‹ Le livre (volume 2)Chapitre 146 sur 322 · Tome I, page 70. (L'amour des livres · texte numérisé non relu

Tome I, page 70. (L'amour des livres

t Quant aux plumes métalliques, bien qu'on les regarde comme une invention moderne, elles sont d'une origine assez ancienne.... On a découvert, au xvic siècle, une plume métallique reconnue pour être un ustensile ancien. » (Géraud.)

L'invention et la vulgarisation de la plume métallique sont un sujet litigieux et obscur. Sainte-Beuve, dans ; son Port-Royal (t. III, p. M5, note 3; 4e édit; Paris, i Hachette, 1878) affirme qu' « on doit à Port-Royal ] ii^age des plumes de métal ». Larousse (op. cit., t. XII, p. P20i, col. 5, art. Plume) déclare que la plume métallique « fut inventée, au milieu du xvm' siècle, I par le mécanicien français J. Arnoux, mais ne devint d'un usage vulgaire que vers la fin de la Restauration ». Enfin la revue scientifique Cosmos (15 septembre 1900. pp. 321-322) nous fournit les renseignements suivants, qui ne concordent ni entre eux ni avec les précédents : « L'invention de la plume métallique remonte à 1800 et est due à l'Américain Pellegreno Williamson, ouvrier bijoutier. Il fréquentait une école du soir et ne pouvait jamais arriver à tailler sa plume d'oie; il se fabriqua alors, pour son usage personnel, une plume d'acier. Sa première plume à pointe unique i «v le satisfaisant point, il la fendit, de façon à lui donner

plus d'élasticité. L'invention eut un grand succès, et l'on raconte que l'inventeur ne s'occupa plus que delafabri cation de ses plumes, et qu'il gagnait à ce travail plus de 600 dollars par mois. Les Anglais s'approprièrent cette invention, et les premiers fabricants de vinrent extraordinairement riches. — Une autre versior attribue l'invention des plumes d'acier au professeui Burger. de Kœnigsberg (Prusse orientale). En 1808. il lit savoir qu'il fabriquait des plumes métalliques, el cet avis fut connu d'un certain Perry. de Birmingham qui, en 1830, obtint un brevet de fabrication. Pern devint millionnaire, et Burger mourut à l'hôpital. »

Quant au crayon, à notre crayon actuel, — mine dt plomb renfermée dans une sorte de tube de bois, — il date, d'après MM. Lecoy de la Marche (les Manus et la Miniature, p. 45) et P. Loiisy {le Livre et le* Artqui s'y rattachent, p. 51), « de la lin du moyen âge. de* premières années du xvc siècle ». Dans un article trèî précis et détaillé, la Grande Encyclopédie se montn moins absolue et fait remonter bien plus haut l'invention des crayons. « De temps immémorial, écrit-elle (arl Crayon), on s'est servi de poinçons de métal pour réglei le parchemin et obtenir une écriture régulière, mais seulement dans la dernière période de l'antiquité clas sique que les copistes commencèrent à se servir di crayon. Soit que l'usage du crayon antique se fûl perdu, soit qu'on eûtde la difficulté à se le procurer, les copistes du xr siècle se servaient généralement d'un stylet de fer ou pointe sèche pour la réglure des pages. A partir du xne siècle, on remplaça le stylet de fer pal une tige de plomb simple et taillée en pointe. Dans les pays qui possèdent des gisements de graphite, on ne tarda pas à découvrir la propriété que possède celte substance de laisser sur le papier une teinte grise » luisante, et l'idée vint de l'appliquer au même usage «Jules stylets de plomb, qui avaient le défaut (l'inciser \v

ADDITIONS ET CORRECTIONS. Ml

>apier. Seulement, comme la mine est très fragile, ori

magma de la rendre plus solide en l'enfermant dans de

utils cylindres de bois. Ainsi naquit, en Angleterre ou

■il Allemagne, peut-être dans les deux pays à la fois, la

àbrication des crayons modernes ou crayons de mine

de plomb, mais on ignore à quelle époque précise. Ce

qu'on peut affirmer, c'est qu'elle existait bien avant le

xvi' siècle. Comme la plombagine la plus pure se

trouve à Borrowdale, dans le Cumberland, c'est en

Angleterre que, depuis très longtemps, on a pu faire

des crayons de bonne qualité. Nos crayons à régler ou

à prendre des notes devinrent d'un usage général à

I partir du xvme siècle; il existait alors deux espèces de

crayons, toutes deux vendues à Paris par les petits

marchands installés sur les parapets du Pont-Neuf.

