Tome II, i»i». 7WJ
aarquer de quelque signe les passages qui le frappenl lé plus, inscrire dans la marge, de côté, en tête ou en pied, au crayon — le crayon suffit, la plUme prendrait hop de temps, et le papier peut boire, d'ailleurs, — telle remarque, telle critique, qui vous vient à l'esprit, ou telle comparaison que cet endroit vous suggère1. 11 n'est pas question ici, bien entendu, de ces annolalions ou exclamations dont certains commentateurs surchargeaient jadis les bas de pages des ouvrages classiques : « Beau! » « Superbe! » « Admirable! » « Sublime! » « Comme cela est vrai! » « Comme cela est peint! » etc., de ce qu'on pourrait appeler « les notes bêtes » ; ce ne sont que « les notes utiles » que nous approuvons
I. Parmi les procédés à employer pour aider la mémoire se place, en elïet, en première ligne, l'écriture: Qui scribit bia leyit, disaient les Latins (ap. Larousse, op. cit., 2e supplément, art. Oui). « ...Souligner, prendre des notes, écrire en marge en faisant une lecture, force la pensée à se concentrer sur le sujet de celle-ci, oblige à l'analyser, et a pour résultat de le graver dans la mémoire. » (Guyot-Daubès, la Méthode dans V étude et dans le travail intellectuel, p. 30.) C'était déjà le conseil donné par Pétrarque, grand poète autant qu'amant passionné des livres et des lettres : « ... En faisant certaines marques aux endroits principaux, tu retireras du fruit de la lecture. — Quelles marques? — Chaque l'ois qu'en lisant tu rencontres des maximes salutaires par lesquelles tu sens que ton àme est excitée ou retenue, ne e fie point aux ressources de ton esprit, mais grave-les au ond de ta mémoire.... Imprime aux sentences utiles... ceraines marques qui te serviront de crochets pour les reteîir, quand elles voudront s'échapper de ta mémoire.... » Pétrarque, Mon secret, Deuxième Dialogue, p. 108: Paris, bibliothèque nationale, 1898.)
et conseillons, les rectifications d'abord, puis les rapprochements et analogies de forme ou de fond, les objections, etc. De cette façon et dans ce sens, c'est un charme que d'annoter ses livres, et, pour le connaître et l'apprécier, ce charme, ainsi que nous en avertit l'érudit bibliographe Gustave Brunet1, « il faut l'avoir goûté ».
A ces considérations et avis, que nous avons cru devoir renouveler, au moment où cette question des annotations marginales se représente dans notre étude, à un point de vue, il est vrai, plus spécial que précédemment, au point de vue strict de la propreté et de l'entretien des livres, il convient d'ajouter les, remarques suivantes, empruntées à l'intéressante' monographie de M. Guyot-Daubès, l'Art de classa les notes et de garder le fruit de ses lectures et d> travaux1. Elles s'appliquent non seulement aux note.k marginales, mais à toutes les notes de lecture en gé néral : références, observations, extraits, etc., et comme on le constatera, elles sont des plus dign< d'attirer l'attention de tout lecteur sérieux, désirq de ne pas « perdre son temps ».
« L'habitude de prendre des notes est une de pratiques les plus profitables que l'on puisse coe seiller.
1. Fantaisies bibliographiques, p. 264. (Paris, Gay, 18641 k2. Pages 16-18 et 29-53. (Paris, P. Guyot, éditeur, s. | in-18, 144 pp.)
i II est bon de prendre des noies sur tout et à ropos «le tout.
« Dans les lectures les plus frivoles, on trouve ►ujours quelques lignes, quelques réflexions qui léritent d'être notées.
■ /." lecture doit être en quelque sorte faite dan* le ml de prendre des notes l.
