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Les améliorations réclamées en faveur du port sont donc des mieux justifiées, et la prospérité ascendante de la ville ne peut qu'exercer partout
autour d'elle la plus heureuse influence.
Par son esprit commercial môme, Morlaix devait accueillir avec faveur l'idée d'embellir ses vieilles rues, ses vieux quais, et regretter que le défaut d'espace empêchât de rendre la réforme plus complète.
Au fond, la pensée est louable; mais, partout où on la met en œuvre, on pourrait, croyons-nous, respecter ce qui, des monuments du passé, possède une valeur propre, une physionomie véritablement originale, sinon artistique.
Le goût des générations, leur sens intellectuel, ne saurait se trouver à meilleure école.
Sous ce rapport, Morlaix a
beaucoup perdu. Une circonstance
heureuse : la configuration du
sol, a toutefois empêché que la
fièvre maligne gagnât la ville entière; néanmoins, nous trouvons plus d'une
trace fâcheuse de son intensité.
Pendant longtemps, la ville avait appartenu, pour la juridiction spirituelle, à deux évêchés aujourd'hui supprimés. Saint-Pol-de-Léon étendait ses droits sur tout le côté gauche de la rivière, Tréguier sur le côté droit. De cette originalité, le quai le plus ancien a retenu le nom de Tréguier. Il fut, lors de sa construction, bordé de maisons à porches d'un aspect très pittoresque; on les appelait Lances. Beaucoup d'entre elles remontaient au quinzième siècle. Elles paraissaient être devenues infiniment incommodes et sombres; surtout, elles empiétaient trop sur la voie praticable pour le chargement des navires. Soit ! Cependant, n'eùt-on pu en laisser subsister un plus grand nombre ? Même, n'eùt-on pas pu, en démolissant les mieux conservées, agir comme on l'a fait pour d'autres
Escalier d'une maison de la Grand'Rue.
édifices moins curieux : en numéroter toutes les parties et les reconstruire sur un oniplacement où elles n'auraient pas été un embarras?
Celle réilexion est d'aulaut plus fondée que, trop souvent, on a détruit sans achever l'œuvre; autrement dit, des constructions originales ont disparu sans que les voies qu'elles encombraient y aient gagné en beauté. Telle la rue du Pavé, veuve de la Tour d'argent (Monnaie des ducs de Bretagne), de la Porte Dourret et de belles maisons du quinzième siècle. En revanche, elle est restée très sinueuse, très mal bâtie : absolument laide, pour tout dire.
Plusieurs rues voisines possèdent encore, mais pour peu de temps, sans doute, des maisons à lanterne et à pignon sur rue, avec étages surplombant les uns au-dessus des autres, tout ornés de statues de saints ou de figures satiriques parfois pleines de verve.
Deux rues seulement oni gardé la physionomie qu'elles devaient avoir, alors que les ducs faisaient leur « joyeuse entrée » dans « la bonne et riche ville » : la rue des Nobles et la GrandTiue.
Les maisons y ont un style unique, agrémenté de mille détails, donnant à chacune d'entre elles son cachet particulier et prouvant la fortune du propriétaire, le goûl de l'architecle.
Généralement, deux portes y donnent accès. La première permet de pénétrer dans une salle basse ou boutique, éclairée sur la rue par une fenêtre cintrée, écrasée en hauteur, mais occupant la presque totalité de la largeur de la façade : celte fenêtre est appelée étal^ à cause de l'habitude où étaient, et sont encore, les né-
La Urai;d Ki'.e.
gociants d'exposer devant elle, sur une plinthe fixée à ses boiseries, les échantillons de marchandises de leur négoce.
La seconde porte ouvre dans le vestibule, comme celle de la boutique, elle est toute recouverte de sculptures, de moulures compliquées.
Les étages, au nombre de deux ou trois, s'élèvent en saillies, rachetées par les ornements les plus riches et les plus délicats. Des consoles supportent des statues ; des niches, avec dais, renferment des figures de saints; des animaux fantastiques ou des personnages grotesques, disposés en cariatides, dissimulent l'épaisseur des énormes poutres qui soutiennent chaque étage. Les fe- ^ nôtres, nombreuses et presque ^ " toutes étroites, présentent leurs vitres solidement enchâssées dans le plomb. Chaque partie de la façade où le sculpteur n'a pas cru devoir semer la fantaisie de son ciseau, est revêtue d'ardoises soigneusement tailices en losanges. L'étage supérieur, en forme de pignon élevé, se termine par une crête de plomb historiée du plus heureux effet.
Du côté intérieur de la maison, le vestibule est fermé par une autre porte ouvrant sur une salle intérieure dite : lanterne, par la raison qu'un toit, vitré à son centre, la recouvre.
Une vaste cheminée sculptée occupe l'un des côtés et l'escalier vient y aboutir. Presque toujours cet escalier est superbe. La rampe, délicatement fouillée, abonde en détails ravissants; des piliers sculptés la soutiennent et lui permettent de se diviser pour conduire, à la fois, aux appartements ayant jour sur la rue et aux logements attenants. Les
La venelle 3U son.
paliers sont dits Pond-alez ; ils sont bien vcrilablenient des ponts reliant entre elles les diverses parties de la construction.
