Rigwal ou Riwal; on lui donne aussi le nom d'Alain I
ensuite sur la « Grande Terre »; en longeant la côte, il arrive au château dont le nom allait disparaître devant le sien.
La forteresse tombait en ruines, des animaux sauvages y avaient établi leur asile : un ours (?), un taureau, une laie et ses petits, un essaim d'abeilles. Pol garde seulement la laie et les marcassins, délivre le château abandonné de ses autres hôtes, en prend possession pour le transfomer en monastère, puis il va trouver Guythur, qui l'accueille fort bien, le protège et lui offre une cloche trouvée dans la gueule d'un poisson!...
Or, c'était justement une cloche appartenant au roi Marc'h, de qui Pol l'avait vainement sollicitée!!
Et si quelques doutes résistaient dans les esprits trop incrédules, on leur montrera, à la sacristie de la cathédrale, l'objet vénéré. Il est en cuivre argentifère, battu au marteau et muni d'une anse à sa partie supérieure; sa forme est celle d'un carré long, ou cône tronqué, ayant environ vingt centimètres sur une face et quinze sur l'autre. On l'agite au-dessus de la tête des malades; le jour du pardouy on l'entend sonner presque sans interruption.
Nous retrouverons bientôt, à l'île de Batz, la légende obligée du dragon vaincu par le futur évèque, symbole adopté pour célébrer le triomphe de la religion chrétienne sur le paganisme.
Cependant, le peuple désirait vivement que saint Pol, dont il admirait la charité, devint son évèque. Guythur dut s'interposer; il trouva le moyen de vaincre les refus du religieux en l'envoyant à Paris porter des lettres (de 525 à 535), négociant une prétendue affaire avec les rois Childebert et Judual : ce n'était autre chose que son élévation à l'épiscopat. Les deux rois approuvèrent la demande du comte, et Pol, malgré lui, revint investi de la dignité qu'il redoutait.
Son gouvernement fut si sage, si juste, que les habitants, par reconnaissance, donnèrent à la ville nouvelle le nom du saint.
Les chroniques locales se perdent, après cette époque, dans une foule de légendes, sauf en ce qui concerne le mariage d'Éléonore, fille de Hoël II, avec un vicomte de Léon (de 545 à 550), et il faut arriver aux premières années du neuvième siècle pour trouver une trace certaine : celle des guerres de Morvan, comte de Léon, contre Louis le Débonnaire, qui prétendait asseoir définitivement sa puissance en Bretagne.
Ermold Nigell, bénédictin d'Aquitaine, vivant au onzième siècle, a rimé une chronique conservant les traits principaux de la lutte ardente qui devait se terminer d'abord par la mort du comte; mais aussi, un peu plus tard, par la défaite des Francs.
DU MONT SAINT-MICIIKL A LOUIENT
L'envoyé de Louis, introduit, au début dos hostilités, prèsdeMorvan, reçut cette belle réponse.
« Va dire à ton maître que je ne lui suis pas soumis, que je ne cultive pas ses champs et ne veux pas de ses lois! Il a ses Francs, cela doit lui suffire; moi, Morvan, je gouverne en toute justice, et de par mon droit, les Bretons. Ainsi je refuse tout tribut. Si ton maître veut me déclarer la guerre, je l'attends, il verra si mon bras est affaibli et si mon cri de guerre n'éveille pas un puissant écho! »
Mais la lutte était trop inégale, surtout par cette raison que les principaux comtes souverains de Bretagne se jalousaient entre eux, alors que l'entente eût rendu impossible l'envahissement du pays. Toutefois, Morvan accomplit de tels prodiges de bravoure que les bardes entourèrent sa mort
Chargement de varech descendant une cote; dessin inédit d'Ozanne.
de circonstances surnaturelles. Il est devenu le héros de la célèbre chanson de Leiz-Breiz et, comme Merlin, il doit un jour sortir de sa tombe pour venir délivrer les Bretons!
Morvan fut la tige des puissants vicomtes et comtes de Léon. Guyomarc'h, son fils, proclamé roi par les Bretons, guerroya contre Lambert, lieutenant de l'empereur; vaincu, il fut mis à mort (825).
Un demi-siècle plus tard, les Northmen, s'abattant sur la Bretagne, ravagèrent cruellement le Léonnais. La ville de Saint-Pol, prise d'assaut, eut sa cathédrale dévastée et fut mise à feu et à sang.