« En 1795, Conté inventa un procédé très ingénieux pour fabriquer artificiellement des crayons de mine de plomb d'excellente qualité. L'Angleterre fournissait alors l'Europe de crayons fabriqués chez elle avec le raphite.... Le Conseil des mines de la République, lorsque la guerre eut privé la France des crayons anglais, chargea Conté de rechercher les moyens de fabriquer des crayons artificiels. Conté, dès le 2 pluviôse de l'an III, avait résolu la question et obtenu un brevet. L'invention consistait à mélanger, avec de l'argile parfaitement purifiée, du graphite faisant l'effet et jouant le rôle de plombagine.... »

Sur Nicolas-Jacques Conté (1755-1805), à la fois peintre, chimiste et mécanicien, né à Saint-Céneriprès-Sées, commune d'Aunou-sur-Orne (Orne), et dont la vie, une vie exemplaire, fut des plus mouvementées et des plus curieuses, voir une bonne et longue étude dans la Biographie universelle de Michaud (2e édit.). Conté était un esprit d'une étonnante originalité et d'une fécondité sans pareille; c'est de lui que Monge disait qu' « il avait toutes les sciences dans la tète, et

tous les arts dans la main »: lui que Bonaparte proclamait « bon à tout » (cf. la Grande Encyclopédie). Sur Nicolas Conté et la fabrication des crayons, M. Paul Chaumet a récemment publié, dans la Bévue des arts graphiques (24 novembre 1906, pp. 455-455), un article auquel nous empruntons, en raison même du grand intérêt que présentent la vie et les travaux de Contr. les détails suivants :

« ... Conté (qui était né de parents pauvres) révéla. tout jeune, des dispositions étonnantes pour le dessin et la peinture; son père le poussa donc dans la voie des arts et lui fit donner des leçons de l'illustre Greuze. Mais la peinture, qui, pourtant, l'avait mené à contracter un fort beau mariage, n'était, pour Conté, qu'une sorte de passe-temps, un art d'agrément, et, ses goûts l'ayant porté vers les sciences exactes, il se mit à étudier d'arrache-pied la physique et la chimie, qu'il devait plus tard faire avancer à grands pas.

« Il s'occupa d'abord d'aérostation. Il avait trouvé, en collaboration avec Coustelle , un procédé pour rendre imperméable l'étoffe des ballons à gaz hydrogène, et au moyen duquel ce gaz se conservait, sans aucun renouvellement, pendant deux et même trois mois. Malheureusement, le secret de ce procédé est perdu, et, aujourd'hui, on ne peut guère conserver ce gaz plus de quarante heures dans les enveloppes des ballons actuels, qui sont, comme on ne l'ignore pas, de soie vernie. Jusqu'ici, personne n'a pu retrouver le procédé de Conté.

«. Le Directoire nomma Conté directeur , avec le grade de commandant, des établissements aérostatiques de Meudon, organisés quelque temps auparavant par le commandant Coustelle. C'est dans ces établis ments que furent construits les ballons envoyés aux armées du Rhin et de la Moselle. Je ne dois pas passer sous silence qu'au cours de ces travaux, en tentant des

xpériences, Conté eut l'œil gaucho crevé à la suite de

explosion d'un matras rempli d'oxygène. »

Peu de temps après, Conté fut appelé à organiser le

îusée qu'on venait de créer dans les dépendances de

abbaye de Saint-Martin-des-Champs, aujourd'hui le

lonservatoire des Arts et Métiers. Il fut ensuite dési-

:né pour faire partie de l'expédition d'Egypte, en

[ualité de chef du corps des aérostiers.

