Tome I, page 200. (L'amour des livres
Da)is les souvenirs de jeunesse du grand historien Michelet (1798-1874) se trouve, etc.
Ajouter : « Mon charme le plus grand, qui me remettait le cœur, c'était, le dimanche ou le jeudi, de lire deux ou trois fois de suite une élégie de Tibulle, un livre de mon Horace stéréotype, que j'ai encore et dont les marges d'en bas portent les marques de l'assiduité avec laquelle je l'ai étudié; mais surtout un chant de Virgile. Peu à peu je le retenais. Lui surtout était au ton de mon âme.... Voilà les amis de ma solitude, avec lesquels j'ai vécu pendant deux années entières. Ils m'ont l'ait éprouver tous les enthousiasmes.... » (Michelet. Ma Jeunesse, livre I. xn. pp. 09-100; Paris, Cal-
mann Lévy, 1884; in-18.) « Un livre unique qu'on lit et qu'on relit, qu'on rumine et digère, développe souvent mieux qu'une vaste lecture indigeste. J'ai vécu des annéesd'un Virgile, et m'en suis bien trouvé.» (Michelet. le Peuple, chap. m, p. 101; Paris, Calmann Lévy, s. d.) « Tendre et profond Virgile! moi, qui ai été nourri par lui et comme sur ses genoux.... » iId., op. cit., chap. vi, p. 225.) Et ceci encore : « Dans mon enfance, et même plus tard, on n'avait guère qu'un ou deux livres de prédilection. Aussi que n'y mettait-on pas? A peu près tout ce qu'on avait soi-même dans l'àme. Selon qu'il faisait beau ou laid, selon qu'on était gai ou triste, heureux ou non. plus ou moins pauvre, ce livre se colorait diversement. Nul ami plus fidèle. Le camarade, souvent, qui vient vous voir est discordant; il vient gai quand on est triste. L'ami imprimé? Non. Je ne sais comment il se faisait qu'il se mettait toujours à l'unisson de mes pensées. » (Id., Ma Jeunesse, livre IL vu, p. 224.) Cf. infra, p. 556, un extrait de Xos Fils de Michelet, où se retrouvent ces mêmes idées dans les mêmes termes.