‹ Le livre (volume 2)Chapitre 184 sur 322 · Tome II, page 40. (Premières lectures · texte numérisé non relu

Tome II, page 40. (Premières lectures

Avant le paragraphe concernant Stendhal (Henri Beyle, 1785-1842), ajouter les renseignements suivants relatifs aux « premières lectures » de Joseph de Maistre (1754-1821) et de Walter Scott (1771-1852

« Pendant tout le temps que le jeune Joseph de Maistre passa à Turin pour suivre les cours de l'Université, il ne se permit jamais la lecture d'un livre, sans en avoir écrit à son père ou à sa mère pour en obtenir l'autorisation. .■» (Notice sur Joseph de Maistre par son fils, ap. É. de Pompery. notice en tête des Soirées de Saint-Pétersbourg, p. ix; Paris, Bibliothèque nationale, 1900.)

Walter Scott raconte, dans son autobiographie, qu'à peine âgé de treize ans sa passion pour la lecture était sans bornes. Les ballades surtout et la poé>ie dramatique avaient pour lui un irrésistible attrait. Infirme et délicat à cette époque, il dormait sous l'aile maternelle. « Dans le cabinet de toilette où je couchais. écrit-il, je découvris quelques vieux volumes de Shakespeare, et je n'oublierais pas aisément l'intense joie avec laquelle, pelotonné en chemise au coin de la cheminée de ma mère, je lisais, à la clarté du l'eu, jusqu'à ce que le bruit des chaises remuées m'avertît que la famille avait fini de souper. Bien vite alors je me faufilais dans le petit lit où l'on me croyait endormi depuis bien longtemps....

« Ravi d'Ossian et de Spencer, lorsque la bibliothèque du docteur Blacklock me fut ouverte, je me sentis plus particulièrement ensorcelé par ce dernier, la phraséologie monotone d'Ossian m'ayant fatigué plus vite qu'on ne l'eût supposé à mon âge. Quant à Spencer, je ne m'en pouvais détacher. Peu soucieux du sens de allégories, je vivais avec les chevaliers, les dames, lefl dragons, 1rs géants,.. La quantité de élances que je

avais par cœur et pouvais répéter était chose incroyable. lais cette fantasque mémoire n'était et n'est pour moi ju'une alliée traîtresse; de ma vie elle ne m'a servi que :elon ses capricieuses allures. En vérité, j'aurais eu le Iroit de répondre à ceux qui me l'enviaient, à la façon lu vieux lîeattie de Meikledale : complimenté un jour >ar certain prédicateur sur la puissance que devait lui llonner cette merveilleuse faculté : « Eh ! non, monsieur, i répondit le vieux gentleman, ne me félicitez poinl : je « n'ai pas le moindre empire sur cette maudite mémoire: « elle ne veut jamais retenir que ce qui plaît à mon imagi- « nation. Tenez, vous pourriez me prêcher deux heures, « j'en répondrais, sans qu'il lût en mon pouvoir de rete- « nir un seul mot de tout ce que vous auriez dit ». « Ma mémoire est précisément du même genre; elle ne se prend qu'à ce qui me charme. » (Le Magasin pittoresque, octobre 1863, p. 538.)

Page 1