‹ Le livre (volume 2)Chapitre 203 sur 322 · Tome II, page 156, note 5. (Relectures · texte numérisé non relu

Tome II, page 156, note 5. (Relectures

5. Timeo hominem unius libri, sentence attribuée à saint Thomas oïAquin....

Ajouter: L. Derome (le Luxe des livres, p. 112; Paris, Rouveyre, 1879; in-18) attribue cet adage à Ovide, et le formule ainsi : Timeo lectorem unius libri.

A propos des lecteurs « d'un seul livre », Michelet écrit (Nos fils, pp. 595-296 ; Paris, Calmann Lévy, 1891): « Dans ma jeunesse un mot me frappait quelquefois, un mot que l'ouvrier, le pauvre, répétaient volontiers : « Mon livre ». On n'était pas. comme aujourd'hui, inondé de journaux, de romans, d'un déluge de papiers. On n'avait guère qu'un livre (ou deux), et on y tenait fort, comme le paysan tient à son almanach. Ce livre unique inspirait confiance. C'était comme un ami. A tel moment de vide, où un ami vous eût mené au cabaret, on restait près des siens, et on prenait « son livre >. On lisait beaucoup moins, avec un esprit neuf, on y mettait du sérieux, et la disposition qu'on avait ce jour-là. Selon qu'il faisait beau ou laid, selon qu'on était gai ou triste, heureux ou non, plus ou moins pauvre, ce livre complaisant se colorait diversement. Nul ami plus docile. Le camarade souvent qui vient vous voir, est discordant; il vous vient gai quand on est triste. L'ami imprimé? non. Je ne sais comment il se faisait qu'il se mettait toujours à l'unisson. [Cf. supra, p. 520, un extrait de Ma Jeunesse, de Michelet. J On l'avait lu vingt fois. Il ne dominait point par l'attrait de la nouveauté, comme tant de livres d'aujourd'hui, qui prétendent être neufs et s'imposent à ce titre. Ce livre aimé était réellement un texte élastique, qui laissait le lecteur broder dessus. 11 ne pouvait donner l'information diverse des livres d aujourd'hui. Mais, en revanche, il stimulait, éveillait l'initiative. La pensée solitaire, se lisant à travers, souvent entre les lignes, voyait

trouvait, créait. C'est ainsi que Rousseau, qui eut si peu de livres, ressassant son Plutarque, finit par y trouver et ['Inégalité, el le Contrat social, et tant d'autres de ses écrits.

« Pour bien des jeunes cœurs qui ont besoin du rythme, le livre unique, su par creur, est un récitatif qui soutient, qui anime, qui fait comme la chaîne du tissu des pensées, sur laquelle Vingegno surajoute sa trame féconde. Pour beaucoup d'Italiens (un peu légers) suffit le Tasse. Pour moi, c'était Virgile; son demichant, très bas, me roulant dans l'esprit, n'interrompait jamais, harmonisait plutôt, soutenait l'incessant effort du travailleur. » Sur Michelet et sa prédilection pour Virgile, cf. supra, pp. 519-320.

Page 1