ qui, de son nom, fut appelé

#*r'^'.-3i^'^^iïé l'Abbave-Blanche.

>..--y-^^W'>'^:^m^C""^é, Loi's de la guerre de

^^^.^^mf^WW0^ Succession , Louisd'Espagne,

Quimperlé. Le vieux pont.

Quimperlé. Le nouveau pont.

":.1^j^.V^^^i^MÎ^ allié de Charles de Blois,

r^^^i^^^i^J^^-'^-fv! remonta la rivière de Laita

— >i^^-^^^^^j^^|, (formée par la réunion de

t/. : îi^V'f l'Isole et de l'Ellé) et débar-

- '^i'"Si|â ^"^ ^^^ mille hommes, dont

\:z— - '-Wf. la venue fut une calamité

pour le pays. Mais, les par-

lisans de Montfort défirent ces soldats et s'emparèrent de leur flotte; un peu ])lus, ils faisaient le chof prisonnier.

Depuis lors, la ville subit des fortunes diverses, selon les secousses qui agitèrent la Bretagne. La renommée lui vint par son abbaye et s'éteignit avec elle. Toutefois, du temps de sa plus grande prospérité, Quimperlé a conservé un admirable monument : Sainte-Croix. Pour être plus exact, nous devrions dire que ce monument a été reconstruit sur le plan primitif, en 1866; car, menaçant ruine depuis longues années, il s'était écroulé, en partie, peu avant cette époque.

De style roman primitif, la vieille église abbatiale se rapproche, néanmoins, du caractère architectural des édifices byzantins, et, sur une plus vaste étendue, rappelle, comme le Temple de Lanleff, l'imitation de l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem.

Nous n'entreprendrons pas une

ji !^^Wir^'?!^T .- '''w'--Lîl'''l description de ce monument : tant

par lui-même que par son histoire, il mériterait une très longue notice; nous dirons, seulement, combien il est intéressant à visiter et combien sa crypte est encore vénérée.

On y voit le tombeau de saint Gurloës, premier abbé de Sainte- Croix, et celui de l'abbé H. de Lesperver, mort en 1454. Le comte Jean de k^ntfort y avait été inhumé.

Quiinpcrlé. La Grjnd'rue.

Moins généralement connue, l'église Saint-Michel, ancienne paroisse Notre-Dame, est un charmant édihce gothique, dont le porche Nord, tout dentelé, tout gracieux, a conservé quelques-unes des statues qui l'ornaient.

Le port de Quimperlé, situé à seize kilomètres de la mer, s'encombre des sables charriés par ses deux rivières.

L'obstacle n'est pas insurmontable; la ville gagnerait beaucoup à empêcher qu'il pût se reproduire, car sa situation est très bonne, et il lui serait possible d'augmenter, dans de larges proportions, son mouvement de

cabotage. Les grains, les fécules, les bestiaux, le beurre, les cuirs, les

farines, les sabots, le papier, alimentent son

commerce.

Autrefois, surtout, les tanneries y étaient extrêmement nombreuses et, avant qu'Angouléme eût établi une si redoutable concurrence, ,. les papeteriesquimperloises prospéraientà merveille. Elles peuvent lutter encore, nous l'espérons, à condition qu'elles ne se laissent pas

distancer dans l'amélioration des pr cédés de fabrication.

Quimpcrlé est la patrie de Dom '' '

MoRicE, le savant historien bénédictin, et de M. le comte Hersart de la. Villemarqué, l'illustre écrivain dont le Barzaz-Breiz rendra le nom impérissable.

La ville entière est intéressante à parcourir; sa position sur une près-

oi;3

qu'île formée par les deux rivières, et sur les bords de ces cours d'eau, lui

donnant des aspects extrêmement pittoresques. Nous nous souvenons toujours avec ' plaisir de l'impression douce causée par la vue des jardins ileuris des vieilles tanneries, laissant pendre, jusque dans les petites vagues argentines, les lianes de leurs vertes tonnelK's.

Avec non moins de charme, notre pensée retourne vers ces campagnes si fraîches, si

si reposantes dans variée de toutes d'ombrages : chê- Les manoirs et il suffit de des-

accidentées, ^....^^^^^^ ' --.ifT ""■ leur parure

Vieille maison à Quimperîé. \q-, ninnCCS

nés, sapins, mélèzes, ormes, châtaigniers, se pressent au milieu de ces sites délicieux cendre la rivière de Laita pour jouir pleinement de la beauté du pays.