I. En d'autres termes, un livre ne peut être considéré omnie lu, que si on l'a annoté soi-même, que si l'on a fait, 'une façon ou d'une autre, le relevé de tout ce qui vous a
• plus frappé, le plus intéressé, en le lisant. « Dans toutes •s lectures, écrit encore M. Guyot-Daubès (ta Méthode dans ctudc et dans le travail intellectuel, pp. 52-55), même dans elles n'ayant pour objet qu'une occupation agréable, qu'une listraction, il y a avantage, au point de vue du profit ju'on peut en tirer, à suivre les lignes un crayon à la main, i souligner les passages intéressants, à mettre en marge les réflexions personnelles, à prendre des notes sur des iches ou «les feuilles volantes : autrement dit, à faire une ecture intelligente et profitable, au lieu d'une lecture supericielle. / n livre bien lu et bien annoté a, pour son possesseur, nie valeur centuple du prix qu'il a coûté. De plus, la lecture ai te dans ces conditions constitue un excellent exercice ntellectuel, donnant l'habitude de l'attention, même en lehors des éludes proprement dites, apprenant à discerner e qui est réellement important dans une page, un alinéa, labituant à faire un choix, à apprécier à sa juste valeur, en m mot, ce qu'on lit et ce qu'on voit. » Écoutons aussi sur ce toinl l'historien Miciielet (Mon Journal, 1820-1825, pp. 200- M; Pans, Marpon et Flammarion, 1888): « Le seul moyen le tirer un bon parti de mes lectures serait d'en faire
«traits raisonnes. J'ai souvent pensé à me donner, •our mon usage personnel, un petit traité de philosophie natique, composé uniquement de pages détachées des uteurs anciens et de quelques paraboles de l'Évangile,
• 'lies qui formulent des vérités éternelles, indépendantes
« Prendre une note, du reste, est un moyen d( fixer l'attention et de graver dans le souvenir le l'ail auquel se rapporte cette note.
« Tous les hommes qui ont laissé un nom coninn savants, comme érudits, ont été collectionneurs dt notes....
« Il est incontestable que le savoir, la science fixent non seulement dans la mémoire, mais aussi el surtout dans les notes.
« La collection des notes, classée rationnellement constituera donc pour l'homme d'étude une sorte <lt mémoire artificielle, ou, plus exactement, un précieux procédé mécanique propre à suppléer à lin suffisance, toujours trop considérable, de sa mémoire naturelle.
« On peut dire, par suite, que l'érudition consi tout au moins pour une large part, à pouvoir retrou ver au besoin la note que Von a recueillie antérn ment, le pacage d'un livre qu'on « lu autrefois, Il pensée, la remarque qu'on a consignée à la hâte.
« En outre, un père qui lègue à son fils une bibliothèque nombreuse, à laquelle est jointe une collectior de notes de références formant comme une immense table des matières contenues dans ces volumes ; qui
de toute religion établie. Bien avant qu'un jeune et savant rabbin eût l'idée de les réunir, elles étaient le patrimoine de- plus antiques nations, mais elles étaient éparses. Er. les groupant Mans le beau livre des Évangiles, le Christ el les apôtres ont rendu un grand service à l'humanité.
ii laisse également une collection de noies diverses bondantes cl bien classées; ce père, disons-nous,
une en réalité à son fils son savoir, sa science, et, oui* une grande part, le capital intellectuel que éniblement, durant toute sa vie, il s'est efforcé accumuler.
I • Si le fils surtout suit la même profession que on père, s'occupe des mêmes sujets d'étude, ces îatériaux lui seront d'une immense utilité, et leur ossession constituera pour lui la transmission héréilaire du fruit du travail cérébral, des aptitudes, du labeur de son ancêtre....
; « Dans la pratique, il est difficile de prendre des lotes complètes au courant de la lecture; il en résultait, en effet, un changement dans la direction de attention, et une interruption désagréable et plus )u moins prolongée qui ôterait tout intérêt au sujet juel'on étudie.
« De plus, il arrive souvent que la position du orps dans laquelle se fait cette lecture n'est pas avorable à l'action d'écrire, surtout lorsque la note ju'on veut prendre est d'une certaine étendue.
« C'est ce qui arrive notamment lorsque, afin de >ouvoir lire longtemps, on recherche une position onfortable, évitant la fatigue corporelle ; quand, »ar exemple, on est assis dans un fauteuil, étendu ur une chaise longue, ou lorsque, le soir, on lit tanl couché....