Henri, lils de Guyomarc'h II, suivit le duc Alain Fergent à la première croisade. Lors des guerres affreuses qui désolèrent le règne du duc Conan IV, dit le Petit (à cause de sa fatale faiblesse), Guyomarc'h IV, comte de Léon.
et son frère Hamon, évêque de Saint-Pol, prirent le parti d'Eudon de Porhoët, leur beau-frère, qui voulait disputer le pouvoir à Geoffroy, époux de Constance, fille et unique héritière de Conan.
La pensée était sans doute bonne, au point de vue patriotique breton; mais Geoffroy, fils du roi d'Angleterre, Henri II, vit son père accourir et lui prêter main-forte (1170). Le Léonnais, dévasté, se soumit; le château fort de Saint-Pol pris, puis rasé, laissa la ville sans défense. Elle ne devait pas voir relever sa citadelle.
En 1172, le pauvre comté, si éprouvé, subit une invasion de la mer qui, sortant de ses limites, inonda les terres sur une grande étendue. Une peste terrible suivit, causée par le limon que déposèrent les eaux.
Les démêlés avec les ducs de Bretagne ou avec les rois d'Angleterre, enfin les expéditions contre des bandes organisées pour le vol et le pillage, remplirent près d'un siècle.
De 1250 à 1276, le comte Hervé IV, prodigue, joueur, mauvais administrateur de ses biens, essaya, mais en vain, de défendre ses droits contre les empiétements de la couronne ducale. Il tenait surtout extrêmement au privilège de donner des lettres de sûreté aux navires fréquentant cette partie du littoral, et au droit de bris, droit immoral qui devait engendrer les plus épouvantables crimes.
Nous en retrouverons la trace en continuant de longer la côte.
Hoël II avait donné ces droits en dot à sa fille Eléonore. Les mœurs du temps, d'ailleurs, n'y répugnaient pas et on trouvait très naturel que les comtes de Léon se vantassent de posséder une pierre, précieuse entre toutes, auprès de laquelle pâlissaient les pierreries ducales!
Hervé IV entendait parler d'un roc, cause de continuels naufrages! !!
Le duc Jean P% le Roux, après avoir renoncé à contester des titres formels, profita habilement des embarras financiers du comte. Il racheta diverses parties de ses domaines, la moitié de la ville de Morlaix qui lui appartenait, Brest, Saint-Renan, le Conquet; enfin, il fit valoir les coutumes féodales et, en 1277, le comté de Léon, avec toutes ses possessions vastes, magnifiques, s'étendant jusqu'aux portes de Quimper, était définitivement réuni à la couronne ducale.
Hervé vendit même ce qui ne lui appartenait pas : les biens de son frère, biens dont il n'avait que l'usufruit....
Depuis lors, le titre de comte de Léon fut l'apanage d'un prince de la maison de Bretagne, sauf quelques parties des domaines qui échurent à un autre Hervé et formèrent le vicomte de Léon. Au quatorzième siècle, ce
nu MONT SÂlNT-MICIIEL A LOniENT 319
viconilé se trouva, par alliance, porté dans rillustrc famille de Roiian, qui, en 157*2, obtenait son érection en principauté.
Li servitude des vassaux propres des comtes de Léon était très rigoureuse*. Ils n'avaient pas le droit d'aller habiter ailleurs que sur les terres de leurs seigneurs, sous peine de se voir ramener, corde au coUy à la motte féodale, sans préjudice de peines corporelles et pécuniaires.
Les enfants des serfs n'obtenaient d'instruction que sous le bon plaisir des comtes, qui pouvaient, à leur gré, donner ou refuser des lettres de franchise. En général, ils les faisaient acheter fort cher. La moindre infraction à ce code draconien entraînait le bannissement et la perte de tous biens, tant présents que futurs.
Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que les serfs secouèrent le joug avec transport.