Rentrée en France, la compagnie des aérostiers fut lissoute, et Conté reprit le cours de ses travaux scienifîques. C'est alors qu' « il perfectionna le crayon graphique tel que nous le connaissons, et en répandit la pratique. Mais ce fut son chant du cygne, car il nourut peu de temps après, usé par le travail, le 6 dé- •enibre 1805. Il avait cinquante ans.

« Cette invention des crayons, ajoute M. Paul Chaunet, fut la seule dont Conté tira profit. Il avait fondé i Paris une manufacture où, aidé par son frère, il abriquait ses crayons. Cette manufacture existe encore ?t est dirigée par les petits-fils de Conté. »

Ouant à la fabrication même des crayons, voici quelques détails techniques extraits également de l'article ie M. Paul Chaumet :

t Ce qu'on appelle la mine d'un crayon, et qui est renfermée dans une sorte d'étui en bois, est un comiposé d'argile plastique et de graphite. C'est à la proportion de graphite, augmentée ou diminuée, qu'on doit la dureté ou la tendreté de la mine d'un crayon, dénommée techniquement âme. Argile et graphite, humectés d'eau, sont mélangés et forment une pâte livrée à de puissantes machines qui la broient, la malaxent, l'assouplissent et en font un tout homogène et d'une ductilité parfaite. D'autres appareils laminent, puis tréfilent cette pâte, et les minces cordons obtenus sont rangés dans des moules et coupés aux dimensions voulues.

« Pour les crayons de couleur, on emploie des argiles blanches aussi fines que le kaolin, auxquelles on incorpore la matière colorante en poudre.

« En ce qui concerne le bois formant la gaine destinée à maintenir et à protéger l'âme de graphite, son choix n'est pas indifférent. Il faut que ce bois ait le grain serré et les fibres assez tendres pour être facilrment entamé par un canif. C'est le cèdre qui est employé exclusivement à tout autre bois. Il n'est fait exception que pour les crayons industriels tels que ceux dont se servent les menuisiers. Ces crayons sont faits de bois blanc. Ces bois doivent être d'une siccité parfaite.

« De ces bois on fait des planchettes dans lesquelles on creuse à la machine plusieurs rainures parallèles Dans chacune de ces rainures, badigeonnées de eolli forte, on incruste un des cordons de graphite dont il a été parlé plus haut, puis on applique sur chaqut planchette garnie une autre planchette dont les rai nures sont vides et qui viennent emboîter hermétique ment les mines placées dans la première. Le tout es serré à la forme et mis à sécher. Quand ces blocs d( bois et de graphite sont secs, des machines les décou pent dans le sens de la longueur, puis d'autres le! arrondissent ou leur donnent la forme hexagonale Lorsque les crayons sont polis, des vernisseuses leui font subir leur dernière toilette. Il ne reste plus qu'; les marquer à l'or fin à chaud, ou simplement à le timbrer au timbre sec ou humide. »

Ces marques et timbrages ont pour but non seuh ment d'indiquer le nom du fabricant, mais de donne à chaque crayon un numéro qui fasse connaître l< degré de dureté de sa mine. C'est le n° I qui est l< plus dur.

Le crayon, objet si bénin, si inoffensit', a causé I; mort d'un célèbre voyageur allemand. Edouard VToge

(1829-1856). « Vogel était dans l'intérieur de l'Afrique. où il faisait une de ces pérégrinations auxquelles la science moderne est redevable de tant de renseigne ments curieux. Le premier ministre d'un État où il se trouvait alors, tenté par la beauté de son cheval, le lui demanda. Vogel refusa. Le ministre résolut de perdre le maître pour s'approprier l'animal qu'il con- \ oit ait; il ameuta la population contre lui, le représenta comme un sorcier, parce qu'il écrivait avec une plume encre, et excita à un tel point les imaginations que Les indigènes se jetèrent sur le voyageur et le massacrèrent. » (Larousse, op. cit., t. V, p. -458, col. ">, art. Crayon.)

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