Cf. LittrÉj op. cit., art. Guillemet
mais sin lesquels cependant on désire appeler l'attention.
Ainsi, dans l'alinéa précédent, les mots en italique : Guillemet, Guillaume, premier guillemet, etc., auraient aussi bien pu être composés dans le caractère courant el placés entre guillemets : « Guillemet », « Guillaume ». « premier guillemel . etc. Aussi est-il de règle, en bonne typographie, de règle pour ainsi dire absolue, de no jamais mettre, dans un texte en romain, de l'italique entre guillemets : ce serait une superfétation, comme un pléonasme \icicux. C'est l'un ou l'autre : guillemet ou italique.
De même qu'on emploie volontiers I italique pour les citations en langue étrangère, on compose souvent en caractère inférieur à celui du texte les citations de quelque étendue. Dans ce cas, comme tout à l'heure avec l'italique, les guillemets sont inutiles, la différence de caractère étant suffisante pour indiquer la différence de texte. Cependant, si, dans une citation ainsi composée en caractère inférieur, une autre citation se trouvait intercalée, cette seconde citation serait marquée par des guillemets, ou mise en italique. Exemples:
Nostre religion, écrit Montaigne t, n'a point eu de plus asseuré fondement humain, que le mespris de la vie. Non seulement le discours de la raison nous y appelle;... mais aussi, puisque nous sommes menacez de tant de façons de mort, n'y a-t-il pas plus de mal à les craindre toutes qu'à en soustenir une .'... A celui qui disait à Socrates : « Les trente tyrans t'ont condemné à mort : — Et nature, eulx, » répondit-il. Quelle sottise de nous peiner, etc.
Depuis, avec l'aage, dit encore Montaigne2, i'ay trouvé qu'on avoit une grandissime raison, et que magis magnos clericos non sunt magis magnos sapientes. Mais d'où il puisse advenir, etc.
On ne guillemette pas non plus une citation en vers introduite dans un texte, même si ce texte est guillemeté.et « lors même que ces vers ne sont pas composés en caractères différents du texte3 •> ; la forme des vers
1. Essais, livre 1. chap. \ix;l. I, p. 10î; Paris, Charpentier. 18G2.
"1. Dp. cit., livre I, chap. xxiv ; t. I, pp. 17i-175. 3. Daupeley-Gouverneur, op. rit., p. 107.
(disposition, mise à la ligne, majuscule initiale, etc.) suffit à établir la distinction.
Pour les dialogues et les citations; il est superflu de mettre un guillemet au commencement de chaque ligne, de guillemeler au long, comme on dit : il suffit qu'il y ait un guillemet au début, guillemet ouvrant, pour ouvrir le dialogue ou la citation, et un autre à la fin, guillemet fermant. Exemple :
« Où allez-vous, monsieur?
— Je rentre chez moi.
— Ne deviez-vous pas passer chez votre libraire?
— Je viens de le rencontrer, et la visite que je me proposais de lui faire est devenue inutile. »
Aujourd'hui on se dispense même souvent de mettre un guillemet au début et un autre à la fin du dialogue; on se contente «le placer un tiret devant les paroles du premier interlocuteur :
— Où allez-vous, monsieur?
— Je rentre chez moi.
— Ne deviez-vous pas, etc.
Mais c'est là un tort, une mauvaise marche; car régulièrement le tiret n'a d'autre fonction, dans les entre tiens, que d'indiquer** le changement d'interlocuteur-: en outre, le guillemet est le véritable signe de la conversation et de la citation; aussi les meilleures impri meries, celles qui peuvent être réputées comme faisan autorité, l'ont-elles conservé pour «• ouvrir et fermer le dialogue, ainsi qu'il vient d'être spécifié.
Les expressions dit-il, dentandœ-t-it, répondit-il^ s'écria t-elle, etc.. intercalées dans le dialogue, mais qui n'en fon pas partie intégrante, devraient être logiquement placée en dehors des guillemets, c'est-à-dire précédées d'm guillemet fermant et suivies d'un guillemet ouvrai) (». dit-il. «); mais, afin d'éviter une gênante et disg cieuse accumulation de guillemets, il est d'usage de n pas faire précéder ni suivre de ce signe ces courte meises :
« Je vois, me dit-il. que vous m'avez compris
Cependant, si l'incise occupe plus d'une ligne, si, e d'autres termes, elle est accompagnée de quelque
position explicative ou corrélative, les guillemets Boni le i»lus prdinairemenl nécessaires, dans ce cas, pour la clarté du texte. Exemple :
« Que faites-vous? Qu'osea-vous faire? » demandai il d'une voix menaçante, en promenant autour do lui des regardi à la t'ois aident- et sombres, enflammés d'indignation et de fureur. « Qu'avez-vous donc à prétendre ici ? N'avez-vous pas été reçu, vous étranger, comme un enfant de la maison?... Et maintenant!... » Etc.
Toutefois, lorsque les expressions dit-il, répondit-il, s'ériia-t-clle, etc., terminent la conversation, il est logique • le les placer au delà (\\\ guillemet final :
« Adieu ! Tu ne me reverras jamais ! » s'écria-t-elle.
