SAIXT-POL-DE-LÉON. — ROSCOFF. — L'ILE DE I}\TZ
A Touest de la rade niorlaisienne, au fond d'une baie située entre l'île de Callot et la terre, s'ouvre la rivière de Penzé. Le petit port de Penpoul occupe l'embouchure du cours d'eau, mais il disparaît, en quelque sorte, au milieu de l'éblouissant paysage dont la beauté s'imprime si fortement dans le souvenir du voyageur.
Soit que le soleil épande en nappe dorée ses rayons étincelants, soit que le crépuscule pourpré d'une chaude journée envahisse le ciel, soit que la brume blanche d'une nuit étoilée se dissémine dans l'atmosphère, soit que la tourmente annoncée par les vents d'ouest bouleverse la mer et la fasse hurler, menaçante, autour des écueils... toujours, sur sa modeste colline, la ville de Saint-Fol se présente majestueuse, belle, tranquille, regardant le large, d'un côté, et, de l'autre, terminant une plaine où les arbres verts des parcs des châteaux tranchent sur les champs cultivés, sur les haies d'ajonc, en toute saison fleuries.... Deux clochers jumeaux, svelles quoique imposants, planent sur la ville et seraient longuement détaillés, si une flèche aiguë, prodige de hardiesse, de grâce sans seconde, ne jaillissait, légère, triomphante, incomparable sur le fond de Thorizon, refoulant tout autour d'elle, arrachant aux yeux les plus indifférents un regard de surprise charmée, à l'esprit le plus blasé, une exclamation admirative.
C'est la tour du Kreisker, la tour dont Vauban disait qu'aucun autre morceau d'architecture ne lui semblait « ni si beau, ni si hardi ». La tour dont Frédéric Ozanam a fait un complet, un merveilleux éloge, en écrivant : t Si un ange descendait du ciel, il poserait le pied sur le clocher du Kreisker avant de s'arrêter sur la terre d'Armorique ! »
Le « clocher à jour * est là devant nous; le souffle impétueux de la
mer semblerait devoir le forcer à incliner sa frêle aiguille de granit; mais, combien de tourmentes n'a-t-il pas bravées ! Combien de fois le choc effrayant de la foudre ne l'a-t-il pas menacé! Et il reste ferme sur sa base, en apparence si faible, et ses clochetons, ses quatre pans ajourés, continuent à refléter, entre leurs minces colonnettes, les nuances changeantes du ciel....
On peut au loin, en France, sourire de la chanson naïve du conscrit léonnais, exhalant ses regrets et glorifiant son cher clocher :
Tous les jours que Dieu me donnera, je dirai : J'aime mon clocher à jour, ma tour de Kreisker !
Mais, quand on l'a vu, le clocher, le vrai « clocher à jour », on ne peut plus l'oublier, et ce qui semblait être une hyperbole, une exagération maladive de la nationalité, devient naturel, devient même un tribut tout légitime....
Nous prenons terre à Penpoul, faubourg et port de l'ancienne ville épiscopale. Son commerce maritime était, autrefois, assez florissant, mais la Penzé n'a pas une profondeur suffisante et le vaste estuaire qu'elle forme se trouve tout parsemé de roches, dont plusieurs constituent de véritables écueils.
La mer se retire très loin sur cette côte qu'elle a souvent bouleversée, (notamment en 1699), y accumulant des sables et refoulant les vases charriées par les eaux douces. Cette rade ne peut être fréquentée que par des chassemarées ou des trois-mâts de petites dimensions. Roscoff, à quatre kilomètres plus au nord, et situé dans une meilleure position, contribue encore au délaissement de Penpoul.
Une autre cause de décadence a pesé lourdement sur Saint-Pol. L'ancienneté de son évêché n'a pas trouvé grâce devant le Concordat. Quimper est devenu le chef-lieu, non seulement administratif, mais religieux du Finistère tout entier. Sans le séminaire, qui attire à elle un certain mouvement, la vieille cité, entourée d'un pays exclusivement agricole, paraîtrait pour jamais plongée dans une invincible torpeur. ^
Son histoire, du reste, n'a pas beaucoup retenti au milieu de celle du duché, bien que son nom soit resté célèbre dans les fastes bretons, et que la puissance de ses évêques et de ses seigneurs ait été très grande.
L'origine de la ville n'est pas nettement définie. L'opinion la plus commune la donne pour capitale aux Ossismii et la fait dominer sur un vaste
pays renfermant le territoire, non seulement du futur éveché de Léon, mais des évêchés de Tréguier et de Saint-Brieuc.
Aux Ossismiens, succédèrent les Romains, qui y résidèrent longtemps. On a trouvé dans la ville et les environs un très grand nombre de médailles. César ne l'aurait désignée que par ces mots « la ville des Ossismii ». Le savant M. de Blois donnait l'étymologie suivante : Léon viendrait de Legionenses, parce que les Romains avaient une légion tenant garnison dans ce lieu. De Legionenses serait venu Léonense, enlin Léon : étymologie commune à la ville espagnole du même nom.
Les anciens titres désignent Saint-Pol : Castellum Léonense, et le pays : Leonensis Pagus.
• Les Bretons l'appellent simplement Château-de-Pol : Castel-Pol.
îs'importe ce qu'il en puisse être, en franchissant les limites de la
Cultivateurs bretons ; dessin inédit d'Ozanne.
ville, on se trouve en plein pays de légendes chevaleresques, mêlées aux traditions religieuses les plus respectées.
Le roi Marc'h, monarque de la Cornouailles britannique; son neveu Tristan le Léonais; Yseult la blonde, fille du roi d'Irlande; cent épisodes des réunions de la Table Ronde s'allient étroitement au récit de l'hospitalité accordée, dans l'île de Batz, à Pol-Aurélien, par le comte Guythur ou Wilhur.
Ce dernier gouvernait au nom de Juduar, roi de la Domnonée, réfugié à la cour de Childebert, fils de Clovis, par crainte de Comorre, son 'oncle et son compétiteur.
Albert de Morlaix raconte longuement le départ de Pol-Aurélien qui, suivi d'un grand nombre de disciples, arrive de la Bretagne insulaire en Arinorique,.où il aborde en 530. Son vaisseau l'a conduit à l'île d'Ouessant,