‹ Le littoral de la FranceChapitre 112 sur 120 · Tir à l'arc el ;i rarfiuebuse · texte numérisé non relu

Tir à l'arc el ;i rarfiuebuse

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Longtemps, à Pont-rAbbé, si quelqu'un s'informait de l'heure on répondait : u Allez la demander aux gens de Concarneau !! »

Ce dicton est peut-être, simplement, le résultat d'une de ces rivalités comme il en existe tant entre petites villes jalouses les unes des autres.

Quoi qu'il en soit, depuis longtemps Concarneau ne songe plus aux expéditions guerrières et déploie toute son activité pour la pêche de la sardine.

Les bancs de ce poisson arrivent dans la baie quelques semaines plus lard qu'à Douarnenez. Vers la mi-juin, la pèche commence et finit vers la mi-novembre. La population à peu près entière y est employée. Toutes les industries qui en sont la conséquence ont, dans les faubourgs, des établissements florissants.

Mais, cela va sans dire, leur prospérité est subordonnée à l'abondance du poisson. Comme à Douarnenez, si la sardine « donne », c'est l'aisance pour le pays. Le contraire amène une misère presque complète, car les habitants se livrent peu à la culture de leurs terres, excellentes de qualité, cependant.

La pèche du poisson frais, des huîtres et des crustacés, est aussi pratiquée. Les pêcheurs ne craignent pas d'affronter les parages d'Audierne et de Penmarc'h.

Vaquarium de Concarneau est célèbre. Sa réputation, justement méritée, vient des études consciencieuses et suivies qui y sont faites. Elles ont donné beaucoup de résultats curieux et peuvent finir par combattre les préjugés, ainsi que la routine, seuls guides volontiers écoutés des pêcheurs et des riverains, inconscients destructeurs des ressources fournies par la mer.

Pour voir Concarneau dans son ensemble, il faut se rendre à la « ville close » et obtenir la permission de faire le tour des murailles.

Excursion très facile, réclamant au plus dix minutes; mais la beauté du spectacle allongerait indéfiniment, si cela était possible, le temps qu'on lui consacre.

r>esserré en une rue unique, traversée par de petites venelles, le vieux Concarneau a perdu presque toutes ses antiques maisons, et son église gothique a fait place à une affreuse bâtisse.

11 n'importe! la ceinture murale est toujours debout. D'un gris blanchâtre, elle se reflète, presque brillante, dans les vagues de la marée haute; II. 7i

immuable, vis-à-vis des longs faubourgs qui se recourbent autour du petit golfe, en essayant d'étendre de plus en plus leur ligne animée.

Vers le sud, l'Océan fait résonner sa voix. Des trois autres côtés, les amphithéâtres de verdure escaladent les croupes des collines. Des clochers de village, des tourelles de châteaux à demi enfouis sous les arbres, pointent, .çà et là, leurs girouettes dans l'azur. Une petite rivière, des ruisseaux coulent, jaseurs, entre leurs berges fleuries. Tout est fraîcheur, harmonie, grâce aimable, et l'on souhaiterait visiter jusqu'en ses points les plus reculés le charmant Éden verdoyant sous nos yeux.

Les surprises imprévues se mêleraient aux sensations poétiques. Làhas, derrière les rideaux d'arbres, se déroulent de vastes landes, toutes parsemées de pierres druidiques. Une fois entré dans ces espaces solitaires, le voyageur chemine au milieu d'un véritable océan de blocs levés, couchés, alignés, amoncelés, solidement enfoncés ou se balançant sous la pression de la main, qui ne peut, toutefois, chose mille fois tentée, déplacer l'axe invisible.

Le sol disparaît sous sa végétation rocheuse, étouffant môme les buissons. De temps en temps, un goéland égaré traverse le ciel d'une aile rapide. Les oiseaux chanteurs fuient ces déserts, et si, parfois, le grossier ciseau d'un tailleur de pierres n'avait façonné, en croix, le sommet d'un menhir, on pourrait supposer que l'homme n'approche plus de ces ruines gigantesques.

Voilà ce que les campagnes des environs de Concarneau, principalement celle de Tuégunc, gardent parmi des champs riches, bien cultivés, des jolies prairies couvertes de bestiaux de la race bretonne, race patiente et sobre par excellence, s'accommodant aussi bien de l'ajonc des landes que de l'herbe grasse.

Et nous quittons les murailles de la petite place forte en nous répétant combien les préjugés sont difficiles à vaincre; combien, longtemps encore, et pour un grand nombre de gens, instruits cependant, la Bretagne restera un pays pauvre, sans ressources, sans avenir!

Heureusement, des cris joyeux chassent les pensées mélancoliques. Nous avions oublié que c'est jour de courses. Toute la population se précipite, afin de tirer des pronostics de l'apparence des chevaux et des jockeys. Comme la journée est consacrée à l'élevage du pays, ces jockeys, naturellament, sont recrutés parmi les habitants. Beaucoup d'entre eux montent

DU MONT SÂINT-MICIIKL A LORIENT G87

sans façon, à poil, sur une bote dôlelée de la voiture qui, tout à l'heure, les remmènera.

L'intérêt n'est pas moindre, au contraire! Et nous serions curieux de voir certains vainqueurs de prix superbes, se mesurer avec tel cheval de boucher ou do meunier, sans aïeux connus, peut-être, mais capables de fournir, pesamment chargés, des traites de douze, quinze, vingt lieues, à travers un pays extrêmement accidenté, pour recommencer le lendemain, le surlendemain et ainsi de suite.

Les humbles ne sont pas toujours à dédaigner!

Nous citons une note curieuse sur un événement maritime dont le port de Concarneau a été le théâtre.

ce Le vaisseau Le Vétéran, sur lequel se trouvait Jérôme Donaparte, y trouva asile contre les Anglais qui le poursuivaient avec acharnement. On n'eut pas égard à l'offre hardie du capitaine Second, qui proposait de faire entrer ce vaisseau à Brest, malgré la flotte ennemie, et l'on établit, pour le défendre, des batteries fort dispendieuses. »

Très amélioré, ce port le sera certainement de nouveau. Un de ses principaux inconvénients provient du sable charrié par les rivières et les ruisseaux; mais on y remédiera. Les quais, rendus plus commodes, le bassin, agrandi, l'entrée, moins difficile, ont déjà influé sur le mouvement du cabotage.

Souhaitons à Concarneau, comme à Douarnenez, des campagnes sardinières de plus en plus productives; mais souhaitons-lui aussi, de comprendre tout le parti que sa situation présente pour un commerce suivi, alimenté par la richesse de ses alentours.

Ce serait une source inépuisable de bien-être pour son active population et pour SCS laborieux marins.

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