Il est de même absolument logique de mettre au delà du guillemet final le terme etc., quand il abrège une citation, sans en faire partie. Exemple :
« Heureux qui peut encore, s'écrie Sainte-Beuve, cultiver les Lettres comme du temps de nos pères, dans la retraite ou dans un demi-loisir, faisant aux affaires, aux inévitables ennuis, leur part, et se réservant l'autre; » etc.
De même encore pour les indications de sources, elles se placent après le guillemet final :
« On fit jadis, dans le sénat, la proposition de distinguer par le vêtement les esclaves des hommes libres. » (Sénèque le Philosophe, De la Clémence, livre I, xxiv, trad. J. Baillard.)
Quand la citation comporte plusieurs alinéas, on place un guillemet ouvert en tête de chacun d'eux, mais, seul, le dernier alinéa est terminé par un guillemet fermé. Exemple :
« Qu'est-ce que Injustice? — L'essence de l'humanité.
« Qu'a-t-elle été depuis le commencement du monde ? — Presque rien.
« Que doit-elle être? — Tout. ->
(Proudhon, De la Justice dans la Révolution..., t. I, p. 100.)
On ne guillemette à chaque ligne, au long, que les citations intercalées dans une autre citation ou dans un dialogue. Exemple :
« J'étais en bons termes avec de Thou depuis quelques années, raconte l'évêque Huet. Il vint chez moi, l'air
triste.... Il me demanda si je croyais pouvoir persuader au roi d'acheter sa bibliothèque pour le Dauphin. « Elle « n'est pas, me dit-il, absolument indigne de cette haute « destination, soit à cause du choix des livres, soit à •< cause de leur nombre et de leur beauté. » Je lui promis que la proposition en serait faite au roi el à Colbert. »
Lorsque, dans un dialogue, il se trouve un pass guillemeté, des paroles qu'on cite, un autre dialogue qu'on rapporte, c'est avant le tiret qu'il faut placer les guillemets1 :
« Gomment ce détail vous est-il connu?
— J'étais caché, penché sur le gouffre, quand ce* mots, prononcés à voix basse, m'arrivèrent aux oreilles :
« — Es-tu prêt? Nous pouvons fuir....
« — Non, attendons la nuit.... •>
Dans les citations guillemetées au long, c'est-à-dire dans le cas d'une citation intercalée dans une autre citation, il était jadis et il est encore parfois d'usage de mettre devant chaque ligne un guillemet fermant, ayant, en d'autres termes, ses pointes à gauche (»). Ainsi, en nous servant d'un exemple précédent, relatif à la bibliothèque de de Thou, nous aurions :
«... pour le Dauphin. « Elle n'est pas. me dit-il, abso- » lument indigne de cette haute destination, soit à cause » du choix des livres, soit à cause... », etc.
Aujourd hui, on se sert plutôt, dans ce cas, de guillemets ouvrants, dont les pointes sont à droite
Ouant à la place que la ponctuation finale de la phrase doit occuper relativement au guillemet fermant, c'est une question sur laquelle les typographes ne sont pas toujours d'accord. « Nous trouvons deux systèmes en présence, dit Daupeley-Gouverneur-: l'un suivant lequel, en toutes circonstances, la ponctuation doit figurer avant le guillemet: l'autre qui admet des exceptions et la veut tantôt après, tantôt avant. Ce dernier système est préfé rable. »
\. Cf. Désiré Greffier, les Règles de la composition (■;// phiqae, p. 59. (Paris, Arnold Muller. s. d.: in-is. 88 pp. 2. Op. cit., pp. 108 et suiv.
« La ponctuation, dit, «le son coté, l'auteur «les Règles typographiques adoptées dam les publications de la librai rie Hachette et Ciex, ne saurait se placer systématiquement toujours avanl ou toujours après les guillemets. Lorsque la ponctuation appartienl à la citation, elle doil se placer avant le guillemet. • Exemple:
Mademoiselle se hâta de prendre acte de la permission. « C'est mon intention:... mais au moins. Sire, ne ehangerez-vous pas comme vous avez lait' Je ne puis m'empècher de vous faire ce reproche. >
«< Lorsque la ponctuation appartient h la phrase qui contient la citation, elle se place après le guillemel -. » Exemple :
Tontes les forces peuvent devenir dangereuses; cela dépend « de l'usage qu'on en fait ».
De nombreux cas embarrassants peuvent se présenter, à propos de la ponctuation qui accompagne les guillemets. Voici quelques-uns de ces cas, empruntés au petit manuel de M. Désiré Greffier, les Règles de la rompo.<itioi> typographique, pp. 00-03, qui convient très franchement que, « pour éviter l'effet bizarre de la rencontre de certaines ponctuations, on a établi des distinctions assez bizarres aussi » :
« Lorsqu'une phrase renferme une citation, on met la ponctuation de la citation avant le dernier guillemet, et on met la ponctuation de la phrase après le dernier guillemet :
« Prenez garde au chien!», lisait-on à l'entrée des maisons romaines.
« Lorsque la citation se trouve placée dans l'intérieur ou au commencement de la phrase, la ponctuation que la citation devrait prendre se supprime, si cette ponctuation est un point :
< C'est par le sang et par le fer et non par des discours que les Etats grandissent », a dil Bismarck.