‹ Le livre (volume 2)Chapitre 162 sur 322 · Tome I, page 206, note 1. (L'amour des livres · texte numérisé non relu

Tome I, page 206, note 1. (L'amour des livres

On connaît V admirable panégyrique de la pauvreté tracé par l'roudhon....

Voir aussi la très belle et célèbre ballade, la Bonne Déesse île la Pauvreté, de George SAND,dans la Comtesse de Rudolstadt (t. II, pp. 299-302; Paris, Michel Lévy, 1861): « Chemins sablés d'or, landes verdoyantes, ravins aimés des chamois, grandes montagnes couronnées d'étoiles, torrents vagabonds, forêts impénétrables, laissez-la, laissez-la passer, la bonne déesse, la déesse de la pauvreté! — Depuis que le monde existe, depuis que les hommes ont été produits, elle traverse le monde, elle habite parmi les hommes, elle voyage en chantant. ou elle chante en travaillant, la déesse, la bonne déesse de la pauvreté! — Quelques hommes se sont assemblés pour la maudire. Ils l'ont trouvée trop belle et trop gaie, trop agile et trop forte.... Ils ont enchaîné la bonne déesse, ils l'ont battue et persécutée; mais ils n'ont pu l'avilir : elle s'est réfugiée dans l'âme des poètes, dans l'âme des paysans, dans l'âme des artistes, dans l'âme des martyrs, et dans l'âme des saints, la bonne déesse, la déesse de la pauvreté! — ... Elle fait toujours les plus grandes et les plus belles choses que l'on voit sur la terre; c'est elle qui cultive les champs et qui émonde les arbres ; c'est elle qui conduit les troupeaux en chantant les plus beaux airs; c'est elle qui voit poindre l'aube et qui reçoit le premier sourire du soleil, la bonne déesse de la pauvreté! » Etc.

Déjà un des plus anciens, sinon le plus ancien écri-

vain dont les œuvres soient parvenues jusqu'à nous. Hésiode (.... - ....), avait qualifié la pauvreté de c présent des dieux immortels ». (Les Œuvres et les Jours ["Epya xaî cHjiipat], poème, ap. Cervantes, Don Quichotte. traduct. Louis Viardot, t. II, p. 305, note \ ; Paris. Hachette, s. d.; in-16.)

Victor de Laprade, dans ses Poèmes évangéliques (la Tentation, VIII, p. 95; Paris, Lemerre, s. d.; in-k aussi magnifiquement parlé de la pauvreté :

Nul ne veut de ton joug que le Christ a porté.

Et chacun te blasphème, ô sainte Pauvreté!

Le sage même, épris des luttes qu'il surmonte,

T'appelle une douleur, et le riche une honte.

Eh bien! moi, je le nomme un vrai présent du ciel.

Non, la haine en ton sein ne cuve pas sou fiel.

O mère des grands cœurs, nourrice aux flancs robustes '

Dieu le donne à former les voyants et les justes.

Et lu leur fais goùt<r. dans l'ombre où tu te plais,

Ces fortes voluptés qui n'énervent jamais.

Michelet, dans Mon Journal (I8k20-J825. p. 75; Paris. Marpon et Flammarion, 1888; in-18), a fait également un bel éloge de la pauvreté : « Ne nous plaignons pas d'être pauvre. La sagesse doit nous faire désirer, au contraire, de n'être jamais comblé des faveurs de la fortune. Pauvre, on est riche d'un autre bien, celui d'éprouver le besoin de penser. Qui sait même si la privation du bien-être matériel n'est pas jusqu'à un certain point un aiguillon? Le génie est seul sur la terre; mais, isolé des individus, il ne s'unit que plus puissamment à l'humanité. — On est pénétré, quanti on songe que les grands esprits dont l'influence a le plus servi le monde ont été pauvres et méprisés. J'aimerais à faire un livre là-dessus. »

« Les gens de lettres, disait Jean-Jacques Rousseau (ap. Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. XI, p. 153 . doivent faire trois vœux : pauvreté, liberté, venté. »

« ... La sainte pauvreté, ce qui est encore la seule chose un peu haute dans ce bas monde, du moins chei

les gens de lettres et les philosophes, qui n'ont guère que cette vertu, quand ils l'ont. » (Jules Kois, /'/-/v nouvelle, p. 92.)

Et Sébastien Mercier (Tableau deParis, t. l,chap. vin, Auteurs, p. 55; Paris, Bibliothèque nationale, 1901): « ... Les pensions que le gouvernement accorde aux gens de lettres ne se donnent ni aux plus pauvres, ni à ceux qui ont le plus utilement travaillé : les plus souples, les plus intrigants, les plus importuns enlèvent ce que d'autres se contentent d'avoir mérité au fond de leur cabinet. La pauvreté de l'homme de lettres est, à coup sur, un titre de vertu, et une preuve du moins qu'il n'a jamais avili ni sa personne ni sa plume. » Etc.

Sur la pauvreté et sur le rôle et l'influence de l'argent dans la littérature, voir aussi notre tome IV, p. 106 (107, 108), note 2, où l'on trouve, entre autres témoignages, ces vers de Fabre d'Églantine (le Philinte de Molière ou la Suite du Misanthrope, acte I, se. vi) :

Sachez que, dans un lomps si funesle au devoir, Où rien n'enrichit mieux que le crime el le vice. La pauvreté souvent est un heureux indice.

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