Tome I, page 8k2, note 2. (L'amour des livres
... « Saint Jérôme fui battu de verges par un ange, 'ni reprochait, en le frappant, de lire arec plus d'ardeur Cicéron que VÉvanoile. » (Lacordaihe.)
Sur saint Jérôme et son amour pour les lettres et pour Cicéron, cf. Villemain, Tableau de Véloquence chrétienne au ive siècle, pp. r>r>7-5ô8 (Paris, Didier. 1851) :
Jérôme conservait, dans sa cellule de Bethléem, les chefs-d'œuvre de l'éloquence profane qu'il avait rassemblés jadis avec beaucoup de soin, pendant son séjour à Rome et dans les Gaules. C'était le seul trésor qu'il eût apporté avec lui dans l'Orient. Le charme de ces lectures le ravissait encore, et son christianisme jaloux s'effrayait d'un semblable enthousiasme. C'était, à ses yeux, un danger nouveau, une tentation de l'esprit, non moins redoutable que celle des sens. On a dit avec raison que l'univers est gouverné par des livres; cette puissance ne fut jamais plus visible que dans la lutte des deux civilisations, pendant les premiers siècles du christianisme; et rien ne peut en lonner une idée à la fois plus singulière et plus vraie pie saint Jérôme racontant qu'il luttait par la pénitence
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et par la prière contre le charme de la littérature profane.... « Homme faible et misérable, écrit-il, je jeûnais « avant de lire Cicéron. Après plusieurs nuits pas- « dans les veilles, après des larmes abondantes que t m'arrachait le souvenir de mes fautes, je prenais « Platon. Lorsque ensuite, revenant à moi, je m'at- « tachais à lire les prophètes, leur discours me semblait « rude et négligé. Aveugle que j'étais, j'accusais la « lumière! »
« Jérôme raconte que cette anxiété fut suivie d'une fièvre violente qui consuma toutes ses forces et le jeta dans une effrayante léthargie. « Alors, dit-il, je me crus « transporté en espritdevantle tribunal du Juge suprême. « qui semblait entouré d'une si vive et si éblouissante « clarté, que, retombé sur la terre, je n'aurais pu jamais a y fixer les yeux. Une voix me demanda qui j'étais : « Je suis chrétien, répondis-je. — Tu mens, dit le Jug' « suprême, tu esuncicéronien, et non pas un chrétien « où est ton trésor, là est ton cœur. »