La maison portant le numéro 21 de la rue des Nobles, et celle portant le numéro "l"! de la Grand'Rue sont renommées entre toutes pour la beauté de leur escalier.
La façade donnant sur la rue est plus riche dans la première, où les facéties de la fête des fous se mêlent très curieusement aux sujets de piété et aux sujets fantastiques.
Même à une époque où la main-d'œuvre coûtait si peu de chose, où Ton trouvait à user pour rien du talent de grands artistes ignorés, il fallait possséder une grosse fortune pour donner à son logis une telle splendeur. Il fallait, surtout, avoir un goût très lin, très délicat.
Nos pères ne se fussent pas facilement résignés à habiter nos banales maisons modernes, aux étages divisés en étroits cabanons. Ils aimaient le vrai luxe, sans tons criards, d'une grâce sévère et, après des siècles, quand, par bonheur, une de leurs maisons se retrouve intacte, c'est pour nos yeux un régal d'harmonie; pour notre goût, blasé ou perverti, un réveil heureux.
Les édifices sont rares à Morlaix et leur valeur assez ordinaire. Pour expliquer ce fait dans une ville riche, bien habitée, il faut se souvenir que beaucoup de calamités l'assiégèrent, qu'elle fut victime de guerres, d'incendies, d'épidémies terribles (renaissant de nos jours, témoin les ravages du choléra'); enfin, que l'espace si restreint de l'enceinte ne permettait guère de songer à d'importantes constructions.
Saint-Matthieu, l'église principale, est fort laide, en dépit de sa tour du seizième siècle, ployant sous le poids des ornements. Elle dépendait autrefois, à titre de prieuré, de l'abbaye Saint-Matthieu de Fin de Terre dont nous retrouverons les belles ruines près du Conquet.
L'église Saint-Melaine date du douzième siècle, quant à sa fondation (due à Guyomarc'h, vicomte de Léon), et du quinzième siècle, quant à sa reconstruction. Ses portes, en bois sculpté, sont ce qu'elle possède de plus beau. C'est une œuvre dans toute la grande, la louangeuse acception du mot.
L'intérieur renferme des enfeux, ou sépultures seigneuriales, dont les détails ornementaux sont presque tous curieux. Quelques autres morceaux de sculptures sur bois ont un véritable mérite.
L'ancien couvent des Dominicains ou Jacobins fondé, en 1237, par le duc
En 1832, il enlevait le septième de la popv'lalionl
Pierre Mauclerc et Alix de Bretagne, sa femme, a conservé des enfeux, une verrière et des écussons méritant une meilleure destination ^
La collégiale de Notre-Dame des Murs avait le titre de dv.cale. Le duc Jean II l'avait fondée pour huit chapelains chargés du service religieux de la chapelle du château (1295); c'était un fort beau monument dont le clocher, rival du merveilleux Kreisker, de Saint-Pol-de-Léon, avait obtenu de survivre à la démolition du reste de l'édifice, en 1805. Par malheur, cette démolition, conduite sans méthode, amena une ruine complète. En souvenir de la collégiale des ducs, une chapelle portant le même vocable a été construite près de Saint-Matthieu, et on y a placé la seule relique échappée à la destruction: une statue de Notre-Dame, toujours très vénérée.
L'hôtel de ville est moderne. Il remplace, peu avantageusement, l'hôtel élevé par l'ingénieur royal Le Bricquir, en 1618. Les deux rivières réunies passent sous la voûte de l'édifice, et sous la place située devant sa façade. La marée, elle aussi, suit deux fois par jour ce chemin et, pendant les temps d'équinoxe, ou quand une tempête bouleverse la rade morlaisienne, il n'est pas rare de la voir, se répandant par tous les regards^ envahir les maisons voisines, la place, les rues adjacentes.
La manufacture de tabac produit près de trois millions de kilogrammes par an, c'est l'essentiel.... pour les coffres de l'État, et on ne peut, raisonnablement, reprocher au grand laboratoire de nicotine de manquer de cachet artistique.
A Morlaix, triomphe le génie de nos constructeurs modernes. Le viaduc est l'un des plus considérables ouvrages similaires exécutés en France. Malgré les difficultés offertes par le terrain, le travail n'a duré que deux ans. 11 a été nécessaire de mettre les fondations à l'abri du mouvement des vases de la rivière et de l'effet des marées, parfois violentes.
Deux étages sont superposés. Le premier possède neuf arches ouvertes, chacune de treize mètres et demi. L'étage supérieur est formé de quatorze arcades, larges de quinze mètres.
Entre les deux, une voie a été ménagée pour les piétons.
Le granit cimenté est entré, seul, dans la construction du viaduc, dont le caractère monumental est aussi grandiose, soit qu'on le contemple de la place de l'IIôtel-de-YiUe, soit qu'on le regarde de l'extrémité des quais.
Long de deux cent quatre-vingt-cinq mètres, il comble, à la façon d'un