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Pays de Vannes

criant à qui mieux mieux, gémissant, pleurant, hurlant (c'est le mot) des prières; implorant de mille manières la compassion des « chrétiens ».

Ce serait à croire que le pays est à peu près tout entier peuplé de ces échappés de la cour des Miracles; mais les « bons cœurs » doivent se rassurer.

Beaucoup, parmi ces fervents suppliants, ont, pour ce jour-là seulement, revêtu les haillons qui, le lendemain, seront jetés dans un coin, en attendant une autre occasion fructueuse.

Maint estropié, maint paralytique, maint « lépreux » recouvrera subitement la santé, dès la clôture de la fête, et cela, sans être allé requérir l'assistance du « cher monsieur Saint-Jean ».

Sous ce rapport, tout au moins, la Bretagne bretonnante n'a rien à envier aux pays « civilisés », même ces derniers pourraient-ils être jaloux de l'ingéniosité des « chercheurs de pain » celtiques.

Quels merveilleux sujets à la Callot un peintre trouve ici! Tel grand vieillard, à la mine imposante, à la démarche fière, semble rendre un service quand il daigne recevoir l'obole du passant ! Telle vieille femme décharnée, tannée, aux yeux perçants, à la parole brève, aux gestes mystiques, figurerait avec avantage dans une scène de sabbat.... Et, ainsi de suite, se succèdent dix, vingt types que non seulement n'eût pas désavoué, mais eût accepté avec enthousiasme un « Roi des Truands ».

Les marins assistent en grand nombre au pardon de Saint-Jean, car beaucoup ont fait des vœux au puissant patron et, dans l'église, on conserve un modèle plus ou moins authentique du vaisseau fameux, la Cordelière, construit par ordre d'Anne de Bretagne, au Dourduff, en Plouézoch, commune voisine (1500).

La Cordelière ne représente pas seule la construction maritime : nombre de petits navires de tout gabarit, depuis l'humble barque de pêche jusqu'à la frégate et au vaisseau l'accompagnent. Plusieurs sont chargés de canons en miniature, jouant un rôle pendant la procession.

Pour jouir de l'ensemble de la cérémonie, il ne faut pas redouter de se voir rudement coudoyer par la foule qui envahit l'église, le cimetière et la presque totalité du chemin, tout à l'heure abandonné au clergé. C'est à se demander comment on pourra fendre ces rangs pressés, d'où sort, à chaque seconde, un cri d'angoisse à peu près étouffé. Néanmoins, la houle humaine s'entr'ouvrira, respectueuse et infiniment plus recueillie que ne devait s'y attendre l'étranger. Mais, si l'on a eu la bonne fortune de gagner la protection des sacristains, il est plus sage d'aller se poster dans la galerie du clocher, d'où, sans risques, on domine le mouvant tableau.

nu MONT SAINT-Mir.IIRL A LORIENT

Aux pieds du spoctaleur, se succèdent avec dévotion les pèlerins qui Ciil fait le voyage pour venir boire à la Fontaine du Doigt, s'y laver les paupières et en rapporter une fiole d'eau, précieux remède contre les ophlalniies et, en général, contre toutes les maladies des yeux.

Pendant ce temps, la procession s'est formée.

Les robustes jeunes gens se disputent l'honneur de porter des bannières massives, élevées, pesantes au possible, et c'est à qui, d'entre eux,

Vallée et clocher de Saint-Jean-du-Ibigt.

soutiendra l'honneur de sa paroisse, en faisant flotter très longtemps les plis soyeux, gonflés par le vent, arrivant du large de la mer.

Même, il ne suffit pas aux concurrents de prouver leur force : l'adresse doit être de la partie.

Un arc de triomphe s'élève dans le cimetière de l'église : faire passer les bannières sous cette voûte surbaissée, exige une souplesse, une vigueur de bras et de reins peu ordinaires.

Aussi, les jeunes athlètes se montrent-ils justement désireux de conquérir une telle gloire... après tout bien légitime. Plus d'un, hélas! y perd le prestige chèrement acheté dans les luttes des pardons; mais, quand, sans encombre, le pas redoutable est franchi, les acclamations, les cris de joie, les applaudissements enthousiastes saluent l'heureux triomphateur,

dès lors classé, sans contestation possible, au premier rang des « champions » bretons.

« Il a porté la bannière pendant plus d'une heure, et il l'a fait passer

sous l'arc de Saint-Jean! »

Cela répond à tout, satisfait à toutes les questions. Chacun s'incline devant cette supériorité.

Mêlés aux porteurs de bannières, se tiennent les équipages de la Cordelière et des autres navires, soutenus sur des brancards pavoises. On a eu le scrupule d'attacher aux sabords de longs rubans dont l'extrémité, confiée à des mousses, servira à donner aux spectateurs l'illusion des mouvements d'un vaisseau ou d'une barque roulant à la crête des lames.

Un maître de cérémonies , pardon ! un véritable maître d'équipage surveille cette partie du défilé. Il tient son sifflet en main et, à chaque station du clergé, il donne le signal, enjoignant aux canonniers de charger l'artillerie minuscule qui, bientôt, envoie un nuage de fumée se mêler aux vapeurs de l'encens.

Les oriflammes, les croix, les statues continuent le cortège, et les acclamations vont en croissant sur le passage des Miradous. Ainsi nommet-on les miraculés dont la foi a été récompensée par la guérison, demandée à l'eau de la fontaine, à l'attouchement du doigt du Précurseur....

Parmi les miraculés figurent, naturellement, les petits enfants, redevables à « monsieur Saint Jean » de la santé de leurs yeux. Si l'enfant est encore au maillot, il porte sur sa tête un bonnet à broderies d'or, qui le fera reconnaître pour un miradou. Plusieurs autres bambins ont été revêtus du costume dassique attribué à saint Jean, enfant, par les artistes, et ils s'avancent charmants, frais, roses, timides, étonnés, sous la peau de bique^ leur unique vêtement, menant, d'une main, un jeune agneau enrubanné, pressant, de l'autre, une petite croix faite d'ajonc ou de genêt fleuri.

La procession est close par le clergé, portant les riches reliquaires; à la suite, vient la foule des pieux intercesseurs.

Les cantiques bretons, alternant avec les hymnes latines, vont, au loin, éveiller mille échos et, tout à l'heure, un dragon\ envolé du clocher, va venir faire crépiter le lantad % monceau de lande, orné de petits drapeaux, couronné, au sommet, de fleurs naturelles mêlées à des fleurs artificielles.

Toute cette première partie de la fête est admirablement réglée et se passe en toute convenance; mais, si l'on ne veut courir un risque sérieux

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