Voir, à Tarlicle Cascale, l'étymologie du mot Conquet
Les pillards, il est vrai, tombèrent sous les coups de Guillaume du Chastel, capitaine de l'arrière-ban du Léon; mais le Ccnquet ne recouvra plus sa place dans le commerce français, car les conditions de la marine marchande allaient changer et d'autres ports lui disputaient la préséance.
Très fréquenté pendant la saison des bains de mer, le Conquet se transforme. La pcche côticre, le cabotage, l'élevage du bétail et des chevaux, l'industrie de la soude et autres produits chimiques, tirés du goémon, y entretiennent une réelle aisance.
L'église, surmontée d'une fort belle flèche, avait été bâtie, au seizième siècle, sur la paroisse de LocuRisT, dont la petite ville dépendait pour le culte.
Soigneusement démolie pierre à pierre et reconstruite au Conquet, où sa place est mieux marquée, elle renferme le tombeau d'un célèbre missionnaire du dix-septiéme siècle, Michel Le NoDLETz, apôtre des îles de l'Iroise, encore à celte époque sous le joug de pratiques païennes.
Dans le cimetière de Lochrist repose le savant linguiste Le Goni- DEC, enfant du Conquet, où il était né le 4 septembre 1775, mort à Paris le 12 octobre 1858. La Bretagne lui doit d'avoir vu revivre avec un éclat, une pureté admirables, le génie de son fier langage.
Plougonvelen renferme les débris de la célèbre abbaye Saint- Matthieu de Fin de terre (Loc-Mahc-Pen-ar-Bcd^). Ravagée à plusieurs reprises par les Saxons, les Normands, les Anglais, l'abbaye avait fini par perdre tous ses litres, en sorte que son histoire demeure incertaine.
Bàlie au sixième ou au septième siècle, on lui donne pour fondateur 1. Cellule de Saint-Mallhieu de la Tête, ou fin de Terre.
Eglise du Conquet.
hCI.NEs DE l'abbaye DK S A I N T-M A T T 11 I K. l' . INTERIEUR DU CLOÎTRE
nu MONT SAINT-MICHEL A LORIENT
saint Tanguy, fils d'un seigneur du Chastel. Les parents du jeune religieux se plurent à doter son monastère et voulurent joindre son prénom à leur nom patronymique, d'où : Tanguy ou Tanneguy Du Châtel. L'opinion la plus commune veut que l'abbaye reçut les reliques de l'évangéliste Saint-Matthieu. On ajoute, chose invraisemblable, que la sépulture de saint Tanguy n'a point été troublée et se trouverait dans la chapelle faisant suite à un portail gothique assez bien conservé.
Des ruines entières, les plus imposantes sont celles de l'église, bâtie au douzième siècle, la façade, les pignons triangulaires, percés de fenêtres ogivales, se présentent bien encore. De grosses colonnes rondes soutiennent, les arceaux; les chapiteaux sont ornés de plantes aquatiques et de feuilles
Porche de l'abbaye de Saint-Hatthieu.
de trèfle. Les transepts sont plus élevés que la nef. Deux arcades, reposant sur un groupe de huit colonnes, forment les côtés du chœur, dont la voûte n'existe plus. Le chevet droit est soutenu par deux arcs-boutants extérieurs.
L'ensemble devait constituer un noble édifice, et il est à regretter que la fureur humaine de destruction, beaucoup plus que celle des éléments, ait causé un désastre irréparable.
Parmi les abbés de Saint-Matthieu, deux noms ressortent avec une fortune bien différente. Le premier, celui de Claude Dgdieu, appartient à un prêtre respecté, évêque de Rennes, ambassadeur de France près du Saint- Siège et de Charles-Quint, orateur écouté au concile de Trente, témoin au "• b3
couronnement de Catherine de Médicis, député aux États Généraux de 1557. Après la destruction du Conquet et de Saint-Matthieu par les Anglais, Claude Dodieu releva l'abbaye des décombres accumulés par l'incendie. L'année suivante, il mourait à Paris.
