CHAPITRE XI
EUQljy. — UAlIOrET. — L'ANSE DE JIORIEUX. — Vk^SK I)•yl•■l■■lI^•JAC. — LA TOLR DE CESSON
IN NOUVEAU PARMENTIEU
Les roches reculent un peu, ou })lul6t les sables étendent de nouveau à leur pied une nappe souvent bouleversée par la brise marine. Beaucoup de petites criques en sont à demi encombrées. Une herbe courte alterne avec le jonc marin, fournissant à des bandes de moutons une pâture avidement recherchée. Le long des falaises, se jouant au milieu des pointes de granit, les poissons de rivage abondent et, parmi eux, celui qu'on appelle tantôt vieille, tantôt perroquet de mer : ses couleurs brillantes mêlant lo bleu, le jaune, le vert, toute la livrée du perroquet amazone.
Un peu partout où cela est possible, les riverains s'occupent des engrais de mer; goémons ou varechs, vases et sables saturés de principes fertilisants, sont employés avec empressement, soit dans les champs du littoral, soii dans les campagnes plus éloignées.
La douceur du climat apporte une aide puissante aux efforts du cultivateur. Quoique parfois très vif, l'air donne bien rarement des températures extrêmes. Le Gulf-Stream, le grand courant chaud arrivant du golfe du Mexique, longe toute la côte et, n'ayant pas encore perdu son action bienfaisante, maintient une température moyenne, extrêmement favorable aux productions du sol.
Des plantes délicates croissent, vivaces, près des rustiques cultures maraîchères. Le figuier blanc prospère à merveille, le myrte devient énorme, ainsi que le fuchsia; l'hortensia prend des proportions gigantesques et il n'est pas rare de voir des camélias s'accommoder de la pleine terre, comme ailleurs ils se plient au régime moins sain de la serre chaude.
Nous avons vu chez un ami, habitant toute l'année une jolie villa au
lo8 LE LITTORAL DE LA FRANCE
bord de la mer, près de Saint-Brieuc, deux camélias plantés de chaque côté de la poiie principale. La seule précaution prise à leur égard était d'en couvrir le pied, au moment des froids, avec un lit de paille. Quand venait l'hiver, des fleurs splendides, s'épanouissant nombreuses sur les arbrisseaux verdoyants, permettaient à l'aimable propriétaire de distribuer de charmants cadeaux, toujours accueillis avec joie.
Cette richesse de la flore, qui se continue même dans la région des landes, région encore très étendue, par milheur, fait la prospérité des essaims d'abeilles que l'on entretient un peu partout. Le miel recueilli est d'excellente qualité. Il suffirait, pour le faire apprécier, de donner plus de soin à sa récolte et à son épuration. Mais cela viendra, nous l'espérons.
Tout en réfléchissant ainsi, nous sommes arrivés à Erquy, petit port peuplé de vaillants pêcheurs. Placé dans une déchirure de la côte, entre des falaises atteignant de soixante-dix à quatre-vingt-dix mètres de hauteur, sa rade est sûre et pourrait devenir un point de refuge, même pour les grands navires de commerce.
Deux forts le protègent, mais ils n'ont pas l'importance nécessaire et peut-être, aujourd'hui, seraient-ils aussi impuissants que les vieilles constructions de 1796, qui virent brûler, par Sidney-Smith, un convoi de douze voiles, allant de Saint-Malo à Brest; ou encore, que celles qui, en 1806, ne purent sauver la flûte la Salamandre, cherchant vainement sous leurs batteries un abri contre la croisière anglaise.
Les marins d'Erquy fournissent un grand nombre de Terre-Neuviers et, au moment de l'apparition du maquereau, toutes leurs barques sortent. Nous ne reviendrons pas sur la pèche de la morue \ mais nous nous occuperons un peu plus tard de la pêche des scombres^ Ici nous devons surtout notre attention aux souvenirs du passé, très nombreux et offrant un vif intérêt.
La découverte de divers objets d'origine romaine ou gallo-romaine, celle de fortifications qui remontent, évidemment, à l'époque delà conquête et le calcul fait de distances énoncées dans la Table de Peutinger, coïncidant avec l'existence d'une voie bien déterminée passant par Corseul, ont conduit les archéologues à trouver à Erquy l'emplacement de la Puieginba, si souvent cherché, si souvent controversé; comme, à Corseul, on a trouvé le Fanum Martis.
Après avoir beaucoup passionné, ces questions restent un peu déiais-
1. Complètement décrite dans notre premier volume : chapitre ii.