Les prairies succèdent aux collines; les bois, les forêts, aux gruyères.

L'abbaye, c'est-à-dire les ruines de l'abbaye de Saiint-Maurice DE Carnoët, fondée en 1170, se trouvent sur la rive droite à l'entrée de la forêt de Carnoët, qui renfermait encore, d'après les traditions, le château de Cmiao ou Comorre, le cruel époux de sainte Tryphine, le type breton de Barbe-Bleue \

Ne quittons pas la forêt sans aller voir la chapelle de Lothéa, bâtie au milieu d'un admirable carrefour formé d'arbres centenaires. Chaque

i. Nul poète, mieux qu'Emile Souveslre, dans le Foyer Breton, n'a donné une meilleure version de la légende de sainte Tryphme qui, comme sainte Eode, à Trémazan, fut ressucitée (par saint Gildas) et i)orta sa tête dans ses mains pour « témoigner » contre son cruel meurtrier!!

Quimperîé. La rivière.

année, le dimanche de la Pentecôte, il s'y tenait un pardon renomme, où l'on accourait de bien loin pour acheter... des oiseaux I!

L'usage le voulait ainsi. La vieille forêt se voyait privée de ses plus gais chanteurs à qui, heureusement, heaucoup d'acheteurs rendaient peu après la liberté.

L'animation, la gaieté de ce pardon lui ont conservé une vogue, aidée, il est vrai, par l'attrait des promenades sous ces magnifiques futaies. Tout s'y rencontre : la population des campagnes coudoie les riches Lorientais et les bourgeois de Qiiimperlé; les cultivateurs donnent la main aur soldats et aux marins.

Jadis, le biniou y retentissait, sonnant les plus joyeux jabadaos; nous craignons bien que des violons criards aient remplacé la cornemuse nationale.

Avant peu même, qui sait? le Pardon des oiseaux sera-t-il un simple souvenir !

Nous ne regretterons rien si, dans cette transformation de plus en plus accentuée, la Bretagne se trouve, enfin, conquérir la place qu'elle mérite d'occuper.

Quimperlé. La rivière.

Mal connue encore, elle doit triompher des préjugés vivaces qui la représentent comme un pays pauvre, sans activité, sans ressources, sans élan vers l'avenir, toujours replié sur lui-même pour songer au passé regretté.

Non! ce n'est pas ainsi qu'il faut peindre la Bretagne.

Défiante, car elle connaît la valeur de certaines promesses, sa prudence n'exclut pas l'énergie, et, si elle n'a pas complètement oublié son ancienne grandeur, elle sait bien que l'avenir lui tient en réserve la récompense de son travail, de sa volonté tenace pour mettre en œuvre ses richesses ignorées.

Comment ne serions-nous pas persuadé de cet avenir, après avoir par-

couru la longue suite de rivages qui, de la baie du Mont Saint-Michel, noas a conduit près du second port militaire breton ?

LoRiENT est là, nous voyons les feux de sa rade. Bientôt, une nouvelle étude nous fera entrer dans cette jeune ville pleine du bruit d'un arsenal florissant et d'un commerce actif.

Bientôt, nous entrerons dans un autre port, de naissance toute moderne : Saim-Nazaire, qui nous donnera une preuve nouvelle de la vitalité du sol armoricain.

Non! répéterons-nous, en empruntant le refrain d'un chant populaire.

« Non, la Bretagne n'est pas morte! » Elle n'était pas même endormie.

Elle souhaite pouvoir offrir à la France une aide plus puissante, un cœur plus dévoué....

Ce vœu, la majorité des Bretons le renouvelle et ce n'est pas d'eux que pourrait venir l'obstacle à une triomphante réalité.

Cii.-F. AUBERT (V. Yattier d'Ambroyse.)

Ancienne carona;le.

fe'

if

f.Frt^Afl

Iles Chaiisey

BiiiA du

' •'//'^ r'** '■'**^*'^t >Hi -■' '^■<'ff.j....« /fTancale

latnbelninç'

Dol,

PoTltOK^^

Uf. Lormfl

\éhon- !

^Ju^on

Page 1