Le second nom est celui de Come Ruggieri, le célèbre Florentin, conseiller, puis aumônier de Henri III. Sa mort, arrivée en 1616, fut regardée comme une délivrance par les moines, qui n'avaient eu guère sujet de l'aimer.
L'abbaye de Saint-Matthieu entretenait avec soin un fanal, ou phare, dont les restes sont encore visibles. Mais, au commencement du dernier siècle, la pauvreté des moines étant devenue grande, l'administration de la marine établit ce feu, si utile aux marins, dans le clocher de l'église, mainte-
Saint-Maltliieu : Les anciens gibets.
nant tombé. Un superbe phare à feu tournant et éclipses l'a remplacé. 11 projette sa lumière à vingt-quatre kilomètres.
C'est vis-à-vis de Saint-Matthieu qu'eut lieu le combat où périt le vaisseau la Cordelière, commandé par l'héroïque Primoguet (ou Portzmoguer). Selon une ancienne habitude prise, les Anglais ravageaient constamment les côtes bretonnes. Primoguet, à qui avait été confié le commandement du beau vaisseau (construit par les ordres de la reine Anne, au Dourdu (1500), résolut de £e mettre à la poursuite des pillards. Il n'avait que dix-neuf autres navires avec lui quand, le 10 août 1515, il rencontra à la hauteur de Saint- Matthieu la flotte anglaise composée de quatre-vingts voiles. Primoguet ne recule pas devant le nombre. Par ses paroles, par ses actions, il enthousiasme ses équipages et, déjà, la victoire se déclarait pour lui, lorsque soudain un incendie éclate à son bord. Loin de se décourager, il fait déployer toutes ses voiles et court sur le vaisseau amiral anglais, la Régente, de manière à ce que le vent y communique les flammes dévorant la Cordelière,
DU MONT SAINT-MICHEL A LORIENT iltt
Le but est atteint, l'ennemi ne saurait plus lutter, son navire éclatera tout à l'heure... Primoguet n'a pas laissé la Cordelière sans vengeance, il peut songer à sa propre sûreté, et se jette à la mer, nageant pour regagner sa flotte...
Un cri de douleur jaillit de la poitrine de ses hommes. La pesanteur des armes en usage à cette époque, et dont l'héroïque capitaine ne s'est pas défait, entraîne sa perte.... La victoire coûte cher parfois! Les Bretons en faisaient l'épreuve.
Quatre vaisseaux, armés par les habitants du Croisic, avaient largement contribué au succès de la journée. Les Croisicais gardent ce glorieux sou-
Phare de Saint-Matthieu.
venir dans leurs annales, comme la marine française honore la mémoire
de Primoguet.
En tout temps, le tableau découvert de la pointe de Saint-Matthieu est admirable.
Néanmoins, pour l'embrasser dans sa sublimité, c'est au crépuscule d'une soirée d'équinoxe qu'il faut venir le contempler.
Les flots écumants de l'Atlantique se tordent autour des récifs; les lies dominent la mer, ou paraissent s'engloutir sous les montagnes d'eau hurlantes qui les assiègent; la côte, déchiquetée, s'avance ou recule, minée en grottes, dressée en promontoires, creusée en baies, toute résonnante de la voix des écueils.
A droite, la route du nord, aux passages hérissés de roches; en face, le large, comme protégé par une ceinture de granit impénétrable; à gauche, les premiers contours des pointes de la baie de Douarnenez, l'entrée de la rade de Brest; derrière soi, le spectre de l'abbaye morte et, planant sereine au-dessus de l'Océan, la lumière du phare se reflète blanche, étincelante dans le tourbillon des vagues!..
La rade du Conquet est simplement foraine'. Plus au nord, touchant la pointe de Kermorvan, se trouve la grève des Blancs-Sablons, défendue par des batteries et des forts : cette anse est le lieu le plus favorable à un débarquement, entre la baie de Douarnenez et Saint-Brieuc.
Au sud de Saint-Matthieu, l'anse de Bertheaume commence, de ce côté, la défense de la rade de Brest.
