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Translormé en caserue. (L'église est devenue une écurie

Dr MONT SAINT-MICIIET. A LORIENT 319

caprice de Titan, Tt^space laissé libre par les collines encaissant le cours des deux rivières unies : le Jarlot et le Oueflleut.

Sa hauteur donne à l'ensemble un aspect élancé que sa masse énorme paraissait peu susceptible de revèlir.

Loin de nuire au panorama de la ville, ainsi qu'on l'en a accusé, il concourt à irapper d'une empreinte inoubliable le souvenir laissé par Morlaix.

Plusieurs noms morlaisiens sont inscrits avec honneur parmi ceux de hommes célèbres de France.

L'un îles plus anciens est, tour à tour, trop décrié ou trop exalté.

Albert le Grand est plus généralement appelé Albert de Morlaix, pour prévenir une confusion entre lui et le célèbre évêque de Ratisbonne, également religieux dominicaine Né en 1000, Albert est surtout connu par sa Fie des Saints de la Bretagne Armorique, son Catalogue des évêques de la province et VHistoire des souverains de Bretagne.

Dom Lobineau et Dom Morice ont très sévèrement jugé le premier de ces ouvrages, « bon à faire rire, disent-ils, et dénotant trop de crédulité ». L'abbé Travers ajoute qu'on « y trouve un grain d'or parmi beaucoup de sables ». L'arrêt est bien sévère.... Du reste, Albert avait compulsé avec soin tous les anciens bréviaires, cartulaires et chroniques des couvents, des paroisses. Il était persuadé faire œuvre méritoire en ne se laissant arrêter par aucune étrangeté, si invraisemblable qu'elle fût.

Malgré ces défauts du travail, on s'aperçoit vite que les grains d'or n'y sont pas très rares, que l'histoire de la province y est exposée avec assez d'exactitude, et nul ouvrage du même genre ne possède à un tel degré le charme naïf, la grâce qui en font oublier les autres imperfections.

GuiLLALTiE DE Launay, abbé de Saint-Maurice-de-Carnoët, près Quimperlé, naquit à Morlaix. C'est de lui que Henri IV disait : « Il nous fait plus de mal par ses presches, que notre cousin Mercœur par ses arquebusades. »

Guillaume de Launay avait la réplique vive, l'esprit prompt. Fait prisonnier par les troupes royales, on le conduisit devant le seigneur de Saint- Luc, qui déclara la prise bonne.

« Bonne, selon Saint-Luc. répondit l'abbé, mais non selon Saint- Jean*. » Après l'abjuration de Henri IV, l'abbé se rallia sincèrement à lui et recouvra le gouvernement de son abbaye.

i. Né en W'JZ à Lavingen (Souabe), surnommé le Grand, à cause de son immense savoir. La place Haubert a retenu son nom, car il avait professé à Paris avec grand succès. 2. Trait conservé par le savant M. de Blois, un enfant de Morlaix.

;j20 Lï^ LITTORAL DE LA FRANCE

Le contre-amiral Cornic, si souvent vainqueur des Anglais, et le viceamiral DE Trobriaist, étaient Morlaisiens.

Une foule de noms de publicistes apparaissent ensuite, parmi lesquels l'abbé de Boisbilly, l'explicateur de l'histoire de sainte Ursule et de ses compagnes.

Soupçonnant les traducteurs d'avoir mal lu le texte primitif, il suppose que la suite de sainte Ursule se bornait à une seule compagne nommée, Undecimille, d'où la légende des onze mille vierges martyres !!

Il est au moins impossible de refuser à cette manière de tourner une grande difficulté le bénéfice d'une originalité pittoresque.

Le général Moreau fut, lui aussi, enfant de Morlaix, mais son nom est de ceux que le patriotisme de la province cherche à oublier et c'est avec soulagement que nous nous arrêtons à Emile Souvestre.

Aussi longtemps que la Bretagne se souviendra de ses origines, aussi longtemps qu'elle trouvera du bonheur à comprendre son antique langage, tout au moins à en garder une traduction fidèle: Le Foyer Breton et les Derniers Bretons seront par elle cités avec joie.

Une âme bretonne s'est épanchée dans ces ouvrages qui, pour beaucoup de Bretons, furent une révélation, et obtinrent à Paris un indiscutable ^iiccès. Ce succès, ils ne le rencontreraient peut-être pas aujourd'hui où de prétendus romans parisiens tiennent le haut du pavé, au grand détriment de notre dignité nationale; mais il n'est au pouvoir de personne d'arracher à Emile Souvestre la gloire d'avoir fait revivre le cœur, l'imagination, la physionomie, les mœurs d'un peuple. Initiateur, il gardera une place honorable parmi ceux qui ont consacré leur talent à la tâche, souvent ingrate, de renouer le passé expirant au présent trop orgueilleux, trop oublieux des traditions qui l'ont préparé et solidement fondé.

Le type morlaisien est à bon droit, surtout en ce qui concerne les femmes, renommé pour l'élégance et la grâce des manières. Le vieux costume, simple, mais admirablement approprié, dégage la taille bien prise, laisse entrevoir la blancheur du cou et encadre, dans la plus seyante des coiffes de dentelle, un visage doux, fin, spirituel. Le langage breton prend, sur les lèvres fraîches des Morlaisiennes, une allure pimpante, aimable, qui le fait résonner en notes agréables aux oreilles des étrangers, et le français, bien que parlé avec un accent prononcé, ne semble vraiment pas trop dépaysé.

Les mœurs des anciens jours n'ont laissé aucune emprcinle farouche. En souriant et pleine de bonne volonté, la jolie petite ville marche avec confiance vers l'avenir, car elle sait que le travail reste la meilleure garantie du bonlicur des cilés, comme de celui des individus.

Bateau de plaisance et bateau goémonnier ; dessin inédit d'Ozanne.

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