« Il en est de même quand on lit dehors en mar chant, ou assis dans un jardin, etc. Le liseur pa^ sionné a toujours un livre, un journal, dans sa poche et leur consacre tous ses instante disponibles.
« On ne saurait donc conseiller de s'interrompre à chaque instant dans sa lecture pour prendre une note complète.
« Toutefois, il est toujours possible de consigne au crayon, sur un feuillet de papier, le même pou tout un volume, une rapide indication, spécifiant par un seul mot, le sujet, le fait, l'idée ouïe passag< à retrouver; en faisant suivre ce mot, ce titre, si Toi veut, du chiffre de la page du volume.
« Bien souvent même on n'a pas recours à ui feuillet détaché, et c'est sur la page blanche, ai verso de la couverture, que l'on consigne à la hâti l'indication à retrouver.
« Ensuite, la lecture du volume étant terminée, oi retrouve facilement, à l'aide de ces indication sommaires, les passages qu'on a jugés dignes d'êtn conservés, et on les recueille, soit textuellement, soi en quelques mots, sur des feuillets séparés, qui con stiluent les notes à garder.
« Ces notes à garder doivent être prises à l'encre ' et, pour que plus tard elles puissent être réelle
1. Il s'agit ici, bien entendu, de notes (observations 01 extraits) à transcrire sur « des feuillets séparés », de fiches, et non sur les marges des volumes.
unit utiles, on doit y apporter un certain soin....
« Les notes à garder doivent, disons-nous, (Hre fixées à l'encre.
« C'est, en effet, un grand tort de prendre au crayon des notes définitives. Les caractères tracés à l,i mine de plomb s'effacent sous la seule influence du temps, par suite du froissement ou par le simple contact des papiers entre eux.
« Quand on travaille sur des volumes prêtés ou dépendant d'une bibliothèque publique, il est naturellement impossible de les couvrir de marques au crayon... ou de mettre des annotations et des références sommaires sur les dernières pages ; dans ce cas, ces références sont prises au crayon, au fur et à mesure de la lecture, sur un seul feuillet [une fiche]. On pourra compléter ces indications, soit sous forme dénotes de références, si l'on est à même de se procurer facilement ce volume, soit sous forme d'extraits, dans le cas contraire.
« Quand on se livre à une étude spéciale, à laquelle on reporte [rapporte] toutes ses lectures, on prend, d'une façon aussi complète que possible, des extraits, que l'on pense pouvoir utiliser prochainement. Mais, en même temps, il est bon de noter les autres choses intéressantes qu'on rencontre. Pour celles dont on ne voit pas l'application immédiate, les notes de références suffisent et doivent être préférées en raison de la rapidité de leur confection. »
En maint endroit de son livre. M. Guyot-Daubès
insiste sur cette nécessité, pour qui veut profiter de ses lectures, de ne pas lire trop vite et de prendre des notes, — simples notes de références, ou observations ou extraits.
« Souvent les jeunes gens mettent leur amourpropre à lire un volume avee rapidité : avoir lu un ouvrage en trois heures est un tour de force dont quelques-uns sont fiers1. C'est là, on ne saurait trop le répéter, une profonde erreur. L'amour-propre devrait être, au contraire, de lire avec lenteur.
« Un ouvrage à la lecture duquel on aura consacré plusieurs jours, dont on se sera assimilé la substance, dont on aura recueilli, sous forme de notes ou d'extraits, tous les documents et tous les faits importants, aura dès lors acquis pour nous, quelque minime qu'ait été son prix d'achat, une valeur incalculable; nous saurons que nous devrons nous reporter à telle ou telle page pour retrouver tel ou tel document , il représentera une partie de notre savoir, de notre érudition, il deviendra partie intégrante de notre capital intellectuel.
« On peut dire que la valeur que présente pour nous le volume que nous aurons lu sera en raison 'ht nombre des note* qu'il nous aura fournies 2. »
1. Cf. supra, pp. 111-112 : « ...Les enfants qui aiment à lire lisent terriblement vite. >• etc.