Privée de fortifications, la ville de Saint-Pol s'abstint de prendre parti
Canot débarquant des pêcheurs; dessin inédit d'Ozanne.
dans la lutte de Succession. Elle reçut pourtant Jean IV, quand, après la bataille d'Auray, ce prince vint s'y faire reconnaître (1365). Mais, peu après, la mauvaise politique du nouveau duc motiva l'entrée, en Bretagne, des troupes de Charles V, commandées par Du Guesclin. Le connétable vint mettre garnison dans Saint-Pol (1575). Les soldats français y résidèrent jusqu'au moment où Jean IV, rappelé par ses sujets, s'empara de la ville. Sa victoire fut déshonorée par la cruauté dont il usa envers les défenseurs, en les passant tous au fil de l'épée.
Saint-Pol rentra ensuite dans un calme profond, qui ne fut plus troublé qu'en 1590, par La Fontenelle; mais l'invasion du hardi brigand n'eut pas de durée.
1. C'est-à-dire les vassaux de leurs domaines particuliers et non ceux des seigneurs, moins puis-, sants, qui relevaient du comte.
3o0 LE LITTORAL DE LA FRANGE
La ville ne s'éveillait de sa paix que pour célébrer magnifiquement les « entrées » de ses prélats ; entrées signalées par les coutumes les plus bizarres où, tour à tour, on voit les seigneurs dépendant de l'évêque se disputer le « droit » de soutenir les « pieds de la chaise « sur laquelle on faisait asseoir le pasteur pour le porter en ville; puis élever leurs prétentions pour lu c< partage de la batlerie de cuisine, des brocs de vin entamés, de la vaisselle, des couteaux, tasses, aiguières en argent, du linge de table, voire des restes de pain du festin «!!
L'entrée des vicomtes dans leurs domaines donnait lieu à des cérémonies presque analogues; mais l'évêque et son chapitre en supportaient les frais, par reconnaissance pour diverses libéralités faites à la cathédrale.
Oq pense bien que ces arrangements, ces libéralités n'étaient pas sans engendrer des abus. Ainsi, au seizième siècle, un des chanoines, Hamon Barbier de Lescoat, laissa, à sa mort, tant de bénéfices vacants, que le Pape Jules III, sollicité de répartir ces richesses, s'étonna et demanda « si tous les abbés de Bretagne étaient morts le même jour »!
Néanmoins, le plus grand nombre des évêques de Saint-Pol a laissé un souvenir estimable. Parmi eux, on remarque Philippe de Coëtquis, plus tard archevêque de Tours. En cette qualité, il fut chargé d'interroger Jeanne d'Arc, au moment où elle sollicitait sa première entrevue avec Charles YII.
Jean Validire construisit, en 1431, le chœur de la cathédrale.
Rolland de Neufville occupa son siège pendant cinquante et un ans (1562-1615). Grâce à lui, les horreurs qui signalèrent les guerres de la Ligue n'atteignirent pas le diocèse.
Jean de Montigny fut membre de l'Académie française. Mme de Sévigné faisait son éloge et le considérait comme un esprit supérieur.
Jean François de la Marche, dernier évêque de Saint-Pol, avait paru avec éclat au combat de Plaisance (1747) comme capitaine des dragons de la reine.
Dégoûté de la vie de soldat, il étudia et entra dans les ordres. Préconisé évêque de Léon, en 1772, il s'attacha à son diocèse, pour lequel il ne ménagea pas sa fortune personnelle. Le collège et le séminaire sont ses fondations. Le Léonnais lui doit un souvenir de gratitude, car son initiative introduisit la culture de la pomme de terre dans cette partie de la Bretagne. Mgr de la Marche mourut à Londres, en 1806*.
i. Marleville rapporte ces fails honorables et ajoute que le prélat avait aussi fondé une rente pour le « couronnement d'une rosière, » chose peu nécessaire en Bretagne, fait remarquer flatteusement l'écrivain.
Dr MONT SAINT-MICIIKL A LORIENT
la vie publique uo semble pas avoir jamais été très active à Sainl-Pol. Tu curieux travail de M. de Couroy prouve que les uolables de la ville ne se montraient guère empressés à s'occuper des affaires municipales les plus importantes. Aussi le syndic adressa-t-il requête au parlement, pour exposer les faits suivants : « Quand la cloche sonne, afin d'appeler les habitants à délibérer sur les affaires du roy et aullres pour le bien public, les plus considérables ne s'y trouvent pas d'ordinaire; mais seulement une
Calliédrale de Sain t-Pol-de- Léon
muliitudc de peuple qui, au lieu de délibérer, n'apporte que confusion cl désordre. »
En conséquence, le syndic demandait l'autorisation de convoquer « tous les habitants », qui « chaque année » éliraient vingt d'entre eux, chargés, dès lors, de délibérer sur les affaires de la commune, « sous peine de vingt livres d'amende contre les manquants ». Le parlement approuva, tout en réduisant l'amende à dix livres.
