Tome II, pages 222 et suiv. (Bibliomanes
A Guillaume Budé, Adrien Turnèbe.Magliabecchi, etc., ajoutons encore quelques noms de fervents travailleurs et d'amoureux du Livre :
Adrien Baillet (1649-1706), dont nous avons déjà plusieurs fois parlé (cf. t. II, p. 116, et t. V, p. 540), qui fut bibliothécaire de l'avocat général Lamoignon, offre
un des types les plus curieux de l'h< -urne de lettres et de l'érudit, dont la vie tout entière est concentrée dans ses livres et ses études. Il dormait à peine quelques heures, et souvent tout habillé, ne sortait jamais, et. afin de ne pas perdre de temps, ne faisait qu'un seul repas. Il abrégea ses jours par ses excès de travail et l'austérité de son régime. (Cf. Michaud. Larousse, etc.. op. cit.)
Le frère de rhistorien Anquetil, le savant orientaliste Anouetil-Duperron (1751-1805), dont nous avons fait également mention (cf. t. I, p. 275), manifesta, dès sa première jeunesse, le goût le plus vif pour les livres et la science. Nous avons dit qu'afin d'étudier la langue et la religion des Indiens, il s'engagea, à vingt-trois ans. dans un régiment qui partait pour les Indes. Cet engagement fut heureusement résilié, et le jeune « missionnaire de la littérature indienne », comme on l'appelait, put, en toute liberté, se livrer à ses recherches. De retour en France, en 17G2, il se consacra tout entier à la rédaction de ses matériaux, et publia, en 1771. se traduction du Zcnd-Avesta, ou recueil des livres sacrés des Parses, avec une relation de ses voyages et une Vie de Zoroastre. C'est là son œuvre capitale. De plus en plus absorbé par ses lectures et ses travaux. Anquetil- Duperron finit par ne plus vivre qu'avec ses livre- Modeste, simple, d'un désintéressement qui lui faisait repousser toute récompense et pour ainsi dire tout salaire, il avait réduit ses besoins au plus strict né saire, vivant de pain et de laitage, se privant de feu l'hiver, de matelas et même de linge, et l'on raconte qu'il sortait parfois si misérablement vêtu qu'on 1« prenait pour un mendiant et qu'on lui offrait l'aumône. Lorsque l'Institut fut réorganisé, Anquetil-Dupenon en fut nommé membre; mais, toujours rebelle à l'apparat et aux honneurs, il ne tarda pas à donner sa démission. Épuisé par ses longs travaux, par le régime
iiiquel il s'était astreint, el par les infirmités de la vieillesse, ce grand érudit, qui possédait presque toutes les langues de l'Europe, s'éteignit à Paris le 17 janvier 1805. Quelques instants avant de rendre le dernier soupir, il dit à son médecin : « Je vais partir pour un voyage bien plus grand que tous ceux que j'ai déjà faits; mais je ne sais où j'arriverai. » (Cf. Michaud, Lahousse, etc., op. cit.)
A propos d'Anquetil-Duperron, rappelons ce que nous a dit (cL supra, p. 296, note 1) du poète et helléniste Louis Ménard (1822-1901) M. Henry Houssaye : « Il dédaigna les académies, les honneurs, la célébrité. Tout, sauf l'étude, lui semblait chimère. » Etc.
Le grand patriote polonais Kosciuszko (1746-1817), alors qu'il appartenait à l'École des Cadets, de Varsovie, témoignait, pour s'instruire, d'un zèle extraordinaire et de la plus énergique volonté. « Il prolongeait ses études bien avant dans la nuit, se plongeait les pieds dans l'eau froide pour combattre le sommeil. Dure épreuve dans un tel climat. Chaque soir, il avertissait le veilleur qui, toute la nuit, entretenait les feux et chauffait les bâtiments de l'école. Un cordon, lié à son bras, et circulant dans les corridors, le tirait du lit à trois heures. » (Michelkt. Légendes démocratiques du Nord, Pologne et Russie, p. 54; Paris, Calmann Lévy, I 1899.)
Chez le savant hongrois Montelli (.... - ....), « le besoin de savoir et l'amour de l'étude avaient atteint un degré extraordinaire. Sauf un jour par semaine, consacré à donner des leçons ou à servir de modèle pour subvenir à ses besoins, il travaillait tout le reste du temps vingt heures par jour. Il habitait seul une sorte de cave, vivant de pain et de pommes de terre et dépen- 1 sant sept sous par jour, quatre pour l'éclairage, trois pour la nourriture. Il ne se chauffait jamais, quelle que fût la rigueur de la saison. Il conservait ses habits, jus-
qu'à ce qu'ils fussent en lambeaux, et ne portait pas de linge. Tout ce qu'il gagnait par ses leçons était consacré à l'achat de livres. Et cet homme qui connaissait à fond les sciences exactes, qui savait toutes les langues mortes et la plupart des langues vivantes, n'a pas laissé un seul ouvrage, un seul mémoire. C'était bien la manie de l'étude pour l'étude dans toute sa pureté. » (Descuret, la Médecine des passions, ap. H. Beaunis, les Sensations internes, p. 57; Paris, Alcan, 1889.) Et c'est précisément parce que Montelli n'a laissé aucun écrit, aucune œuvre, que son nom ne figure dans aucun dictionnaire.
Tome II, page 228. (Bibliomanes et Bibliolàtres.) Pétrarque (lolM-loT-i) mourut en belle place....
Sur son Virgile ouvert le doux Pétrarque est mort.
(Fertiault, les Légendes du livre, p. 49.)
Michelet, dans son volume Nos Fils (p. 136: cf. supm. p. 525), dit que Pétrarque « s'endormit de son dernier sommeil sur Homère. Il en fit son chevet. On lui trouva la tête sur V Iliade et l'Odyssée. »
Voilà bien des « oreillers ». Il est regrettable que ni M. Fertiault ni Michelet n'aient indiqué la source originale de leur renseignement.