LÉGENDE DE SAINT RONAN
BUIIEZ SANT RONAN
Maestoso.
* J g J 0 - « eh
Ann 0- -trou Ro - nan be - ni-get E - nez I - ver
i^mi ytt-^^JVT3 j J|J Jj j'jfThr-'-
oa - ganet, Bro-zaoz enn tu ail d'ar mor glaz de meuz a benn-ti - ei - en yraz,
Le bienheureux seigneur Ronan reçut le jour dans l'île d'Irlande, au pays des Saxons, au delà de la mer bleue, de chefs de famille puissants.
Un jour qu'il était en prière, il vit une clarté et un bel ange vêtu de blanc, qui lui parla ainsi :
« Ronan, Ronan, quitte ce lieu; Dieu t'ordonne, pour sauver ton âme, d'aller habiter dans la tene de Cornouailles. »
\. Les Normands rasaient leurs cheveux et leur barbe, contrairement à l'usage national des Bretons, d'où le mot « épis sans barbe ».
2. C'est-à-dire du Mont Saint-Michel à Brest, où l'Elorn tombe dans la rade. Alain vainquit plusieurs fois les Normands : près l'ontorson, près Dol, près Saint-Brieuc. Il réunit à lui la majorité des Bretons et prit le titre de duc.
nr MONT SAINT-MICIIEL A LORIENT l\'2:\
Ronan obéit à l'ange, et vint doniomvr ou Brelagne, d'abord dans une vallée de Léon, puis dans la Forêt ^acroo du pays do Cornouaillcs.
Il y avait deux ou trois ans qu'il faisait en ces lieux pénitence, lorsque, étant un soir sur le seuil de sa porte, à doux genoux devant la mer,
In loup bondit dans la forêt, avec un mouton en travers dans sa gueule, et, à sa poursuite, u\\ liomme haletant et pleurant do douleur.
Ronan eut pitié de cet homme, et pria Uieu pour lui :
(t Soigneur Diou, je vous prie, faites que le mouton ne soit pas étranglé! »
Sa prière n'otail pas linio, que le mouton avait été déposé, sans aucun mal, sur le seuil do la porto, aux pieds de Ronan et du pauvre propriétaire.
Depuis ce jour, le cher homme venait souvent le voir : il venait avec grand plaisir l'enlondre parler de Diou.
Mais il avait une épouse, une méchante femme, nommée Kéban, qui prit en haine Ronan, au sujet de son mari.
Un jour elle vint le trouver et l'accabla d'injures :
« Vous avez ensorcelé les gens de ma maison, mon mari aussi bien que mes enfants I
« Ils ne font que vous rendre visite, et mon ménage en souffre. Si vous ne faites pas plus attention à mes paroles, vous aurez beau japper, je vous châtierai ! »
Alors elle forma le projet d'opprimer le saint homme de Dieu, et alla trouver le roi Gradlon, de l'autre côté de la montagne :
« Seigneur Roi, je viens vous demander justice : ma petite fille a été étranglée; c'est Ronan qui en a fait le coup, dans la Forêt Sacrée; je l'ai vu se changer en loup. »
Sur cette accusation, Ronan fut conduit à la ville de Quimper, et jeté dans un cachot profond, par ordre du roi Gradlon.
On le tira de là, on l'attacha à un arbre, et on lâcha sur lui deux chiens sauvages affamés.
Sans s'émouvoir et sans avoir peur, il fit un signe de croix sur son cœur, et les chiens reculèrent tout d'un coup, en hurlant lamentablement, comme s'ils eussent mis le pied dans le fou.
Quand Gradlon vit cela, il dit à l'homme de Dieu :
« Que voulez-vous que je vous donne, puisque Dieu est avec vous?
— Je ne vous demande rien que la grâce de la femme Kéban; son petit enfant n'était pas mort, elle l'avait enfermé tout vivant dans un coffre. »
On apporta le coffre, et on y trouva l'enfant : il était couché sur le côté et était mort : et saint Ronan le ressucita.
Le seigneur Gradlon et ses gens, stupéfaits de ce miracle, se jetèrent aux genoux de saint Ronan pour lui demander pardon.
Et il revint à la forêt, et y resta jusqu'à sa mort, faisant pénitence, une pierre dure pour oreiller;
Pour vêtement, la peau d'une génisse tachetée, une branche tordue pour ceinture ; pour boisson, l'eau noire de la mare; pour nourriture, du pain cuit sus la cendre.
Lorsque sa dernière heure fut venue, et qu'il eut quitté ce monde, deux buffles blancs sauvages furent attelés à une charrette et trois évêques menèrent le deuil.
Arrivés sur le bord d'un lavoir, ils trouvèrent Kéban, décoiffée, qui faisait la buée' le vendredi , sans égard pour le sang de Jésus, notre Sauveur.
Et elle de lever son battoir, et d'en frapper un des buffles à la corne, si bien que le buffle bondit, épouvanté, et eut la corne arrachée du coup.