Cela se passait en 4648 et donne la preuve que le suffrage universel tenait lieu, de temps immémorial, de corps municipal à la ville. A partir de cette époque, une communauté fut instituée, et, en 1692, une mairie ayant été érigée, l'organisation administrative prit un cours régulier.
Par malheur, Saint-Pol ne se trouvait pas dans des conditions propres à lui rendre beaucoup d'importance. Une rivale plus jeune, mieux située, surtout très active, la ville de Roscoff, jadis sa vassale, grandissait, attirant à elle un sérieux commerce maritime. Morlaix, de son côté, redoublait d'efforts pour étendre son négoce. La vieille cité devait succomber dans la lutte, ou, plutôt, elle n'essaya guère de lutter.
Peu à peu, sa somnolence augmenta, et devint de la torpeur lorsque l'évêché fut supprimé. L'herbe poussa dans ses rues, les représentants des vieilles familles se confinèrent chez eux; les belles promenades restèrent désertes... Si le Kreisker n'avait attiré un certain nombre de voyageurs et d'artistes, on eût pu croire Saint-Pol oublié du reste du monde.
Cette indolence va, très probablement, céder devant le grand courant d'activité moderne enfanté par la voie ferrée qui relie, maintenant, la ville à Morlaix.
L'agriculture, déjà si avancée dans la région entière, fera de nouveaux progrès, et la prospérité locale y gagnera encore.
Mais, on continuera à visiter Saint-Pol, surtout pour ses splendides monuments; car, après le clocher célèbre de la chapelle du séminaire, la cathédrale mérite d'être longuement examinée.
Pendant plus d'un demi- siècle, le noble édifice resta déshonoré par une couche épaisse d'horrible badigeon, destinée à voiler la dégradation des murs. L'abandon dégénérait en saleté complète, les tours commençaient à se déjoindre.... Il était temps, grand temps de parer à une ruine imminente. La restauration, toutefois, date seulement de ces dernières années; mais elle a été complète.
L'antique église de Saint-Pol-Aurélien a recouvré toute sa beauté intérieure. Bientôt son extérieur sera, de même, redevenu ce qu'il était à l'époque où les prélats du Léon se montraient fiers de l'entretenir dans toute sa majesté.
La cathédrale actuelle ne remonte pas au delà du quatorzième siècle, bien que quelques-unes de ses parties puissent dater des constructions romanes, élevées, un siècle plus tôt, sur l'emplacement du monument primitif, détruit, en 875, par les Northmen.
On est frappé, dès les premiers pas, par l'élégance des arcades pro-
filant une nef majestueuse, et présentant une riche ornementation où le rè«^ne véi^êlal prodigue les plus gracieux contours. Chaque arcade est éclairée par une fenêtre, et deux galeries, l'une en ogive trilobée, l'autre obscure, régnent tout le long de la nef.
Le tiilTeau a seul été employé ici et pour les collatéraux; mais, partout ailleurs, le ^ranit, la pierre bretonne par excellence, reprend la priorité.
Le chœur domine l'ensemble. L'évèque Jean Validire le construisit en liôl. 11 est entouré par treize arcades; ses galeries sont encore plus
Il f M II Î,/A!ll a'
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Intéi'ieur de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon.
capricieusement fouillées que celles de la nef, et ses fenêtres présentent la particularité de se terminer en forme de mitre.
Derrière le chœur, on voit, comme à Dol, une grande crosse en bois doré, simulant un palmier, à l'extrémité de la volute duquel est suspendu le saint ciboire, surmonté d'un petit pavillon.
Soixante-huit slalles en chêne sculpté se rangent, superposées, autour du sanctuaire, et un très beau lutrin, également en chêne sculpté, complète cette magnifique décoration.
Au pied des marches du maître-autel, une dalle en marbre noir re-
couvre, selon la tradition, le tombeau de saint Pol, et le trésor de l'église garde son crâne, un os de ses bras, ainsi qu'un doigt. Cette dernière relique est placée dans un étui en argent portant l'inscription suivante :