Le fort, bâti sur un roc isolé, a longtemps été réuni au continent par un pont de cordages artistement entrelacés.
C'est dans ces parages tourmentés que l'on vient de faire une trouvaille digne des étranges découvertes du Talisman et du Travailleur : un poisson inconnu jusqu'à ce jour aux pêcheurs du pays. Il mesure soixante centimètres de long, trente de hauteur et quinze de largeur de dos. Une ouverture parfaitement circulaire lui tient lieu de bouche : il porte sur la partie caudale deux nageoires servant de gouvernail : l'une est plantée sur la face dorsale, l'autre sous le ventre, mais tout à fait à l'extrémité du corps, en ligne droite perpendiculaire à la première. L'animal, n'a pas de queue et son corps, bien qu'entier, semble être coupé par la moitié.
La côte entière est élevée et escarpée. De petits sentiers, à peine tracés, serpentent le long des falaises coupées, çà et là, d'entailles à pic où la mer vient gronder avec fureur, abandonnant, au moment du reflux, quantité d'herbes précieuses.
L'agriculture et l'industrie savent tirer parti de cette moisson marine, mais il faut aller la recueillir. Toute une population, parmi laquelle les femmes, les enfants, les vieillards sont en majorité, n'hésite pas devant la tâche si effrayante ou si cruellement pénible qu'elle puisse être. ,tf Le soleil darde-t-il d'aplomb sur les rocs et les rend-il brûlants,
comme les pierres d'un four.... un froid pénétrant jette-t-il une eau glacée sur les crêtes devenues comme couvertes de givre, le cueilleur de goémon doit s'avancer jusqu'à l'extrême limite du rivage, recevoir le
1 i. Trop ouverte, dépourvue d'abris suffisants.
choc de la lame, escalader, pieds nus, les pointes déchirées, courir le risque d'être précipité de hauteurs prodigieuses.... Ce n'est rien encore.
Dans les lieux les plus escarpés et où l'on ne saurait parvenir, les obstacles sont tournés. Les roches surplombant l'abîme ont été percées. A ces ouvertures ainsi obtenues, on lixe des poulies soutenant des cordes terminées par des crochets. Avec l'aide de ces appareils, il est possible de ramener une grande abondance de goémon qui, dans ces réserves naturelles, est toujoure amoncelé en quantités immenses.
Mais, le plus souvent, ce sont des cueilleurs courageux qui, osant se confier à la solidité des cordages, descendent, ainsi suspendus, au fond des gouffres, forment de lourds paquets et les rapportent attachés à leur ceinture!!...
C'est, à peu de chose près, imiter les chasseurs norvégiens, dénicheurs d'oiseaux marins. C'est encore, comme eux, risquer sa vie pour un bien mince salaire.... Il ne faut cependant pas oublier que, depuis l'établissement des usines de produits chimiques, une certaine aisance s'est répandue dans le pays. Les habitants, accoutumés depuis l'enfance à une vie excessivement pénible, regardent comme un surcroît de fortune ce métier qui occupe tant de bras trop faibles pour la pêche.
Pour rendre le goémon propre aux transformations chimiques, il faut le brûler, opération accomplie sur des rochers isolés ou sur des emplacements du rivage impropres à toute autre chose. La combustion produit une fumée blanche, tellement abondante et opaque qu'elle peut, parfois, en masquant l'horizon, gêner l'étude des points de repère de la côte. Toute chargée d'exhalaisons marines, cette fumée est très désagréable et nuisible, par sa trop grande activité, à la végétation. S'il était toujours possible de la condenser et de la distiller, on en retirerait certainement des produits excellents.
Le brûlage s'opère, en général, dans des auges en pierres plates, de sept à huit mètres de longueur, sur quatre de largeur et trois de profondeur. On creuse un peu la terre au-dessous des dalles irrégulières formant le fond, afin qu'un courant d'air puisse s'établir.
L'incinération dure plusieurs heures. Lorsqu'elle touche à sa tin, on brasse la matière avec des barres de fer. Ce mode primitif gaspille beaucoup de matières; car, pour obtenir un tonneau* de soude, il ne faut pas