CHATEAU DE TAUREAU, PRÈS MORLAIX
les habitants n'hésitèrent pas à entamer une procédure longue et coûteuse, pour les frais de laquelle chacun souscrivit selon ses moyens.
On obtint gain de cause.
Lorsque Louis XIV déclara « royale » la vieille citadelle morlaisienne, Vauban, chargé de tortiller les côtes, rendit hommage à la perspicacité des ingénieurs municipaux et signala l'importance de la rade ainsi protégée.
Par malheur, rilliisire maréchal ne fut pas toujours écouté et le littoral Nord breton continua à offrir maints endroits propices à l'établissement d'un port militaire, sans que les ministres de la marine fissent rien pour procurer à nos flottes un abri nécessaire, au double point de vue de la •lv:lense et de la navigation.
Le dernier commandant du Taureau fut le lieutenant général duc de SvuLX-TvvANNEs (1786) qui, bien entendu, ne prit pas la peine de se reléguer dar:s ce coin perdu et choisit pour représentant le capitaine Hersaiit. Ce dio[Te capitaine, aussi fier ou aussi peu consciencieux que son maître, se
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Aspect de la rade morlaisienne.
préoccupait médiocrement des fonctions assumées; il préférait habiter son manoir de Lanuguy.
't^a Révolution mit fin à cet état de choses, en substituant aux gouverneurs; et à leurs capitaines, de l'artillerie et des gardes du génie détachés de la vjrnison de Brest.
A peu près dans le temps où le Roi-Soleil s'emparait du château du Taureau, il décidait que des prisonniers d'État pourraient y être enfermés.
Le plus célèbre d'entre ces prisonniers fut le procureur général La Chalolais; on l'y envoya, accompagné de ses fils (1765). Leurs plaintes éclatèrent aussitôt.
Le Taureau, suivant eux, était un « repaire où on ne reléguait que des gens de sac et de corde ». Us s'étendaient égalemeiU sur la peinture des « immondes cabanons » qui leur servaient de cachots.
Les amis des prisonniers agirent et obtinrent, au bout d'un mois, leur transfèrement àSaint-Malo.Les Morlaisiens n'en lurent guère émus; ils tenaient
compte au duc d'Aiguillon, l'ennemi du procureur général, de tous ses efforts pour améliorer les voies de communication de la province. Au duc, en effet, revenait l'honneur du tracé des routes de Paris à Brest, de Lannion, de Carhaix, de Saint-Pol et de plusieurs autres.
Peut-être, même, faudrait-il voir dans cette circonstance le germe de la haine que lui avait vouée La Chalotais; « car, dit un historien, le gouverneur, au reçu des communications réclamées par le tiers état, faisait des dépenses excessives et n'épargnait ni les terres parlementaires (c'est-àdire appartenant aux membres du parlement), ni celles de la noblesse que les lignes traversaient ».
Quoi qu'il en soit, La Chalotais, après son procès, revint visiter le château du Taureau, en compagnie de l'évêque de Tréguier.
« Cela rappelle, dit l'historien déjà cité S que l'un des plus saints prélats de Rennes, François Laciiever, ou L'Archiver, fils d'un pauvre paysan de Plouézoc'h, près Morlaix, avait, en 1614, chanté la messe avec pompe dans ce fort, en présence du commandant Kerret et des notables. »
Aujourd'hui, les Morlaisiens s'occupent peu de l'antique château et beaucoup croiraient qu'il a depuis longtemps disparu, si, dans leurs excursions au bord de la mer, ils ne l'apercevaient debout, sur son roc, tout prêt encore à défendre l'entrée de la rivière.
Cette barrière franchie, la rade présente, sur une étendue de deux kilomètres et jusqu'à l'embouchure de la petite rivière du Dourdu, un magnifique mouillage où la mer est toujours calme. On a souvent eu le projet d'y créer des ports et des arsenaux; les difficultés à vaincre seraient peu de chose, le fond étant surtout vaseux.
C'est dans l'anse du Dourdu, ou Dourduff, commune de Plouézoc'h, que fut construit, vers l'année 1500, le plus grand vaisseau lancé jusqu'alors : La Cordelière, ainsi nommé par Anne de Bretagne, aux frais de qui on l'arma* de 100 canons et de 1200 hommes d'équipage.
Il y a bien longtemps que la rivière du Dourdu a été signalée pour les avantages qu'elle offrirait à la marine.
Dans les pleines mers ordinaires, le flot y monte de près de dix mètres et il n'y descend jamais à moins de six mètres. Les deux rives, éloignées d'une centaine de mètres, sont élevées et fournissent d'excellentes pierres de taille.